‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 88 sur 223 · T. I, lettre XXXI · texte numérisé non relu

T. I, lettre XXXI

Celle frivolité, qui est l'essence même du Donjuanisme, n'est pas dans le caractère de Lovelace. Celui-ci ne court pas après de multiples aventures; il n'en poursuil qu'une, mais avec une inébranlable ténacité. Il prépare un plan infernal» le développe et l'exécute avec une rigoureuse logique, enserrant lentement sa proie dans ses réseaux, sans lui laisser d'issue possible. Il unit dans ses machinations l'habileté el le sang-froid du politique qui combine les événements, la pénétration du psychologue qui joue avec les passions humaines et les fait servir à ses projets, la décision de l'homme d'action qui marche avec certitude à son but. 11 n'utilise ces terribles moyens qu'en vue de la perte d'une femme, mais il est capable des plus extraordinaires entreprises : il pourrait être un conducteur de peuples. Il se compare fièrement à César et se vante de n'avoir manqué que de l'occasion favorable pour « figurer avec éclat dans son siècle '. »

11 dépasse donc de bien loin Don Juan : à la fougue irréfléchie du Burlador, à la perversité élégante et sceptique du héros de Molière, il substitue une science profonde et compliquée du mal. Sous le vernis de sa politesse mondaine, se cachent une méchanceté et un égoïsme qui sont sans doute des caractères communs aux libertins de tous pays, mais qui sont élevés chez lui à un degré (pie nul autre n'a encore atteint.

Nous avons constaté que le roman de Richardson fil fureur en France. Ce ne l'ut pas une des manifestations les moins curieuses de l'influence exercée par la littérature anglaise sur la nôtre au xvme siècle. Ce succès provoqua des imitations. En 1783 2, le marquis de Bièvre, de son vrai nom Maréchal, petil-fils du chirurgien de Louis XIV, cl plus connu par ses calembours que

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