Arle 11, scène il
perversité s'ajoute un sentiment que Don Juan ignore, l'ambition. Il se sert de la femme pour réussir : « Je suis jeune, j'ai de l'ambition, on ue réussit dans le monde que par 1rs femmes, c'est donc aux femmes qu'il importe de plaire; on ne pique leur amour-propre qu'en leur offranl des obstacles à surmonter ; on ne les captive ([n'en leur présentant des rivales à vaincre. C'est ce qui m'oblige à multiplier mes triomphes ' ».
Il se pique, on le voit, de psychologie féminine, et comme Don Juan. s"il aime les femmes, il lesméprise encore davantage. Comme Don Juan, aussi, et plus que Don Juan, il assaisonne son libertinage de méchanceté : c'est un mauvais sujet, fier de 1 être et de passer pour tel. Pour justifier sa fâcheuse réputation, il imagine cent scélératesses : il fait enfermer une belle qui lui résiste, compromet une autre en envoyant son carrosse stationner toute une nuit à sa porte, se vante partout i\r^ complaisances d'une femme qui ne lui a jamais accordé la moindre faveur, et quand il l'a suffisamment déshonorée, il la punit de sa fidélité conjugale en tuant son mari. 11 se plaît à pénétrer dans l'intimité des ménages heureux pour le seul plaisir de troubler un bonheur innocent2. Sa méchanceté s'exerce même aux dépens îles hommes. Il s'amuse à faire disgracier les gens en place, sans autre motif que le régal d'assister à leur déconvenue.
Ce libertin à grande allure qui mène les affaires de l'État, commande les armées, intrigue avec les maîtresses du roi, se pousse par les femmes et se divertit entre temps des maux qu'il cause aux petites gens, n'est, dans l'intention de Monvel, qu'un type représentatif, chargé de tous les méfaits Af< gens de sa caste. Sous son nom, comme jadis Molière peignait le grand seigneur libertin sous le nom de Don Juan, c'est la noblesse tout entière, ce sont les mœurs de l'ancien régime, la cruauté, la dépravation, l'esprit d'intrigue des grands qu'a voulu flétrir