‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 93 sur 223 · Parfaict, Dictionnaire des Théâtres, article cité · texte numérisé non relu

Parfaict, Dictionnaire des Théâtres, article cité

2. Outre le Festin de Pierre, Le Tellier a composé: les Pèlerines de Cythère (1713), [rlequin, Sultane favorite (17 14), La descente de Mczzetin aux enfers (17 15).

3. Pour cette pièce, cf. Bibliothèque nationale : manuscrits, fonds français, n" '.ni 2, <'l li' Dictionnaire des Théâtres, article cité, ainsi que les Mémoires pour servir à l'histoire des spectacles </<• lu Foire (t. I, p. 153).

On pourrait objecter que la pièce de Le Tellier étant une sorte d'opérabouffe, doit plutôt être rattachée a l'étude sur la légende de Don Juan dans la musique, 'in touche ici a une question assez délicate et plus générale : cille de l'attribution a la littérature un a la musique de ces œuvres, moitié littéraires, moitié musicales, si abondantes à partir de Quinault, et dans tout le cours du xvni" siècle. Mu- la scène française, lui réalité, elles appartiennent à l'un et a l'autre genre, et le critique littéraire ne saurait omettre dans l'histoire du théâtre m le- opéras de Quinaull ni ceux de Favart. En ce qui concerne la pièce de Le Tellier, ou peut d'autant moins hésiter a la faire entrer dans la littérature que si le- vers en -ont bien de l'auteur, il n'en esl pas de même de la musique. Les paroles, comme M arrive pour la pluparl de- œuvres du

même veille, étaient c ha II I ce-' -n r des ail- a la mode, connus du pilhhc.

i Cf. Parfaict, Mémoires pour servir <) Vhistoire des spectacles de lu Foire, t. 1 p. 153.

particulièrement des canevas italiens. Le ton en est bouffon, et si le personnage de Don Juan y est moins sacrifié que dans les scenarii de la Commedia delV arte, à son valet Arlequin, celui-ci n'en conserve pas moins le rôle principal. La scène du repas a toujours l'importance démesurée que les Italiens lui ont donnée, et les mêmes facéties la remplissent. Les grands rôles de femmes ont disparu. Seules les pêcheuses et la jeune mariée réapparaissent, cette dernière sous le nom de Colombine.

La musique qui accompagne les paroles est un mélange assez cocasse de tous les airs à la mode, airs tendres, airs bouffons, airs tragiques, s'adaptant aux différentes situations et aux sentiments variés des personnages. C'est le procédé usité de nos jours dans les revues de fin d'année et certains opérasbouffes : quand Don Juan échoue évanoui sur la plage, la pêcheuse qui le recueille chante, sur l'air pitoyable du Grand Apollon :

Que je sens mon cœur attendri Par pitié de ce malheureux.

Et Don Juan, revenu à lui, répond sur l'air joyeux de Vogue

la galère :

Échappé de l'orage, Je rends grâces au sort.

Ailleurs, Don Juan présente la statue du Commandeur sur l'air funèbre de le Prince d'Orange est mort :

Reconnais un grand seigneur Que mon bras a mis par terre,

tandis qu'Arlequin, obligé par son maître d'inviter la statue à dîner, le fait sur le ton dolent de L'on me mène aux Feuillantines :

Fais-nous aujourd'hui L'honneur,

Grand bretteUr Donl la mine me l'ail peur.

De venir chez nous sans suite Manger une carpe i"i i t < - .

El comme le Commandeur accepte on baissant la tête, Arlequin effrayé va répéter la chose à son maître; il chante en mimant le mouvement de la statue :

Ah! le diahle d'homme, Je suis confondu!

Monsieur voilà comme Il m'a répondu !

Il aime la carpe....

L'effet comique produit par le contraste de cette musique bariolée et des paroles grotesques auxquelles elle sert d'accompagnement, avec la gravité du sujet, explique le succès de cri le œuvre, dénuée d'ailleurs d'originalité. Ce contraste csl plus marqué dans la scène du festin : ici. le comique repose sur l'opposition entre le sérieux de la statue et la menace suspendue sur la tête de Don Juan, d'une part; et, de l'autre, les lazzi d'Arlequin caché sous la table; le tout accompagné des trémolos ou des rigodons de l'orchestre.

Quant à l'intrigue, l'auteur en a supprimé toute la partie sérieuse et tragique : la séduction des femmes de qualité, la mort du Commandeur, pour nous transporter aussitôt sur le rivage de la mer où, telle la poétique Tisbea, une pêcheuse, entourée de ses compagnons et de ses compagnes, chante les douceurs de son état. Une tempête qui éclate soudain dépose à ses pieds Arlequin et Don Juan. La bonne mine de ce dernier jette aussitôt le trouble dans le cœur de la jeune fille qui, sur l'air des Folies d'Espagne, avoue sa défaite :

Cruel amour quelle est donc ta puissance'? Je ne suis plus maîtresse de mon cœur.

De son côté, Don Juan, revenu à lui, regarde avec admiration la pêcheuse qu'il montre en connaisseur à Arlequin :

Vois-tu ce minois, cette taille, Qui dans mes filets vient tomber?

Et l'autre de répondre :

Ma foi, vous ail./ la gober Comme une liuii re à L'écaillé.

Mais la jeune fille veut savoir qui est le beau naufragé, et elle interroge Arlequin. Celui ci lui déclare fort sérieusement que Don Juan est son frère1. Comme la bergère cric à l'invraisemblance il lui explique ainsi la chose :'

Je m'en vais vous dire pourquoi

Mon cadet est plus blanc que- moi.

Lonïarirette

On l'a l'ait de jour, moi de nuit.

Lon lan la de riri 2.

Et il cherche à mettre la pauvrette en garde contre le trompeur. Peine perdue! la pêcheuse a déjà rejoint le beau cavalier auquel elle offre l'hospitalité de sa demeure et de son cœur. Pendant ce temps, une noce champêtre arrive en dansant et en chantant. Don Juan, à qui la pêcheuse n'a désormais plus rien à refuser, revient, remarque Colombine la mariée, qu'il enlève à la faveur d'une partie de Colin-Maillard, pendant que Pierrot, le marié, a les yeux bandés.

Cet acte est, en somme, la reproduction, avec quelques lazzi nouveaux, des scènes champêtres bien connues. La vulgarité et la grossièreté même n'en sont pas toujours absentes : ce sont les jeux de Colombine faisant de ses deux doigts les cornes sur le front de Pierrot, et l'amusant sur l'air d'Une jeune Nonnette tandis qu'elle tend par derrière sa main à Don Juan qui la baise.

A l'acte suivant, Arlequin énumère sur un tableau les méfaits de son maître, raconte la mort du Commandeur et jette au public la liste des victimes de Don Juan, quand celui-ci le surprend et le poursuit l'épée à la main. Dans sa fuite, Arlequin arrive auprès de la statue équestre du Commandeur, entourée d'autres figures de marbre. A leur blancheur, il les prend pour drs boulangers et leur demande protection :

Ah, messieurs, sauvez-moi des coups De mon maître en courroux, Je vous paierai pinte à six sous.

1. Un détail semblable se trouve dans le texte il'' Cicognini (I, il .

2. Lr personnage d'Arlequin était habillé de noir el portait un loup de même couleur.

Don Juan le tire en riant rie son erreur, et cherche à le

rassurer :

Reconnais le Commandeur Que mon liras a mis par terre....

Ne vois-tu pas qu'il est mort?

Que c'est là son effigie?

— Hélas! s'il n'était pas mort Il sciait encore en vie

lui répond Arlequin, sur l'air de M. de la Palice est mort. Don Juan, s'approchant alors delà statue, la raille de la somptuosité de son monument et lui donne quelques coups de son épée; puis il ordonne à Arlequin de l'inviter à dîner. Le second acte se termine par une scène dont l'idée première esl empruntée à Dorimon : la pêcheuse et la mariée viennent reprocher à Don Juan sa trahison sur l'air de Vous m'entendez bien :

Vous n'êtes qu'un perfide amant Qui méritez un châtiment.

Quand on est si volage....

Eh bien?

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