‹ La légende de Don JuanChapitre 22 sur 58 · Don Juan llüllenqualen, Phanlastische brama in 2 Teilcn · texte numérisé non relu

Don Juan llüllenqualen, Phanlastische brama in 2 Teilcn

clans le domaine de la réalité et d’une réalité très moderne, le théâtre allemand, loin de rompre avec l’élément religieux, le modifie, l’exagère et le dénature. Il lui donne un sens symbolique; il façonne une sorte de merveilleux pliilosophico- fantastique, avec intentions morales. De plus, il a de la peine à se soustraire à l’influence romantique, à la conception mystique qui voit en Don .luan l’infortuné chercheur d’un vain idéal. Cependant, le réalisme du xix® siècle s’impose à lui; il fait en môme temps du héros un personnage dont les aventures et les mœurs sont tirées du milieu social contemporain. Cette combinaison d’éléments contradictoires aboutit aux œuvres les plus invraisemblables et les plus extravagantes qu’ait vu naître la légende. C’est de la surenchère de Grabbe et de Braunthal.

Dans son drame, M. von Hornstein nous montre un Don Juan altéré d’amour, à qui la réalité refuse sans cesse l’assouvissement de son désir, et qui, finalement, se tue pour échapper à ses tourments. Ce Don Juan romantique appartient en même temps à la vie moderne. C’est un modeste « assessor » sans fortune, du nom de Hans, qui, après avoir eu de fort vulgaires relations avec la servante de ses parents, s'est fiancée avec une jeune fille du nom de Kora. La dénonciation de la bonne empêche le mariage. Kora épouse un autre homme, mais continue à aimer Hans qu’elle cherche à revoir. Son ancien fiancé la repousse d’abord avec mépris, lui reprochant de n’avoir pas eu foi en lui. Cependant, la passion est plus forte que l’orgueil : un soir que Hans retrouve Kora dans un bal masqué, il vient au-devant d’elle et la supplie de lui accorder un peu d’amour. C’est au tour de la jeune fille "de le dédaigner. Exaspéré, Hans quitte la salle du bal et y met le feui Pour arrêter la panique de la

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foule, Kora prend la résolution étrange d’arracher ses vêtements et d’apparaître toute nue au public. Sa beauté exerce un charme magique. La panique cesse; mais Hans se tue après avoir enduré l’atroce torture de voir la femme qu’il aime profanée par mille regards luxurieux.

Hans mort ressuscite dans une seconde partie sous le nom du « Comte. » C’est toujours l’amant avide de satisfaire un désir dont l’objet fuit devant lui, au moment où il croit le saisir. Le voici d’abord en Italie prêt à aimer deux belles Vénitiennes, quand il découvre en elles des courtisanes fardées, parées de faux cheveux et de fausses dents et qui le volent par surcroît. L’amour d’une jeune femme, sa voisine de table d’hôte, va le consoler de cette mésaventure, quand en pénétrant un soir dans la chambre de l’inconnue, il croise son cercueil et la voit elle-même, étendue morte sur son lit.

Une dernière aventure qui se passe à Londres n’est pas moins extraordinaire. Le comte aime une jeune miss et lui jure lidélité dans un musée, devant la statue de la déesse « Luna ». Un jour qu’il a invité chez lui sa belle avec l’espoir de la séduire, la déesse, au moyen de mystérieux fils d’argent, le tire hors de sa chambre, et tandis qu’il se promène sur les toits, tel un somnambule, son valet prend sa place auprès de la miss peu farouche. Quand il a découvert son infortune, bien convaincu qu’il est le jouet d’une puissance vengeresse, il se tue en se maudissant.

Deux scènes fantastiques encadrent ces événements. Dans la première, qui se déroule au royaume de l’Idée (im Reiche der Idee), un personnage symbolique, l’Action (die Tat),qui doit personnifier l’ensemble des actes et des fautes de Don Juan, apparaît comme une sorte de justice immanente présidant au châtiment du

L’ÉPOQUE CONTEMPORAINE, Ut9

coupable. Ce personnage est suivi des malheureuses que Don .Juan a successivement trahies et qui revivent sous forme de flammes. C’est par elles que. Don Juan souffrira et expiera. Déjà, elles se dérobent à son désir et infligent à l’infortuné, brûlé par la soif d’amour, le supplice de Tantale. Dans la seconde scène qui suit la fin de la pièce, l’Action reparaît et dégage la conclusion morale du drame.

Cette superposition d’éléments fantasmagoriques et d’événements réels, ce déploiement prétentieux de symbolisme aboutissent à une leçon qui n’est point nouvelle : le spectacle de la misère et de la honte des passions illégitimes fait resplendir la beauté de l’amour honnête et fidèle. Don Juan, personnification du désir sensuel, est victime de sa conception. Il ne voit pas que le bonheur est dans la pureté. Puissance mauvaise, il vivra tant que durera son erreur; il ne disparaîtra de la terre que le jour où la vertu triomphera. Par cette conclusion, l’œuvre de M. von Hornstein, qui semble aussi relever à quelque degré de la morale de Tolstoï^ se rattache directement à la philosophie de Wiese, de Braunthal, de Paul Heyse.

Le courant de réprobation contre le donjuanisme, si fort dans l’Allemagne moderne, ne s’est guère interrompu en France depuis Lélia. Mais chez nous, la légende, franchement entrée dans le domaine de la réalité et parfois même du réalisme, ne prend point, pour exprimer la leçon morale et sociale qu’elle renferme, les formes étranges et symboliques chères aux imaginations germaniques. Don Juan aura beau être

i. Cf. la leçon développée dans la Sonate à Kreutzer.

un type général et incarner tout un système de vie, il ne sera jamais une abstraction philosophique; il n'agira point dans un monde fantastique et surnaturel. Des médecins, des psychologues, des sociologues, tout autant que des auteurs dramatiques, discuteront sur son cas et raisonneront sur lui; mais qu’ils le traitent comme un malade, comme un égoïste dangereux, comme un dégénéré supérieur, ou qu’ils voient en lui une magnifique force de la nature, ils le placeront dans son milieu, dans la vie et non dans le domaine de la fiction.

Dans la préface de Miremonde^, Alexandre Dumas fils, analysant le personnage avec son acuité et son bon sens habituels, rejette comme chimériques les conceptions qui le transforment en un idéaliste, épris d’absolu et d’infini. Il voit en lui un mâle puissant et brutal, un étalon toujours en rut, qui n’a d’autre idéal que l’infatigable reclierche d’une commotion physique. S’il lui arrivait jamais de rencontrer sur sa route, en chair et en os, cette Beauté supraterrestre dont les Romantiques ont voulu qu’il fût épris, il ne s’y arrêterait que le temps de satisfaire son instinct, et l’abandonnerait ensuite comme une vulgaire Mathurine. Entre l’ange et la maritorne, son animalité ne distingue guère.

C’est la thèse c[u’entreprend de démontrer M. Roujon dans son roman de Mireinonde. Cette œuvre est la réincarnation de rantic{ue légende du Rurlador de Séville, la plus poignante, la plus humaine et peut-être aussi la plus originale et la plus profonde en sa simplicité, cjLie l’époque contemporaine ait réalisée.

Conservant de la fable les éléments vrais ou vraisemblables qu'elle contient, rejetant la i)artie surna-

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