‹ La légende de Don JuanChapitre 34 sur 58 · Don Juan Tenorio · texte numérisé non relu

Don Juan Tenorio

revenu des enfers. Il reprend dans la société moderne le cours de ses aventures inopinément interrompues par rintervention de la statue. Il séduit maintes grisettes, paysannes et femmes du monde^ et un jour outrage le tuteur de l’une de ses maîtresses. Les deux hommes vont se battre; mais, la nuit qui précède le duel, l’adversaire de Don Juan meurt subitement, comme frappé par un mauvais sort. A quelque temps de là. Don Juan rencontrant la veuve de sa victime, la désire et cherche à la séduire. La jeune femme semble d’abord céder à ses paroles d’amour; puis, au moment de se donner, résiste et se refuse. Devant le premier refus qu’il ait rencontré, le séducteur qui, déjà enlaçait l’objet de son désir, disparaît peu à peu et s’évanouit comme une ombre.

Parmi les facéties macabres auxquelles à donné lieu la fable du Convive de pierre, une des plus plaisantes par l’ingénieuse combinaison du comique et du surnaturel est la Statue du Commandeur de M. Paul Eudel L On y voit la statue, invitée à dîner par Don Juan, prendre d’abord place assez maussadement au milieu d’aguichantes courtisanes, puis, sous rintluence de coupes de champagne trop répétées, perdre peu à peu sa gravité, lutiner ses voisines et danser avec elles le plus endiablé des quadrilles. La fête achevée, le joyeux Commandeur est encore trop gris pour remonter sur son piédestal. La foule accourue lui fait honte et l’outrage; mais, devant ses railleries, la statue reprend bientôt sa dignité perdue et elle punit Don Juan, en

1. Pantomime en trois actes représentée pour la C® fois au Cercle funambulesque, le 14 janvier 1892. Paris, librairie Molière, 1903.

LES FACÉTIES DONJUANESQUES.

l’entraînant aux enfers, s’est permise avec elle.

de la mauvaise farce qu’il

Le châtiment que reçoit Don Juan dans la nouvelle de M, Maurice Montégut, Don Juan à Lesbos q est moins conforme à la tradition; mais il est vraiment piquant et original. Allant en Orient chercher de nouvelles amours, le héros aborde dans une île de la Méditerranée où il rencontre, à moitié vêtues, des femmes superbes, aux yeux de feu, mais qui toutes, à son approche, fuient avec plus de dégoût encore que d’effroi. Étonné et blessé dans son orgueil, il apprend qu’il est à Lesbos sur la seule terre qui ait jusqu’alors échappé à son empire. Dans le mystère de ces amours féminines, dont l’air tiède est alourdi, Don Juan se sent mal à l’aise. Il s’éloigne, pour la première fois vaincu, non sans un regret amer, qui venge les Mille et trois.

Le Théâtre chimérique - de M. Richepin contient deux saynètes qui, sous les dehors d’une fantaisie légère, enferment aussi une savoureuse et ironique leçon de philosophie donjuanesque. La première, intitulée Mille et quatre, s’adresse à ces théoriciens impuissants de l’amour, pédants émasculés qui discutent du dieu comme l’aveugle des couleurs. Le tils de Sganarelle, jeune cuistre qui s’est fait eunuque pour mieux étudier les mœurs du sérail, vient interviewer le glorieux vainqueur des Mille et trois, en vue d’un

savant traité qu’il prépare sur les Théories de Don Juan.

^ 1. Paris, Dentu, 1802,

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