‹ La légende de Don JuanChapitre 37 sur 58 · A. Ricard, op. cité · texte numérisé non relu

A. Ricard, op. cité

3. Clairville et de Léris, Les viveurs, drame en 6 actes, représenté pour la R'' fois sur le théâtre des Délassements comiques, le 5 mars 1845.

de Mirecourt peignaient les libertins, tandis que Dumanoir et Biéville écrivaient les Fanfarons de vices (185G) où l’on voyait un jeune homme de vingt-cinq ans, honnête au fond, mais gâté par l’inlluence corruptrice du milieu, affecter le scepticisme, l’insensibilité et la dépravation, et, comme Don Juan de Maraila, en arriver à jouer à un compagnon de débauches la jeune hile qu’il aime. La même année, J. Duflot et P. Deslandes donnaient Un Enfant du siècle, drame au cours duquel un médecin apparaît, semblable à la statue du commandeur, pour signiher à un viveur usé par les plaisirs son arrêt de mort. En 1858, Paulin Deslandes et Charles Potier faisaient représenter Vingt ans ou la vie d’un séducteur, où un jeune débauché, le chevalier d’Estaing, surnommé Don Juan, séduit jeunes hiles du monde et ouvrières, qui se suicident pour lui, abandonne l’enfant qu’il a eu de l’une d’elles, tue en duel le hancé d’une autre, et, vingt ans après cette vie de désordres et de misères, voit se dresser contre lui les fautes qu’il a commises. Il est même sur le point de se battre avec son propre hls, quand la mère'intervient et lui pardonne.

Mais les écrivains, romanciers et auteurs dramatiques, il faut le dire à leur louange, ne se contentent pas de peindre le spectacle du libertinage dont ils sont les témoins. Ils le déplorent, et, en sages moralistes, parfois même en prophètes trop clairvoyants, ils en signalent les dangers. Dans une revue, d’une gaieté quelque43eu triste et sombre, jouée en 1861 au théâtre des Délassements, Un Souper à la Maison d’or S un chiffonnier philosophe faisait la leçon à d’insou-

1. Auteurs : Alexandre Flan et Ernest Blum. Cf. Robert Dreyfus, Petite Histoire de la Revue de Jîn d’année, Paris, Fasquellej 1909, ch. viil.

ciaiits gandins, et leur montrait le terme souvent tragique de leurs existences frivoles :

Si vous voulez de ces folles nuits-la,

L’ résumé linal, le voilà :

Des baisers, des chants et des fleurs.

De l’or, de la boue et des pleurs.

En 1863, le comte Edmond d’Alton-Shée, dans le Mariage du duc Pompée, ou le séducteur marié, représentait les conséquences d’une longue vie de désordres. Le duc Pompée est un Don Juan mal guéri qui, après avoir épousé la femme qu’il aime, ne peut s’arracher à ses habitudes vicieuses et renoue avec une ancienne maîtresse, tout en cherchant à séduire dans sa propre maison, la fiancée de son beau-frère et la soubrette de sa femme.

Le personnage qui symbolise le plus fortement cette déchéance est le comte de Camors L Octave Feuillet a peint sous ce nom un homme exceptionnel, d’une vigoureuse intelligence et d’une puissante volonté, capable, par ses rares facultés, de dominer ses semblables et de jouer un grand rôle. Mais, victime d’une éducation et d’un milieu démoralisateurs, il n’emploie que pour le mal ses dons naturels. Égoïste, sceptique, se faisant une règle de mépriser tous les principes, de nier tous les devoirs, n’ayant d’autre idéal que de se procurer à tout prix les joies de l’ambition et de l’amour, il sème autour de lui désespoirs et morts, et ne récolte finalement pour lui-même que dégoût et misère 2.

Page 1