‹ La légende de Don JuanChapitre 39 sur 58 · Publié en · texte numérisé non relu

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galante avaient pour fin dernière l’amour. Jamais, depuis le xviire siècle le donjuanisme n’avait trouvé de conditions plus favorables à son développement. Entourés d’une atmosphère de vice élégant, des hommes désœuvrés, affinés d’ailleurs, et souvent cultivés, s’adonnaient au jeu aimable et subtil de conquérir les cœurs.

De nos jours, dans une existence plus affairée, dans une société moins délicate et plus bousculée, le temps manque pour ces lentes et savantes conquêtes, où excellent les Don Juan et les Valmont. L’amour est devenu une simple passade entre deux coups de Bourse et non plus le but essentiel de toute une vie. Il s’est surtout vulgarisé et encanaillé. Jamais les écrits de toute nature, romans, nouvelles et pièces de théâtre n’ont peint avec autant de complaisance ces libertins sans idéal, ces Don Juans dégénérés dont le nom grossier de fêtards dit assez la vulgarité et la bassesse. La stupidité même de ces existences dont le poker, le whisky, les thés de cinq heures et les saoûleries chez Maxim avec des filles niaises, sont les monotones et pauvres régals, finit par dégoûter tôt ou tard certaines natures plus délicates, qui ont conservé quelque chose des sentiments raffinés, propres aux vrais Don Juans.

L’étude de ces retours vers une vie plus saine, de ces aspirations vers des plaisirs moins crapuleux, de ces régénérations du débauché par le mariage, ou tout au moins par quelque union fidèle, a tenté plus d’un psychologue et plus d’un moraliste. Nous avons vu dans l’histoire toute contemporaine du donjuanisme proprement dit, des écrivains comme M. de la Dire et M. Fidao Justiniani nous peindre des Don Juans qui échappent par un amour durable à l’écœurement d’une vie uniforme et plate de désordres.

C’est cette crise d’âge et de sentimentalité qu’a

analysée INI. Bourget dans son personnage de Casai ^ ce Don Juan blasé, saturé de plaisirs faciles, sans imprévu, pris aux approches de la quarantaine d’une nostalgie d’honnéteté et entrevoyant, comme un port de salut, un foyer paisible après les orages de sa jeunesse.

Plus récemment, M. Marcel Prévost ^ étudiait « cette minute tragique où le voluptueux reçoit le premier avertissement de la destinée, où l’apparition prématurée de ce spectre, autrement redoutable que le commandeur, la vieillesse, lui fait faire son premier examen de conscience ». Son comte de Guercelles est un Don Juan sur le retour qui, à l’heure précise où il se sent envahi par la nausée de sa vie de débauches, où il est saisi d’un besoin d’assainissement moral, entrevoit, sous les traits d’une jeune fille élevée à la campagne, l’image de l’amour sincère, sain et profond. Mais il est trop tard ; ce viveur de quarante-trois ans a passé l’âge de la passion naturelle et instinctive; de trop longues erreurs lui ont fermé à tout jamais la porte de la vérité et du bonheur. Et ce sera son châtiment à lui qui a vécu pour l’amour, de n’en avoir aperçu que l’ombre et de n’en connaître jamais que la parodie.

Ces Don Juans ont manqué leur destinée et ce fut plus, peut-être, la faute de leur milieu, des conditions de leur existence, que de leur propre nature. Ils semblaient nés pour de grandes actions ou pour de belles passions. Une vie oisive, des plaisirs sans noblesse ont prématurément usé leur énergie; mais ils étaient de la race des conquérants; c’étaient des fils de rois, dépaysés dans noire société. A côté d’eux, la démocratie a vu naître de son sein une espèce nouvelle

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