Femmes. Paris, A. Lemerre
2fi8 LA LÉGENDE DE\ DON JUAN.
" de Don Juans, Don Juans roturiers, non moins avides de mordre à tous les fruits de la vie, non moins égoïstes, cyniques et féroces que les libertins et les roués de jadis; mais ce sont des libertins sans distinction, grossiers et pratiques, bassement intéressés, qui font de l’amour un calcul, un moyen de parvenir. Ils ont trouvé leur plus vigoureuse expression dans la personne de Georges Duroy, \eBel-Ami de Maupassant, ce bellâtre astucieux, sans scrupule, prenant partout son argent et son plaisir, ce parvenu de l’amour, ingénieux à se servir de son irrésistible ascendant sur les femmes, pour satisfaire sa cupidité et son ambition.
Ces différents Don Juans se ressemblent en ce point qu’ils sont des produits de leur siècle, des influences sociales actuelles, empruntés plus ou moins exactement à certains milieux contemporains. D’autres sont des personnages purement fictifs, romanesques, des portraits posthumes d’originaux depuis longtemps disparus. Leurs aventures sont des essais de reconstitution historique, parfois fidèles ou tout au moins vraisemblables. Tel est le cas du Saint-Cendre ^ de M. Maindron, un Don Juan du xvi® siècle, âge particulièrement favorable au donjuanisme, un condottiere français, grand preneur de villes et grand forceur de filles, courageux, habile, séduisant, ne connaissant guère d’homme ni de femme de taille ou d’humeur à lui résister. .
A l’étranger, ces débauchés d’espèces diverses sont moins nombreux que dans notre littérature. Quelquesuns ne sont pas moins significatifs de leur milieu. C’est, en Espagne, le Don Ricardo de Vida Alegre y