Cf. Gautier, Préface des Jeune-France
4. Il en était venu jusqu’à croire, à vingt ans Qu’une femme ici-bas n’était qu'un passe-temps.
Quand il en rencontrait une à sa eonvcnance,
S’il la gardait huit jours, c’était déjà longtemps.
3. Gautier distingue quatre catégories de Jeune-France : le Jeune-France hyronien, le Jeune-France artiste, le Jeune- France passionné, le Jeune-France viveur.
DON JUAN ET LE ROMANTISME. 9
descendants directs de Conrad et de Childe Harold. Ils promènent <à travers les salons leurs regards sombres, leur teint pâle, leur air désillusionné. Ils prennent l’attitude fatiguée de gens las de la vie, tourmentés par de fatales passions. Leur âme est un « volcan », un « foyer de tempêtes » qui brûle pour un objet indéterminé. « Le caractère qu’on retrouve dans tous les débuts de ce temps-là, écrit Gautier, est le débordement du lyrisme ét la recherche de la passion... Célébrer l’amour avec une ardeur à brûler le papier, le poser comme seul but et seul moyen de bonheur, tel est l’idéal de la jeunesse romantique L »
Cet idéal, d’ailleurs est tout aussi conventionnel que les gestes débraillés des « Bousingots C’est une attitude qui plaît aux femmes sensibles, donne au soupirant des apparences de victime, et lui soumet par compassion les cœurs rebelles. Le Jeune-France se persuade ingénûment qu’il se doit à lui-mème d’avoir une passion, « non une passion épicière et bourgeoise, mais une passion d’artiste, une passion volcanique et échevelée - », qui s’accompagne de râles, de pâmoisons, de mouvements convulsifs. Il faut aux amants de ces événements mélodramatiques qui donnent à l’adultère une allure farouche et terrible, qui rappellent les sanglantes tragédies dont l’imagination remplit les sombres canaux de Venise, les rues étroites de Florence et de Séville. On rêve d’échelles de soie, d’escalades par les fenêtres, d’armoires dissimulées, de tapisseries mystérieuses, de maris jaloux et féroces, de poignard, de poison 3. Ces passions extravagantes sont