Ville de Galieie. L’histoire se passe en
de sa paternité, volage et libertin. Il est désormais surnommé le Don Juan de Kolomea.
Ce sont aussi des circonstances fatales qui font un Don Juan du héros de M. Brochet, Robert Lassner h Séduit par une femme mariée, INIessaline insatiable, véritable Don Juan en jupons, il tue en duel un brave garçon comme lui, trahit sa fiancée, déshonore la hile meme de sa maîtresse; puis, pour s’étourdir, s’abandonne au libertinage jusqu’au jour où, ruiné et déshonoré, il va essayer de se refaire à Batavia une existence nouvelle.
La littérature allemande contemporaine contient cependant quelques types de vrais Don Juans : c’est le baron de Rôcknitz dans le Bonheur dans un coin (das Gluck im Winckel) de M. Sûdermann 2. Ce personnage est un Don Juan-né, grand coureur de filles, mais c’est un Don Juan grossier, brutal, un houzard qui traite les femmes comme ses chevaux. Chez lui, ni délicatesse, ni élégance. Il s’impose par la force et la menace, non par la séduction. Ce dompteur de femmes, ce butor reste une exception dans la littérature germanique.
Plus tendre et plus délicat est l’italien Florindo, dans une pièce toute récente de M. Hugo von Hofmannsthal, le Retour de Christine. C’est un joli garçon à qui ne résiste aucune femme et qu’aucune ne satisfait. Inlassable et romanesque chercheur d’un insaisissable idéal de beauté et d’amour, il continue jusqu’à l’époque contemporaine la lignée des Don Juans de 1830.
1. Joseph J. Brochet, Ein moderner Don Juan. Roman. Dresden, Leipzig- U. Wien. Piersoii's Verlag, 1893.
2. Das Gluck im Winckel, Schauspiel in drei Akten von Hermann Sndermann, Stuttgart Verlag der G. Getta’schen Buchhandlung, 1893.
T. II
On pourrait citer encore Anatol de M. Schnitzler; mais cet amoureux sans volonté qui est aime plus qu’il n’aime est moins un Don Juan qu’un homme à bonnes l'orl unes h
Ce bellâtre se trouve, caricaturé et abâtardi, dans un pays et sur un théâtre où l’on ne s’attendait guère à le rencontrer : c’est dans ces pièces pour enfants des deux sexes et pour gens du peuple, où Karagheuz, le Don Juan turc, étale le cynisme ordurier de ses aventures amoureuses
L’Occident n’a, d’ailleurs, ni dans la réalité, ni dans la littérature, le monopole des coureurs de femmes. C’est un produit universel, et l’Extrême Orient l’a connu bien avant l’Europe. Au siècle, une femme auteur de la cour du Japon, Murasaki, contait, dans le Roman de Genji, les exploits galants d’un jeune prince, à l’imagination curieuse et au cœur sensible Ayant entendu faire par des amis le portrait satirique des diverses espèces de femmes : la petite pensionnaire timide, la bonne ménagère, la résignée, l’acariâtre, la jalouse, la coquette, la femme supérieure, etc,, Gebji conçoit le désir de connaître et d’aimer ces incarnations multiples et si différentes de l’âme féminine. 11 va ainsi de découvertes en découvertes; mais son voyage galant à travers les cœurs n’est point accompagné de fourberies et de violences Ce Don Juan n’a pas la brutalité
1. Ne pourrait-on aussi considérer comme un Don Juan suédois le « Costa Berling- » do Selma Lagerlolî, « seigneur des dix mille baisers et des treize mille lettres d’amour »?
2. Cf, pour les représentations populaires de Karagheuz, ses origines, ses aventures, Th. Gautier, Constantinople, pp. 108-180.
3. Cf. Arvède Barine, Essais et Fantaisies. Paris, Hachette, 1888, Un Don Juan Japonais.
de son frère d’Europe : c’est un doux et un tendre, qui conserve à chacune de ses maîtresses le souvenir reconnaissant des mystères qu’elle lui découvrit. C’est un sage aussi, qui a su, mieux que nos Don Juans, mesurer le bonheur dont toute femme dispose, et s’en contenter. 11 a cueilli l’amour tout le long de sa route et, sans avoir jamais senti l'amertume des fruits auxquels il a mordu, il a, mille ans avant notre âge, réalisé le souhait du poète français :
Je voudrais que pour moi nulle ne restât sage,
Choisir l’une aujourd’hui, prendre l’autre demain,
Car j’aimerais cueillir l’amour sur mon passage Comme on cueille des fruits en étendant la main.
Ils ont, en y mordant, des saveurs dilférentes;
Ces arômes divers nous les rendent plus doux.
J’aimerais promener mes caresses errantes
Des fronts en cheveux noirs aux fronts en cheveux roux.
J’adorerais surtout les rencontres des rues,
Ces ardeurs de la chair que déchaîne un regard,
Les conquêtes d’une heure aussitôt disparues.
Les baisers échangés au seul gré du hasard.
Je voudrais au matin voir s’éveiller la brune Qui vous tient étranglé dans l’étau de ses bras;
Et le soir, écouter le mot que dit tout bas La blonde dont le front s’argente au clair de lune.
Puis, sans un trouble au cœur, sans un regret mordant Partir d’un pied léger vers une autre 'chimère.
Il faut dans ces fruits-là ne mettre que la dent :
On trouverait au fond une saveur amère L