Maupassant : Des vers
Il y aurait aussi une étude curieuse à faire des femmes — Don Juan dans la littérature. On retrouverait chez elles les sentiments multiples qui constituent le Don Juan homme, tantôt atténués et affinés, tantôt exaspérés, généralement plus subtils, plus acérés, plus âpres môme. Depuis la Messaline grossièrement sensuelle, la femme à hommes, pour qui l’amour n’est qu’un besoin physique, jusqu’à Mme de Merteuil, cette rouée redoutable, corrompue ot perfide, et plus près de nous, la sensuelle.
la libertine Emilie, des Confidences d'une aïeule, que de diversité, que de nuances dans le donjuanisme féminin! Chez Eune, ardent, passionné, violent; chez l’autre, insinuant et félin; chez celle-ci, orgueilleux, né du besoin de dominer; chez celle-là, tendre et docile. C’est Aspasie, la courtisane plus intellectuelle ({ue sensuelle, aussi avide de régner sur les esprits, de diriger les alfaires politiques, que de séduire les cœurs. C’est Lucrèce Borgia, ce condottiere en jupons pour qui le plaisir se pimente de poison et de sang. C’est la tendre et passionnée Marie Stuart. Telles furent de grandes voluptueuses; d’autres des créatures de boue, bassement dépravées. Aux sentimentales qui succombèrent tant de fois et chaque fois furent sincères dans leur amour, se mêlent les calculatrices, les femmes au cœur froid, les vicieuses. Il en fut de tout âge et de toutes conditions, depuis la vierge déjà tourmentée et inquiète, jusqu’à l’éducatrice sur le retour des naïfs chérubins.
Aussi, la littérature donjuanesque féminine est-elle d’une extrême richesse. On peut souhaiter qu’elle trouve un jour son historien.