A. Dumas, Préface de Miremonde
Gautier, c’est un titan révolté qui a vainement voulu « apaiser l’immense soif d’amour qui dévorait ses larges veines* ». Les uns découvrent dans l’égoïsme 2, les autres dans l’orgueil ou dans la méchanceté le principe de sa conduite; ceux-ci dans une conception de l’amour dont la science de la séduction est le premier élément Pour M. Marcel Barrière il est -l’homme type en qui sont réunies les plus hautes qualités physiques et intellectuelles de l’espèce : beau, vigoureux, distingué, psychologue sans pareil, artiste raffiné, il excelle à deviner le caractère de chaque femme, à pénétrer les replis de son âme et les mystères de sa beauté. 11 sait les secrets de lui plaire, de l’éveiller à la volupté. Il est pour elle le magicien, l’évocateur divin, le summiis artifex. Le donjuanisme devient la forme la plus belle de l’amour, son expression la plus profonde, la plus conforme à sa vraie fin.
Cependant, quelles que soient les explications que les critiques et les philosophes aient données du donjuanisme, de quelque façon que Don Juan ait été compris par ses innombrables interprètes; que les uns en aient fait un débauché ou un impie, les autres un chercheur de l’idéal féminin; ceux-ci un bourreau; ceux-là une victime; à travers la diversité de ces créations, il conserve un certain nombre de caractères qui se retrou-
1. Th. Gautier, Histoire de Vart dramatique en France, 5® série, p. 15, janvier 1847. — Dans un article du 27 janvier 1845, 4'* série, p. 35-38). Tli. Gautier voit en Don Juan riiomme qui « avait une trop haute idée de la femme, pour ne pas mépriser les femmes. C’est Adam chassé du paradis et (jui se souvient d’Eve avant la faute, d’Eve le type de la beauté et de la grâce. »
, 2. Coleridge, préface de l’édition du Don Juan de Byron.