JEAN-JACQUES ET L OPINION PUBLIQUE
je l'ai été, bon, généreux, sublime quand je l'ai été. J'ai dévoilé mon intéi'ieur tel que tu l'as vu toi-même, Être éternel. Rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables : qu'ils écoutent mes Confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied de ton Trône avBc la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là.
Les critiques qui négligent sans cesse de tenir compte de la position et de l'état d'esprit de l'homme qui écrivit ces phrases, les qualilient d' « arrogantes », et même de (( blasphématoires ». Mais ceux qui veulent s'arrêter pour pénétrer dans son esprit et dans son cœur peuvent-ils manquer de voir que cette invocation s'adresse, non pas à la Déité, mais à des êtres qui ont connu les angoisses et les passions humaines'?
C'est vers ceux-là, vers ses semblables, vers les héritiers de SCS œuvres, dont il se plaît à espérer que le cœur gardera vivant son pur souvenir, que s'élève la prière de Rousseau. Cette prière, oii il ne veut ni tromper ni flatter personne, implore de ses juges la pitié humaine qu'ils sont eux-mêmes en droit d'espérer. Rousseau ne demande pas à ses lecteurs d'être indulgents pour ses fautes, ni de fermer les yeux sur ses vices. Il leur demande de peser ses défaillances et les remords qu'il en éprouve, avec les qualih's, les aspirations, les fins qu'il s'est volontairement données pour règles de sa conduite. Puis, en présence de rinlirmid' de la nature humaine, ildemandeuux hommes de r('ci)nnaili'c (lu'en dépit des heures de défaillances fatales inrini; pour les vain(|iieurs) dans lu dur combatde la vie, son eiïorl constant fut de rechercher la vérité, de servir la jiislicc, et d'employer ses aptiluxles, non pas à coni|uérir une récompense personnelle, ni même à assurer sa propre sécurité, mais à ré[)andrc de nobles [)rincipes et à exaller la vertu.
Nous ne sommes pas encore en mesure de jeter un regard en arrière sur les dix années d'incessantes per-^i entions et de secrètes calomnies que Rousseau eut à souffrir. Du prophète inspiré, ayant foi en son pouvcii d'atteindre et de guérir le cœur de ses semblables, clli firent peu à peu un être désespéré, chez qui cette foi (en i r qui regarde ses contemporains, au moins) était morte. Il faisait appel, dans ses Confessions et dans ses Dialoijues, à la justice ipie lui déniait, croyait-il, la génération qu'il avait travaillé à servir.
l'n jugement autorisé ne pourra donc être prononcé sur les Confessions que lorsqu'une critique nouvelle de la moralité et de la mentalité de l'auteur nous aura aidé à saisir quelles qualités manifeste réellement cet ouvrage posthume. .Mais puisque les critiques modernes, se joignant au.v ennemis de Rousseau, affirment que les Confessions révèlent en l'auteur une personnalité répugnante, il est nécessaire d'établir le point suivant : Avant la campagne de mensonges et de calomnies qui tendait à faire voir comme fond du caractère de Rousseau l'hypocrisie et la folie maniaque, il y eut l'impression immédiate produite par le livre. Or cette impression, qui confirmait les opinions régnantes, était que la personnalité attachante, le désintéressement, la vie retirée de l'écrivain, tels que les manifestent ces pages, donnaient au contraire le poids et l'autorité nécessaire à ses enseignements.
Cliatcw, uii'lodie pènétninle, voilà la nuii/ic de Hou^scnu ; ôcrivil Miclulct, en 1847. Sa force, comme elle est dans l'EmWe et le Conlral social, fient Hrc discutée, comtiattue. Mais, par ses Clin fessions, .sf.s HiJvnries, par sa faiblesse, il a vainru : Ions ont plenn'... Cette jeune et touclunite voix, cette mi'lodic du eo'ur. on l'entend quand ce cnur si tendre est depuis loni/temps dans la terre. Les Confessions lyui paraissent après la mort de Rousseau