‹ La légende de Jean-Jacques Rousseau rectifiéeChapitre 13 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Hisloire des Mémoires de Madame dÉpinay de 1812 il 1895. Ce qu'on en savait, et ce qu'on en affirmait, avant les présentes recherches. L'iniluence du livre dans l'esprit des critiques, par rapport à la réputation de Rousseau.

Nous avons signalé la Correspondance Littéraire en tant qu'instrument du complot monté contre Rousseau de son vivant, avant de nous occuper des Mémoires qui, eux, étaient destinés à desservir Jcan-Jac(iues auprès de la postérité. Mais, pour conduire à sa fin nos recherches, notre critique ne saurait suivre l'ordre de ces publications, puisque ce serait intervertir l'ordre chronologique des faits de la vie de Rousseau.

En effet, les motifs, le but du rétlacteur de la Corres])ondance nous apparaissent en pleine lumière, nous l'avons vu, durant les cin([ années (|iii vont de 17(12 à 17()7. Mais, avant celte époque, il en est une autre plus importante encore dans la vie de Rousseau. C'est celle qui de n.'iOà 1702, où il i)roduisit à Montmorency sescviivres capitales: et où, selon la légende créée par Diderot, ilaïuait commis les scélératesses ipii lui aliénèrent ses amis. Quelles furent la véritable conduite de Rousseau et ses dis[)ositions mentales et morales pendant les mois où il écrivit la Lettre à d' Ale.mbcrl , la ÎS'ouveUe Héloïse, le Contrat Social et V /■.'niilr'! \\n\;i ce (|u'ii csl importniil de déter-

iiiiiiT, car d'une connaissance précise de ces faits dépend ■;iil mission ou le rejet de la théorie, suivant laquelle un li.iiiatan provoqua un retour à la nature; un homme ICI \er.s épura les mœurs et ressuscita l'amour romani(|iii^; un maniaque farouche jeta les fondements dn ;\sli'me social et de la pédagogie moderne; un misanlii'i>|ie stérile sema dans tous les champs de l'activité I III naine des idées qui partout se sont épanouies. Cette iiilion exacte de la psychologie de Rousseau jugé en iiiiinine douhle, dépend de cette question : la version (iiileiuie dans les Mémoires de Madame d'/ipinay est-elle uni' liistoire véridique : ou bien ne serait-elle qu'une liV;iiule controuvée? Ce n'est pas la seule raison que nous ayiiiis d'examiner attentivement la genèse et l'autorité de ci't ouvrage; et de considérer cet examen comme le vrai |iiiiiitde départ d'une revision du procès de Jean-Jacques. |]ii effet, le lecteur se souvient qu'au début de notre élude, nous aflirmion^ que, non seulement la réputation faite à Rousseau par ses anciens amis était injustifiée, mais encore qu'elle reposait sur une audacieuse falsification. Eii bien! cette supercherie se trouve dévoilée par la mise au jour et la comparaison de trois manuscrits dilTérents de l'ouvrage de Mme d'Epinay . Ces documents étaient restés jusqu'ici ensevelis à l'abri de toute investigation sur les rayons de la (( Réserve », dans trois bibliothèques publiques de Paris.

Ces pages jaunes, où l'encre s'efface, contiennent d'inattendues révélations dont l'éclatéblouithî chercheur. Nous apercevons les conspirateurs sans leur masque; nous les voyons truquer les documents ; nous distinguons nettement tous les arrangements pris pour les cacher; nous surprenons l'heure fixée |)our les produire. Plus tard, le seul conspirateur survivant nous apparaît, aux jours redoutables de la ]{évolution, prenant à la hâte, etù coup sûr, au péril de sa vie, les mesures nécessaires pour assurer

après sa mort la publicité de son testament de vengeance.

Mais résumons tout d'abord ce qui était connu, avant nos propres découvertes, de l'histoire des .Mémoires imprimés.

On a vu que la citation de l'éditeur Brunet, destinée à corroborer son assertion que les contemporain.s de Mme d'Epinay connaissaient l'existence de ses Mémoires, prouve seulement que l'auteur de la notice sur Mme d'Epinay dans la Biorjraphk Universelle (Laporte) avait eu le manuscrit en main trois ans avant que Brunet le publiât.

Nous savons, qu'au contraire, pendant les trente-deux années qui suivirent la mort de .Mme d'Epinay (avril 's 178.3), comme pendant celles qui avaient suivi la mort de ; l'auteur des Confessions (juillet 1778), le secret de cet ouvrage posthume fut jalousement gardé. Ce qui l'atteste, ai je dit, c'est le silence de tirimm et de ses amis après le défi lancé par (iinguené dans ses Lettres (171)1), et c'est aussi le fait qu'on ne retrouve chez les contemi)orains aucun indice qu'ils aient connu, ou soupçonné l'existence, d'une réponse quelconque faite à J.-J. Rousseau par Mme d'Ei)inay. La seule allusion à un document en cours de i)réparation se rencontre en I78:idans un passage de l'A'.v.vai sur Séim/ue de Diderot, allusion dépourvue de sens et fort énigmatique pour ses conlem|>orains, mais qui, à la lumière des événements ultérieurs, nous présente aujourd'hui une signidcation |irophéli(|UC. Dans la ])araphrase malveilhuile pour Housscau (juc contient la deuxième édition de l'/issni sur la Vie de Svucque ' ajoutée à la note de la premère édition *, nous trouvons l'aveu suivant :

1 . /-.'.«ai sur Ivs rî'gncs lif Clmule et <lf Néron cl sur les mœurs cl les l'rrils <le Sàù'ijue, Olîuvres [n\. TouniouxJ, 111, 09-100, 1782, 2 voU, l. 1, HO.

2. tissai sur Ut vie do 6Vn(!</ue.,., l'uris, 1771), liuU) 101, p. 121-122.

l'i' n'esL point une satire que j'écris, c'est mon apologie, ■ ' --i celle d'un assez grand nombre de citoyens qui me sont ' II' r-<; c'est un devoir sacré que je remplis. Si je ne m'en suis |ii- acquitté plus tôt, sije n'entre pas ici dans un détail de faits s.iM-> réplique, plusieurs d'entre ses défenseurs connaissent iii'-i laisons, et je les nommerais sans balancer ', s'il leur était I" I mis dé s'expliquer avec franchise sans tomber dans une ' iiiiiinelle indiscrétion. Mais Rousseau lui-même, dans un iiwaqe posthume ^ où il vient^ de se déclarer fou, orgueilli ii\, hypocrite etmenteur, a levé un coin du voile: le temps M h 'vera, et justice sera faite du mort, lorsqu'on le pourra -.111^ afiliger les vivants.

l'armi les personnes impliquées dans la rupture de li'Misseau avec ses anciens amis et instruites des vérililili's circonstances de cette brouille étaient encore vi\ alites en 1782 : Mme d'Epinay, Diderot et d'Alembert, liili yre, un vieil ami de Rousseau qui n'aurait pas iai-sé passer sans protestation ces calomnies, le baron d ilolbach, Saint-Lambert, Grimm lui-même ', et enfin, la personne la plus compétente pour prendre la défense ilr .lean-Jacqucs au sujet d'événements oii sa dévotion piiiir elle fut la cause de ses malheurs, Mme d'Houdetot, m iile en 1813, à l'âge de quatre-vingt-six ans. Si l'on ! i|i|irocliocette date de celle de la notice sur Mme d'Epinay il iiis la /iiuijriiphie Unicersellf:, et si l'on tient compte du Il III |is(|u'ont exigé la consultation du manuscrit et la rédacli-n lie l'article, on voit que les dépositaires du manuscrit "il ilù le mettre en vente immédiatement après la mort de Mme d'Houdetot.

Mien ((ue les Mémoires eusseni été acceptés [larlegi'arul public comme un livre de bonne foi, et admirés par les connaisseurs littéraires comme un chcf-d'o;uvrc d'intui-

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