MONTRANT LES DEUX ÉCRITURES
liette page reproduite du 1S5= cahier du Manuscrit, montre l( s deux Ecritures : celle de l'histoire originale (n° 1), celle .lu rédacteur interlope qui se charge d'insérer les libellés I iiiitre Hené (n" 2). L'incident inséré dans le cahier 155 est la I lusse histoire de la visite que Diderot aurait fait à Rousseau uu mois d'août 1757, histoire qui est donnée par Grimm à Mme d'Epinay pour justifier le récit de Diderot dans ses Tablettes sur la réalisation qu'il prétend avoir été faite, sans mauvaise intention, du secret de la malheureuse passion de Rousseau pour Mme d'Houdelot. « Embarrassé de sa conduite avec Mme d'H. il m'appela à l'Ermitage pour savoir ce qu'il avait à faire. Je le conseillai d'écrire tout à M. de Saint L. et de s'éloi- (jner de Mme d'H. Ce conseil lui plût : il me promit qu'il le suivrait ». Voir Tablettes, p. 89. — Voir pour l'incident, p. 231.
Le lecteur comprendra que l'histoire originale racontée par Mme d'Epinay n'était pas en correspondance avec le récit de Diderot, puisque nous avons sous les yeux l'altération introduite dans la première version.
Voir dans les Mémoires [éd. lirunetj, vol. III. p. l'ii.
Fac-similé. — Ecriture X" 2.
Fac-similé. — Ecriture N° 1 .
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pii' les cahiers des Archives, parce que nous sommes ici iniM's à cette partie du récit qui parle des méfaits de lli'in' comme thème principal : et, par conséquent, c'est iviilure du rédacteur interlope, récrivant, l'histoire ori- ^iiiile, qui prédomine. Mais, sans doute par suite d'une inailvertance, quelques-uns des anciers cahiers où transpiiMit l'écriture primitive sont demeurés. Or, bien qu'on ■lil lians ceux-ci coupé ou altéré certains passages, nous Su m mes à même de découvrir le moment précis où les .illii'.itions ont été faites, et dans quelques cas (lorsque !r- iijrrections sont simplement notées dans l'interligne) il est possible de comparer les différentes versions du niiine incident, — comparaison qui rend plus inexplicable i|iM' jamais l'aveuglement singulier, sinon volontaire, ili -MM. Perey et Maugras, qui, sembic-t-il, n'auraient |iii |iroclamer com.me un « fait indéniable » la « parfaite I \ Il (itude » et la a véracité » des Mémoires, s'ils avaient Jl examiné ces cahiers.
Mais les documents d'une importance capitale dans cette enquête sont les Notes dont j'ai parlé plus haut. Leur objet se trouve indiqué par le titre général : « Notes des changements à faire dans la fable ». Et le fait que les modifications des cahiers des Archives et de l'Arsenal sont conformes aux indications données dans ces Notes met entre nos mains la preuve patente que la narration originale de Mme d'Epinay a été altérée de manière à la faire concorder avec le portrait donné de Rousseau par (Irimm et Diderot.
Bien que ces Notes soient écrites sur des bouts de pa|»ier détachés ou des morceaux arrachés de vieux caliiers, et bien qu'elles aient été ainsi jetées sans égard h l'onlre des événements, il est possible de les classer, parce que cha(]ue Note est accompagnée du numéro du cahier où les altérations devaient être faites. Il en résulte que les numéros qui accompagnent les Notes ne corres-
pondent plus exactement aujourd'hui à ceux des cahiers récrits; mais ils correspondent aux numéros des vieux cahiers conservés. De toute façon, en observant l'ordre des numéros donnés sur les Notes, celles-ci servent de fd conducteur à travers les falsifications du récit, et démontrent que tous les passages interpolés et les chapitres récrits représentent des changements voulus dans les Notes.
Le plus grand nombre de ces Notes est de l'écriture ([ui corrige le manuscrit. Il y a cependant quelques exceptions importantes à cette règle, comme on le verra bienti'it, quand nous traiterons de la Note, — découverte fondamentale de cette étude, — qui ouvre en quelque sorte brusquement la porte de la chambre secrète et, en y laissant pénétrer un jet de lumière, nous aide à distinguer les traits des conspirateurs.
Mais de qui est l'écriture (jui corrige'.' 11 est nécessaire ici de rappeler la conclusion, d'ailleurs inexacte, que nous avions formulée dans un précédent ouvrage* En 1893, quand nous n'i-tions qu'au début de ces recherches, nous croyions que l'écriture légère et pâlie dil manuscrit original (fac similé n" l) était de Mme d'Épinay, et ([u'il fallait attribuer l'écriture ferme et plus fraîche du calomniateur de Rousseau à quel(|ue personne employée [lar (irimni pour falsifier le récit de Mme d'Epinay, probablement après la mort de celle-ci.
Nous avions d'autant plus facilement accepté celte liièse (|u'elle s'accordait avec notre réelle sympathie pour i'aiinalile femme qui bâtit à .Iean-Jac(|ues son k ermilage »; et aussi parce (ju'il nous répugnait de la croire associée au complot formé pour nuire à son ancien ami. Notre opinion d'alors avait aussi pour garant (]uel(|ucs
I. Sliidici III Ihr Fluiici: uf \'iitluirc uiitl lloiissmii ; Loiulri's I8'.I5,
;i>sertions formelles de MM. Perej' et Maugras qui assiiiiMieiit avoir eu entre les mains des autographes origiiMUX confiés par les descendants de Mme d'Épinay. l'.i liant avec l'autorité que leur conféraient leurs sources d'i II formation toutes spéciales, ces écrivains affirmaient (|ii un certain document faisant partie du manuscrit de l'Arsenal avait été écrit par Mme d'Epinay elle-même.
II La page suivante, disaient-ils avant de la citer, estentii;rriiiPiii écrite de sa main ' » ; or cette page est de l'écriture du fii-similé n° 1. Des recherches ultérieures nous prou- Mifiit toutefois que, même sur cette simple question, .MM. Perey et Maugras égaraient leurs lecteurs.
Mais la déception que nous causa cette découverte ne |ii.ivient pas tant de ce que Mme d'Epinay aurait dicté
I 1111 secrétaire (écriture n" 1), au lieu de l'écrire de sa
III lin, la version primitive de son récit. Le fait accablant r c^l qu'elle-même aurait de sa propre main, quatorze ou i|iiiiizeans plus tard, semé de calomnies les pages jaunies i|iii ivoquaient le souvenir de son ancien ami.
i.a conviction que l'écriture n" 2, qui altère et intercale ili- passages dans le manuscrit des Archives, doit être iiiliiliuée à Mme d'Épinay, nous vint, avec toute la
II il II- d'un désappointement personnel, après l'examen des piqiiiTs possédés par la Bihliothèque Nationale. Elle se confirma à la vue du fac-similé donné dans le Dictionnaire des auliigraphes; le doute enfin ne nous fut plus permis quand nous reçûmes l'obligeante réponse de l'administrateur de la liibliotlièque publif(uc de Neuchâtel, à (|ui nous avions envoyé deux fac-similé en le priant de les comparer avec des lettres originales de Mme d'Epinay. Sa r(''|)()nsc que le fac-similé n" 2 est indubitablement de la propre écriture de Mme d'Epinay établit une fois pour