I. I.e dur (le l;n,-|ie
LE complot; ses deux organes.
sente pas touché profondément par les scènes tragiques qui précèdent sa fuite en Angleterre. Concédons encore; iiu'un désespoir d'amour paraît fort insulfisant pour conduire au tombeau une femme telle que Mme de Montbrillant, qui affronta tant d'orages et suscita tant d'intrigues. Avouons que, s'il était indispensable que riiéroïne mourût, il ne l'était point quelle mit si longtemps à mourir. — Mais, tout en reconnaissant à Brunet le droit d'abréger les lamentations de Voix et l'agonie de Mme de Montbrillant, il n'avait pas celui de laisser Voix en France, et Mme de Montbrillant en vie!
Et, bien que les deux cents dernières pages du manuscrit ne soient pas la meilleure partie de l'ouvrage, ce serait une erreur de croire qu'il soit permis au critique de les négliger. Dans cette espèce de transfiguration qui termine le roman, il est vrai (|ue Voix, Garnier et Mme de Montbrillant perdent toute ressemblance avec Grimm,j Diderot et .Mme d'Kpinay. Mais ils revêlent une ressemblance indéniable avec trois personnages imaginaires qui nous sont familiers. I^os lecteurs (jui connaissent la A'ouvellc Hrluise ne peuvent douter, en étudiant le dernier volume du manuscrit, qu'il ne s'y trouve une tentative pour surpasser liousseau dans son propre domaine, i|ue nous sommes invités à considérer (iarnier comme un type de noble ami (|ui repousse Milord Edouard dans |
Monlbrillantl
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l'ombre, et à accepter Voix et .Mme de
comme un couple d'amants d'un iiilérèl plus palb(''(i(iue j
que Julie et Saint-Preux. V
il nous reste à résumer ce que la découverte et l'étude* comparée de ces manuscrits apportent de nouveau pour î l'étude critique de la personnalité deJean-.lai'i(ues.
i'Jt, tout d'abord, en ce (jui concerne les Mvimnvex de Mme d'I'^pinay ;
Il est [)rouvé (|ue cet ouvrage — acccpli' par la iTilii|ue actuelle comme fournissanl h' récit fail par Mme d'Epiiiay
e la querelle de Rousseau et de ses anciens amis, et un me apportant le témoignage à opposer aux déclarations i' I .luteur des Confessions — • ne renferme pas l'histoire I ii^inale de Mme d'Epinay. Le manuscrit de l'Arsenal et i-; Archives montre que le roman original fut « récrit r-- le commencement », conformément à un plan dicté à iiiic d'Épinay par (îrimm et Diderot. Le manuscrit de la ililidthèquc de la rue de Sévigné prouve que l'histoire ;iriiiitée dans les Mémoires imprimés (c'est-à-dire l'iiisiiiri' invoquée comme preuve contre les déclarations de liiiisseau par la critique actuelle) a été ultérieurement ;il~iliée par les premiers éditeurs du livre.
i^ii d'autres termes, toute l'argumentation tirée de la )ri Icndue concordance entre les relations de la conduite le liousseau par Mme d'Epinay d'une part et les Encyli'pi'distes de l'autre, ne tient pas debout; il est prouvé |iii' tous les jugements basés sur la croyance à la véraili' essentielle des Mémoires ne s'appuient que sur des oiiilcments faux.
l'dur ce qui regarde, d'autre part, la conspiration contre liousseau, il est prouvé que cette conspiration exista.
Les différents manuscrits de l'ouvrage posthume de \luM' d'Epinay et l'histoire de ces documents nous aident
I Recouvrir l'instrument soigneusement ajusté par les I inspirateurs pour transmettre à la postérité leur por-
li lit calomnieux de l'homme (ju ils détestaient.
II! également l'argumentation, réfutée par l'évidence qui
II suite de CCS documents, n'a plus ni valeur, ni raison il lire. Il n'est plus permis, eu présence de cette évidence, ili' regarder comme (( extravagante » ou (( improbable » I i'Iii' que des hommes, dans la position de Grimm et de lii Irrot, auraient eu l'intention maligne ou auraient pris l.i peine de cons|)irer délibérément contre Housseau, il IMS le but de lui édifier une réputation entièrement
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Il est prouvé, au contraire, qu'ils eurent celte mali- (fnité et qu'ils prirent cette peine.
Tout ceci établi, la question n'est plus de discuter si l'hypothèse d'un complot est vraisemblable ou, au contraire, absurde. Afais il s'agit d'examiner les instruments dont les conspirateurs se sont servis, l'usage qu'ils en ont fait et le plan qu'ils ont suivi.
Plan indiqué par Diderot, pour dilTamer Rousseau. Suivi dans la Corresiiondanci: LilU-niiiv et dans les Sept scélératesses ilu Ciloyrn Boasseau, ce plan a élé interpolé dans l'œuvre de Mme d'É])inay.
Nous savons que Tidée maîtresse des conspirateurs était de prêter à Rousseau une réputation de sopliiste et de charlatan.
Mais il y avait à cela un invincible obstacle. Sa vie, indéfienilantc et simple, s'étalait, ouverte à chacun. On avait aiïaire à un philosophe dont les actes, contrairement à ceux de ses confrères, s'accordaient avec les doctrines. Il prêchait rindépendancc et la liberté par le travail manuel : et il gagnait son pain en copiant de la musiepie. Il enseignait que la protection des hommes de lettres par des personages opulents et haut placés entravait la libre expression de leurs opinions, et il refusait toute protection, jusqu'à la pension que le roi lui offrait. Il soutenait que le bonheur n'est pas dans la course à la gloire, ni dans les distractions et les obligations (juc comporte la vie mondaine : et à ra])Ogée de sa célébrité, ardemment recherché jiar les chefs de l'aristocratie, le premier usage qu'il fait de sa faculté de régler sa vie à sa convenance est d'aiiandonncr Paris et de s'établir à la campagne, pour y mener en paix une existence de travail et de méditation, loin de l'énervenient stérile des cités.
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Comment soutenir alors que cet homme agissait eQ hj'pocrite et en imposteur lorsqu'il vantait, dans ses écrits, la simplicité dos mœurs et la vie naturelle? — Une seule voie restait ouverte à ses calomniateurs. Ils donnèrent la ' clé du mystère en déclarant que cet ambitieux s'efforçait de conquérir la notoriété. La fausseté devenait la caractéristiqueesscntiellc de ce prophète de vérité. L'énigme que présentaient ses rfiotifs et ses goûts intimes pouvait, en conséquence, n'être résolue que d'une seule manière. Il fallait prendre exactement la contre-partie de tout ce qu'il disait, faisait, ou écrivait, pour connaître son véritable caractère.
Rousseau, par exemple, prétendit toujours avoir été traité avec bonté et affection avant sa célébrité par tous ceux, hommes ou femmes, avec qui il avait été lié aux différents moments de sa carrière. Il affirmait que son séjour en Savoie, à Annecy, à Chambéry, aux Charmettes, avait été la plus heureuse période de sa vie. Son adolescence vagabonde, journées d'indépendance et de romanesques aventures qui eomponsaieni, pourcetenfani épris de la nature et de la liberté, les épreuves et les privations ne s'achevèrent qu'à vingt ans accomplis. Les huit ou neuf années qui suivirent furent un intervalle, dit-il ', où il se passa peu d'événements dignes d'être rapportés, car son existence (d'abord en (jualité de secrétaire du cadastre, et ensuite comme maître de musique) était (( aussi simple (|ue douce ».
C.L'lto uiiil'urmiU'', i''cril-ii. l'tail précisrincnl oc dont j'avais le plus i;iaiul licsoin ]>ourachever de former mon caractère, que des lroul)l(;s rontinucls empi^cliaient do su ti.xer. C'est durant ce prûcieux intervalle que mon éducation mCtée et sans suite, ayant pris de la consistance, m'a fait ce que je n'ai plus cessé d'i'-trc à travers les orages ipii in'atlriidaii'nt.