I. Ciiii/essions, 1"' pnrlic, V
II menait, à cette époque, une vie à la fois paisible et distrajante. Mme de Warens était toujours bien vue de la bonne société de Chambéry; et son protégé, le jeune musicien de Genève, fut partout le bienvenu, autant pour son charme personnel que par égard pour sa protectrice.
L'accueil aisé, Tesprit liant, l'iuiineur facile des habitants du pays me rendit le commerce du nxonde aimable; elle goût que j'y pris alors m'a bien prouvé que si je n'aime pas à vivre parmi les hommes, c'est moins ma faute que la leur.
— Mais les souvenirs vraiment délicieux de ces années se résument dans les mois d'été passés aux Cliarmettes, petit chalet isolé au milieu des montagnes, où Rousseau eût pour toute société son adorée .Mme de ^Va^ens, et pour compagnie la nature ' et ses propres pensées.
Ici commence le court bonheur de ma vie; ici viennent les paisibles, mais rapides moments qui m'ont donné le droit de dire que j'ai vécu. Moments précieux et si regrettés! ah! recommencez pour moi votre aimable cours; coulez plus lentement dans mon souvenir, s'il est possible, que vous ne fîtes réellement dans votre fugitive succession. Comment feraije [lour prolonger à mon gré ce récit si touchant et si simple, pour redire toujours les mêmes choses et n'ennuyer pas plus mes lecteurs en les répétant que je ne m'ennuyais moi-même en les recommençant sans cesse?... Je me levais avec le soleil, et j'étais heureux; je me promenais et j'étais heureux; je voyais maman [Mme de Warens], et j'étais heureux; je la quittais, et j'étais heureux; je parcourais les bois, les coteaux, j'errais dans les vallons, je lisais, j'étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j'aidais au ménage et le bonheur me suivait partout : il n'était dans aucune cliose assignable, il était tout en moi-même, il ne pouvait nie quitter un seul instant.
Une telle existence, à ro[)i)que décisive ((ui s'étend de