Ojiifrsfioiis. -J' piiilic, liv. VII
•Cl' ni, lire d'ambassade. L'ambassadeur, M. de Montaigu, !■ i l'iiduisit indignement envers lui, il est vrai; mais iMiisseau contracta, à Venise, de nombreuses et honoalilrs amitiés. Il revint à Paris, conscient d'avoir quelque l.ili'iit. D'autres aussi s'en rendirent compte.
!,(' ilo décembre 1745, Voltaire adressait à Rousseau, •li.ii>;i' de remanier sa Princesse de Navaire, une lettre 1rs |ilus élogieuses :
\ "US réunissez, monsieur, deux talents qui ont toujours ■'II' -.r-parés jusqu'à présent. Voilà déjà deux bonnes raisons
iiiiii moi de vous estimer et de chercher à vous aimer. Je ^111^ lâché pour vous que vous employiez ces deux talents àun
lUM'aire qui n'en est pas trop digne, etc.
tl l'st précisément à cette époque que Rousseau devint ■-(■l'ii'Iaire de Mme Dupin et de son beau-MLs, M. de Fran- ■III il. U était en même temps leur ami. M. de Francueil lui ('(inliail ses plus intimes secrets. Il présenta Jean-Jac- |iii s non seulement à sa femme, mais encore à Mme d'E- |iiii:i>, sa maîtresse. Quant à Mme Dupin, c'est une de ■I Mis qui méritent le litre d' « ancienne amie » de Rous- MMi. Son attachement pour lui, né avant le départ de lr,iii-Jacques pour Venise, lui resta fidèle dans ses malheurs. Et les discrètes bontés qu'elle lui prodiguait sans ■l'-si^ ne la conduisirent jamais à prendre avec lui des illiiies de bienfaitrice.
liii a dû résumer ces (|uel(|ues faits, car, à |)rcniiiç la Il Li'iidc! de Rousseau telle que la donnent drimm, Diderot el I histoire qui constitue les Mcmoit-fs de Mme d'E[)inay, Mil se trouve en présence, comme il fallait s'y altendre, il'iiiie conlre-partie exacte de ce rpii précède. Selon cette liji'iide, Rousseau, avant sa célébrité, menait une existence nii-i'rahie; les épreuves et les mésaventures (|u'il cul à -iiliir lui avaicnl iiigri le caractère; et siirtt)nl les liiinii-
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liatioiis infligées par Mme Dupin l'avaient rempli d'ar tume à l'égard des riches et des puissants !
Un des grands malheurs de M. Rousseau, lit-on dans l.\5 Correspondance Liltéraiic de Juin 1702', c'est d'être parven^ à l'âge de quarante ans sans se douter de son talent.... (Il) i i';té malheureux à peu près toute sa vie. Il avait ù se plaindra de son sort, et il s'est plaint des hommes. Cette injustice es^ assez commune, surtout lorsqu'on joint beaucoup d'orgueil i un caractère timide.... Au milieu de tous ces essais, il s'étaiÉ attaché à la femme d'un fermier général, célèbre autrefoi» par sa beauté. M. Rousseau fut pendant plusieurs années som homme de lettres et son secrétaire. La gêne et la sortfff d'humiliation qu'il éprouva dans cet état ne contribuèrent' pas peu à lui aigrir le caractère.
Diderot, lui aussi, parle des ressentiments éprouvés par- Rousseau à la suite de sa jeunesse malheureuse. Cet apôtre enthousiaste du bonheur et de la vertu qui naîtraient d'une vie simple était un cynique et un misanthrope!
— Rousseau aflirme avoir été contraint d'adopler, dans son commerce avec la haute société, son ton naturel de franche simplicité parce qu'il commettait d'inévitables maladresses et se rendait involontairement coupable d'impolitesse, quand il s'efforçait d'imiter le ton maniéré et louangeur des gens du monde.
Grimm dit tout le contraire :
La simplicité et la brusquerie de Rousseau sont affectation pure. 11 était fort habile à tourner un compliment. Ce n'est ([u'après être devenu célèbre par son Discours retentissant de 17o0 que, « n'ayant point de naturel dans le caractère ", il assuma son rôle de cynique •'.
Jusque-là il avait été complimenteur galant et recliorclié, d'un commerce même miellmix et fatigant ù force de tournures; tout à coup il prit le manteau de cyni(iue, et, n'ayant
i. Conespomluiuv l.itlfruire, V, 102, 101, KVl. 2. /</., ijiiilli'l 17ri2J, V, 03.
loiiil. Je naturel dans le caractère, il se livra à l'autre excès. U li--, en lançant ses sarcasmes, il savait toujours faire des Xi i'|i(ions en faveur de ceux avec lesquels il vivait, et il Mii.i, avec son ton brusque et cynique, beaucoup de ce i.iMiiii'raent et de cet art de faire des compliments recherchés, -Ml iiiut ilans son commerce avec les femmes.
l/aiileardes Cou fessluns afCirmaii que son talent d'écri- \ lin tenait uniquement à la force de ses convictions et :i 1 intérêt qu'il prenait au sujet à traiter. Il n'avait pas le 1 II (le l'éloquence purement littéraire. Sa phrase jaillis- -:iil, toute chaude et toute vivante, de son enthousiasme MM iiip, de sa foi en une humanité plus heureuse et lin illeure.
Itiilerot et Grimm affirmèrent le contraire : Rousseau rir devenait éloquent que lorsqu'il Itii fallait donner à des raisons fausses l'apparence de la vérité :
li'.m-Jacques, écrit Diderot, est tellement né pour le Mijlnsme que la défense de la vérité s'évanouit entre ses niiiiis.... Je le sais par expérience. Il se soucie bien plus <r iii; éloquent que vrai, disert que démonstratif, brillant' |iii liifiicien, de vous éblouir que de vous éclairer.
Le grand défaut de M. Rousseau, répète Grimm, c'est de manquer de naturel et de vérité; l'autre, plus grand encore, c'est d'être toujours de mauvaise foi,... il cherche moins à dire la vérité qu'à dire autrement qu'on ne dit, et à prescrire autrement qu'on ne fuit.
La répugnance caractérisée de Rousseau i)our les protecteurs, en même temps que son choix du métier do copiste, était (selon Diderot) une « seconde folie )) ou plutôt une seconde <( fausseté » de cet homme <( superbe comme Satan ». En présence d'un fait indéniable, il ne restait plus qu'à prétendre qu'il copiait si mal et avec tant de retards, que ses clients n'étaient que des bienfaiteurs discrets. Touchant son ind('q)endaiii'e, iJiilcrot
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assurait que, malgré son affectation de désintéressenicul, Rousseau acceptait et sollicitait, en secret, tous les secours de In bienfaisance; et bien qu'il eût refusé une pension du Roi de France, il n'hésitait pas à devenir le protégé secret d'une femme (Mme d'Epinay) dont il disait du mal tout en vivant à ses dépens.
Grimm maintint, lui aussi, que Rousseau ne gagna jamais son pain, comme il s'en vantait, en copiant de la musique '.
En prenant la livrée du philosophe, il quitta aussi Mme Dupin et se lit copiste de musique, prétendant exercer ce métier comme un simple ouvrier et y trouver sa vie et son pain ; car une de ses folies était de dire du mal du métier d'auteur, et de n'en pas faire d'autre.
Rousseau dit lui-même que son tempérament et ses souvenirs prolongés (il faut se rappeler qu'il avait vingt-neuf ans quand il ([uitta la Savoie) rendaient le séjour à la campagne si indispensable à son bonheur; que, durant les (juinzc années où il vécut à Venise et à Paris, il n'avait jamais cessé de se sentir en e.xil, jamais renoncé à l'espoir et à l'intention de trouver une paisible retraite, comme couronnement des efforts (|u'il faisait pour améliorer son sort personnel. Là, éloigné tles misères et des vices des cités, il devait pouvoir communier librement avec son âme et avec la nature, et trouver ainsi la force nécessaire ]iour exécuter les graves projets c|u'il méditait.
Mais ici encore les « anciens omis » (|ui se prétenilaieut les seules personnes qualiliéc^s pour le comprendre, soutinrent le coiilraire. Nul moins que I{ousseau n'était fait pour vivre à la camiiagne; à |)ersonne la vie de Paris, l'anininliDii, l'adidalion (|u'(iii y Irunvail, nV'taieiil plus