‹ La légende de Jean-Jacques Rousseau rectifiéeChapitre 31 sur 64 · DU CITOYEN ROUSSEAU · texte numérisé non relu

DU CITOYEN ROUSSEAU

Avant la (|uerolle, Mme d'Epinay fut-elle la bienfaitrice de Rousseau? L'offre de l'Errnitape. Les deux versions. Comment, en réalité, Mme d'Kpinay fut l'obligée de Rousseau.

Diderot, en rcpnjcliaiil h Housseaii sept scélératesseg qui lui auraient aliéné tous ses amis, ne rangeait point sous ces sept rubritiues le nombre beaucoup plus considérable des charges qu'il portait contre Jeaa-Jae(|ues. Prenant en main les tablettes, tâchons de disposer ces accusations de façon à en éprouver la véracité. Le meilleur parti sera peut-être d'adopter cette division en sept cliarges capitales; et de les examiner comme formant les éléments de la fA^gende des crimes de Jean-Jacques contre ses (( anciens amis ».

Nous aurons, do la sorte, deux crimes ainlre Mme d'/'Jpiii'i'i :

1° IJousseau l'accusa d'avoir voulu semer la discorde entre .Mme d'iloiidetot cl Saint-I.,ambert; d'avoir àcel effel tenté d'obtenir par de bas moyens les lettres de Mmedliuudctot à liousseau, et d'avoir utilisé ces rensei^fiicments piiurévcillrr la jalinisic de Saiiit-I.aiiiln'it ;

tl+ LA LEGENDE DES " SEPT SCELERATESSES ' .

2° Rousseau refusa d'accompagner Mme d'Epinay à Genève et justifia de cet acte d'égoïsmc et d'ingratitude par une lettre aljominable;

Un crime envers Grimm : l'avoir accuse d'être son ciiuenii et cependant l'avoir choisi pour juge dans son difTcreiid avec Mme d'Epinay.

Deux crimes envers Diderot, et deux autres envers Saint-Lambert, tous les quatre étant impliques dans l'histoire de la « lettre atroce » à Saint-Lambert.

En ouvrant notre discussion par l'examen des « crimes » de Rousseau envers la (( bienfaitrice » qui lui avait donné l'Ermitage, notons que Diderot ne s'arrête pas à rechercher si Rousseau avait des motifs sérieux pour soupçonner Mme d'Epinay, ou si de bonnes raisons ne lui défendaient pas (le s'olTrir à clic comme compagnon de voyage, lorsqu'elle dut aller à Genève pour sa santé.

Selon Diderot, Jean-Jacques avait tant d'obligation à Mme d'Epinay, qu'il n'avait nul droit de se plaindre, i|uoi qu'elle pût lui l'aire : ni de refuser aucun service, (jucl(|uc grand qu'il put être. U importe donc essentiellement tle savoir exactement dans quels termes vivaient Rousseau et Mme d'Epinay. Fut-elle, comme suggèrent les Confessions, une amie empressée et attentive, qui cherche à lui plaire par une gracieuseté? Ou fut-elle, comme l'affirme Diderot, la bienfaitrice qui « le nourrit, lui, sa inaitresse, et la mère de sa maîtresse ».

L'histoire telle qu'on la trouve dans les Mémoires est présentée de façon à appuyer la dernière hypothèse. Si elle est véridique, elle prouve, entre autres choses, que Itdusscaii MOUS a laissé dans ses Confessions ce cpie Saint-.Marc (iirariliu ()lus poli que Sainte-neuve) appelle un conte du fer.

Tout le monde couuait la délicieuse anecdote coMl('e par JSousseau au livre VlU de son ouvrage.

])aiis la l'ovreapiinilance /.iUiiraire, on trouve i|ue

l'offre de l'ermitage. 93

ruJmm racoiitt' cet incident tout autrement (voir p. 24). Cl' ne fut pas Mme d'Epinay qui ofTrit l'Ermitage h siiii ami pour lui ôtcr la cruelle idée do s'éloigner d'elle; rc fut, au contraire, l'indélicat Jean-Jacques qui pcrséciila longtemps cette charitable dame pour qu'elle lui idètàt ce refuge forestier, retraite qui « ne convenait à pirsonne moins qu'à une tète aussi chaude et à un tempiramcnt aussi mélancolique que le sien ». C'était donc, ilaprès cette version, une faveur accordée aux prières de lidusseau que ce séjour de l'Ermitage.

l)ans les Mémoires, René ne persécute pas, exactement, Mme de Monlbrillant pour en obtenir les Roches; mais il provoque l'offre en s'adressant à elle dans ses perplexités. 1. 1 République de Genève, d'après ce récit, lui a offert le \n:<[c rémunérateur de bibliothécaire de la ville; René m tient pas à s'y rendre : d'abord parce qu'il se méfie de Ms concitoyens; ensuite parce qu'il ne veut pas quitter Mme de Alontbrillant ni ses (( chers amis » Voix et Gariiirr. Pourtant il ne peut plus supporter de vivre à Paris; et il n'a pas les moyens d'avoir une maison de campagne eu France. Que lui faudra-t-il faire?

La bonne dame s'ingénie. Elle se souvient d'une petite chaumière située dans sa propriété de Montmorency. René n'y a jamais été '. La maisonnette a besoin de réparations : on peut les faire à son insu. Mme de .Montbrillant décide de lui offrir cette demeure; et de lui améliorer l'existence en ajoutant au produit de la vente de ses œuvres une somme qui lui assure un revenu suflisant pour lui et les Elois fc'est-à-dire les Levasseurs) ses gouvernantes. En lui faisant ces propositions, la bienveillante Mme de Montbrillant engage René à peser ces avantages contre ceux cjuc lui offre la R(''publi((uc de Genève. Elle conclut de cette manière admirablement judicieuse :

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