Cf. lus MéiiMires. t. II, p. 22'J
Enfin, mon bon ami, réfléchissez, combinez, et soyez sûr que je ne mets d'cattaclie qu'au parti qui vous rendra le plus heureux. Je sens tout le prix de votre amitié, et l'agrément de votre société : mais je crois qu'il faut aimer ses amis pour eux avant tout.
C'est la raison même qui parle : oui. mais ce n'est pas le ton ordinaire des lettres de Mme d'Epinay ; ce n'est pas non plus l'altitude qu'elle était qualifiée pour prendre envers J-J. Rousseau. Cette lettre indique néanmoins les relations entre Mme de Montbrillant et son déraisonnable et pauvre protégé, qu'on veut nous faire croire étaient celles entre Jean-Jac([ues et sa bienfaitrice.
Fidèleà son habitude de tout prendre, tout en « affirmant par l'ingratitude son indépendance », ce déplaisant jiersonnage commence par refuser, d'un ton bargneux, l'olTie qu'il finit par accepter.
La dame est charmée et confie à Voix, son amant, irs projets (ju'elle caresse pour le bien-être de ]\enc. Voix, à sa grande surprise, désapprouve nettement ce plan. Il fait preuve, en l'occurrence, d'une clairvoyance étonnante : il prédit la folie certaine de René qui se brouillera avec tous ses amis et accusera sa bienfaitrice de l'avoir persuadé de s'expatrier.
Telle est la version jiréféréo par S;iiule Reuve Schérer, Saint-Marc Girardin et Lord Morlc} , au charmant récit des Coitfassions, qu'ils estiment ,( peu vraisemblable ». La version des Mihuuhcs s'accorde très bien, sans iloule,avec la légende du Rousseau hypocrite et cbarlâtanesque i/ui acceptait tout le premier jour, qui était prodiijiie à icrct)o('j', tuais qui le lendemain faisait .vc.v cinnpte.i et s'acijuittait par le mrronteittemeiit. Miillieureusemeut l'examen des manuscrits démontre que (elle histoire, (|ui contredit \csCotifessioiix, n'est pas le récit original de Mme d'Kpinay.
L'incident se trouve dans le lilO'' cahier du manuscril des Archives, l.'cst visiblcnn ni uiu' inlcrpolalion rédigée
iUii' des feuilles collées eu marge de pages coupées. Parmi les notes jointes au manuscrit de l'Arsenal indi- |ii.iiit les rlta»(jemeiUs à faire dans la fable, se trouve une -Il il' d'indications qui marquent le plan suivi dans le [lassage interpolé. Insistons sur un fait évident : à savoir
i| -es notes indiquent ce qui ne se trouvait pas dans la
|iiiinière version. Donc, en ce qui concerne l'histoire de l'iiHrp des Roches à René, nous trouverons dans ces notes •!■ i|ui n'appartient pas à la première histoire, telle que Miiir d'Épinay l'avait racontée. Voici ces notes :
\ liené est triste. La vie de Paris l'ennuie; l'injustice le 1' \,iUo. Arrivée de Costa; René le présente.
/;. Uéné en vient à faire confldence des propositions de la Iti |iuliliqiie ; ce qu'on lui répond. On cache la' chose à Voix.
r. L'histoire de René apprise par Costa. Faire à ce sujet la roiiviMsation sur cette partie du journal entre Costa et
M de Montbriiiant. 11 faut que Voix ignore la proposi-
ii les Roches, quand il l'apprend.... <• Mon ami, répondit-elle,
i\'- 1110 dites pas cela deux fois; car je me suis toujours si mil trouvée de faire le bien qu'il me prendrait peut-être r]i\]t' de faire le mal pour voir si je ne m'en trouverais pas
IIJMllX »
/). l'aire l'iiistaUation de René aux Roches. On fait porter la vieille en cliaise à porteurs. Voir dans une lettre de René ce
que c'est que l'échange dos manteaux.
Si les Mémoirex peuvent recevoir le démenti des événements historiques, la date sn trouve fixée par la phrase de la note A : « Arrivée de Costa, René le présente ».
Il Costa )) est le nom donné à Tronchin. F.,es registres de fienève, consultés par M. Ritter', étaldissent ((ue le fameux docteur quitta sa ville au milieu do février l7o6 pour aller à Paris inoculer les enfants du duc d'Orléans. Tronchin vit {{ousseau pour la première fois lors de ce séjoiM'; ('( Rousseau le présenta à Mme d'IOpinay.