Niiiii il. . 11,1. ■ il .\hirf;eiii'y
ROUSSEAU ET CRIMM, 143
I "Mil, je m'avise à dire : " C'est une chose bien difficile que I l'Ai r un enfant. — Je le crois bien, madame, répondit René. I -f i|ue les pères et mères ne sont pas faits par nature pour \ r, ni les enfants pour être élevés. » Ce propos de sa part I |i Irifia. « Comment entendez-vous cela? » lui dis-je. Banval, I ' ' latant de rire, ajouta, ce que je n'avais osé ajouter : \ iM'z-vous pas, lui dit-il, un projet d'éducation dans la tête?
I i ' st vrai, répond René du même sang-froid. Mais il vaudrait
II mieux que les hommes lussent dans le cas de s'en passer i de ne le pas faire. »
M Mil' de Montbrilland souffre d'écouter les sophismes de M ', qui soutient que partout où l'éducation d'un peuple est
un '((se, celle des particuliers ne peut être bonne, et toute la :uncsse se passe à apprendre des choses qu'il finit oublier dans n dije plus avance. Le (jrand laleiU de voire éducation conclut-il,
t de placer ou d'oublier les maximes suivant les circonstances. -.a pauvre mère, désolée par cette doctrine, cherche quelques vis plus consolants.)
Mais, lui dis-je, est-ce que vous ne croyez pas qu'il y a de avantage à être bon même dans une société corrompue?
Oui, reprit-il, mais c'est un avantage qu'on ne peut sentir u'à la lin de la vie.
— Ah! monsieur, lui dis-je véritablement en colère, vous ubliez que je suis mère et que vous me désespérez avec votre hilosophie. >:
Que pensez-vous de cela, mon ami? Je vous avoue que je uis vivement affectée de cette conversation : j'ai besoin de otre avis pour fixer mes espérances et mes craintes. Je ne lurais me faire à l'idée qu'il faut renoncer à la probité pour tre heureux dans ce monde.
Salut-Marcdirardin se référant à cette lettre, reprodiiile ans les Mânoires, y trouve la preuve que Mme d'Epiiiay, vant même sa premièrn querelle avec Rousseau, avait ierdu toute admiration pour lui.
H II est curieux de voir, écrit-il, ilans les Mémaires les pro- Tés de ce dcsenchaulemen l . »
Ce qui est surtout ciirieii.x, c'est de noter comment les rili((ni'S(|ui prennent ('es Mcnmiri's au sctIciix perdent de
vue tout ce c[ui peut leur eu démontrer l'inexactitude, j Il devrait être inutile, en l'espèce, de prouver d'après les manuscrits que la légèreté avec laquelle Rousseau] aurait traité les soucis de son amie concernant l'éducation { de son fils, est une fiction, inventée pour discréditer l'auteur de r^'mi/t'. Tout lecleur de la Correspondance de ' Rousseau peut aisément acquérir la certitude iiun jamais Rousseau ne répondit de la sorte à un appel de Mme d'Epinay portant sur ce sujet. Il existe une lettre de conseils sérieux et avisés, écrite de l'Ermitage à Mme d'Epinay au début de l'année 1737 '. On pourra d'après elle juger du ton véritable que prenail Rousseau en abordant ce i sujet. '■
1. Voir Lettre de Rousseau, publiée par Brunet à In fin des Mémoires. — \o\. III, p. 255. — Voir aussi A New Criticism, vol. I, p. 225.
l'rf'miere querelle entre lîdusseau et Uidenit. Leur recoucilialion. isite de Rousseau à Paris. La léeende de la femme de Garnier.
En janvier 1757 parut le Fth naliirelAc Diderot. II envoya n exemplaire du livre à Rousseau ; qui le lut, dit-il, « avec intérêt qu'on porte à l'ouvrage d'un ami ». Il trouva léanmoins, dans la scène III du 4' acte, un passage qui it sur lui une impression des plus pénibles. Il n'en tira )as la conclusion qu'on l'y attaquait de propos délibéré, nais il comprit bien qu'on lui appliquerait le passage en lueslion. Et il fut peiné de ce que Diderot ne l'ait pas cnli; ou, le sentant, qu'il n'ait pas modilié la phrase en onsé(|uence. Elle se trouve dans la réponse de l'héroïne loustanceà Uorval, son prétendant écoiiduit, qui annonce ion intention d'abandonner le monde pour aller vivre à a campagne.
.Nous sommes as.sez (■•|ii(iuvés, le sort, et moi! Il ne s'agit lins lie bonheur. Je hais le commerce des hommes : et je sens jiir c'est loin môme de ceux qui me sont cliers que le repos ii'.dtend. Madame, puissi' le ciel vous accorder sa faveur piil me refuse, et rendre Constance la plus heureuse des
Mimes. Je l'apprendrai [leul-être dans ma retraite; et j'en ressentirai de la joie.
146 LA LÉGENDE DES " SEPT SCÉLÉIiATESSES »•