‹ La légende de Jean-Jacques Rousseau rectifiéeChapitre 43 sur 64 · CONSTANCE · texte numérisé non relu

CONSTANCE

Doival, vous vous trompez. Pour être tranquille, il fautavoi rapprobation de votre cœur : et peut-être celle des honimei Vous n'obtiendrez point la première, si vous quittez le pos qui vous est marqué. Vous avez reçu les talents les plusi rares : vous en devez compte à la société. Que cette foulé d'êtres inutiles qui s'y meuvent sans objet, et rembarrassent sans le servir, s'en éloignent, s'ils veulent. Mais vous, — J'ose le dire, vous ne le pouvez sans crime! C'est à une femme qui vous aime à vous arrêter parmi les hommes. C'est à Constance à conserver à la vertu opprimée un appui, au vicç arroganî un fléau, un frère à tous les gens de bien, à tant de malheuj reux un père qu'ils attendent, au genre humain un ami, mille projets utiles et grands, cet esprit libre de préjugés cette àme forte qu'ils exigent, et que vous avez. Vous, renoncer à la société? J'en appelle à votre cœur : il vous dira que Vhommc de bien est dans la société, et qu'il n'ij a que h niixliatil qui soit seul.

[Le Fils nalurrl, Acte IV, se. m.)

Rousseau entendait dans ces phrases l'écho d'anciens reproches contre lest|uels il n'avait pas jugé utile de se défendre. La raison en était (insistons sur ce point) l'exlra-i vagance évidente qu'il y avait h les applii|uer à son cas,; Rousseau ne s'était pas confiné dans la solitudcen ascète, oq; misanthrope, mais en penseur, en travailleur {|ui préfért les bois à la ville. Kl tout d'abord cet ermite n'était pas seul. 11 partageait sa retraite avec Thérèse, la compagne (|u'il s'était choisie, onze ans auparavant, pour achever avec elle .ses jours. L'Ermilage n'cdait i|u';i 20 Uilomèlres de Paris; et si ses amis trouvaieiil Irnp Imigue la distance Jean-Jacques n'avait que lro|i de visiteurs d'une aulrc espèce, gens à carrosse et ù loisirs qui croyaient prouver au monde leur admiralion pour un homme célèbre en le poursuivant dans la reiraile oii il s'était réfugié alin de les éviter. I,e eliAteau de Mme d'Mpinay n'('tail ipi'à une

iriirc de marche; elle y passait tous ses étés, se montrait uiijdiirs prête à venir prendre des nouvelles de son ours. )r sorte que, si la solitude et le silence des bois sont M I isles à un esprit laborieusement occupé à exprimer en milles termes de hautes pensées, Rousseau (qui ne se Il liait pas d'aimer la paix et l'isolement) n'en trouvait i.K lissez pour que son âme s'y pervertît.

Mais le fait même que ces reproches portent à faux Il -I il pas la preuve qu'ils ne s'adressaient pas à lui? Jiii' si même ils le concernent, il eût agi plus sagement •Il lis ignorant comme il l'avaitfait des autres reproches? sans doute, c'eût été préférable. Mais, nous l'avons dit, Rousseau ne comprit pas la situation. Il ne se jugeait pas attaqué par un ennemi secret. Mais, visé d'une façon jvidente, il fut blessé et irrité. 11 se récria contre son imi, sans soupçonner aucune traîtrise de sa part. Mais, 3bjecta-t-on, l'offense n'était que dans son imagination. Diderot ne songeait pas à lui.

Notons que, si fauteur du Fils naturel n'avait pas eu '.'inlcnlion (l'appliquera Rousseau la phrase incriminée, il ùt tout naturellement déclaré. C'est la simple réponse lux criti((ues qui pensent, avec M. Maurice Tourneux, jue Jlousseau s'exagérait les choses en cherchant une illusion offensante dans les paroles prononcées par un personnage imaginaire. Loin d'affirmer que Jeao-Jacques se trompait en découvrant un lien entre l'opinion exprimée par Constance et l'opinion intime de Diderot, nous savons que Diderot adopta pour sienne l'idée que ( l'homme de bien est dans la société; et ([u'il n'y a que e méchant f|ui soit seul ».

suis liii'ii aisi: que iiKiii livri' vous ait plu, ([u'il vous ait loui lié, écrivit Diderot. Vous n'êtes pas de inoii avis sur les enuitps; dites-en tant de bien qu'il vous plaira, vous serez le seul au uionde dont j'en ponserui : encore y aurait-il bien i

dire là-dessus, si l'on pouvait vous parler sans vous fùch'i-. Une femme de quatre-vingts ans ! otc. On m'a dit une iilii:i-~o d'une lettre du fils de Mme d'Épinay, qui a dû vous pinM r beaucoup, ou je connais mal le fond de votre âme.

Nous n'avons plus la première lettre de Rousseui à Diderot. Il n'était pas sur ses gardes et, ne se rendant pas comptecjue ces lettres pussent établir un jour que dans cette querelle il fut la victime et non l'agresseur, il n'en garda point la copie. Les lettres de Diderot se suffisent à ellesmêmes et nous aident à reconstruire avec quekiue certitude l'argumentation de Rousseau. On y retrouve, selon son irritante habitude, des phrases de la lettre reçue citées textuellement. Nous apprenons ainsi que Rousseau disait « ne vouloir pas aller à Paris », qu' « il valait mieux (|ue son livre lui tût renvoyé », qu'il <( refusa une offre de travail que Diderot lui proposait », que « Scipion, entre autres, servait son pays tout en aimant la vie pastorale », etc.

La seconde liHtre do Diderot, conlrnant les |ilnases oITeusanles, citées dans les Coufoxnions, où liousseau est apin-lé « féroce» et» cruel» a été imprimée d'après l'aulugraplie par Streckeisen-Moultou.

Rousseau ne répondit pas immédiatement .'i cette lettre. En voici la raison : il s(; sciilail outragé à tel point (lu'il craignit de faire un éclat. 11 écrivit à Mme d'Lpinay, à la date du 13 décembre.

Mme d'Epinay conseilla le calme à Jcan-.Iaiques. fiU vraie réponse de Mme d'K|)inay à son ami nflligé, Streckeiseii-Moultou,acli'; rc[)nidiiiti' d'après l'autographe delà bibliotliè(|Uc de Neucliàfel. (N'oir \o\. L ]'• MMIi.)

Voici maintenaiil une liMlic. (|ui ne tiil pdiiit envoyée ù Rousseau, citée dans les Mrimin-cs connue la réponse de Mmed'Ki)inay '.

I. Màiwires, l. Il, p. 273, el ciiliin IIIJ îles Archives cl Ms. ile lliiiiiia.

ROUSSEAL' ET DIDEROT. 149

■-i les plaintes que vous faites rontre M'. Diderot, mon ami, i^iil |;ias plus fonilement que vos souprons sur M. Griram,je iMi^ plains; car vous auriez bien des reproches à vous faire. In -nyez plusjuste envers ce dernier, ou cessez de prétendre |ii'- l'i'-coute des plaintes qui outragent un homme qui mérite urt au delà de votre estime, et qui a toute la mienne.

Si je n'étais retenue ici par un fort gros rhume, j'irais sure-champ vous trouver et vous porter toutes les consolations ju'avec raison vous attendez de mon amitié. Je ne puis croire [ue M. Diderot vous ait mandé de but en blanc qu'il vous ;royait un scélérat : il y a certainement du mal-entendu à ela. Mon ami, soyez en garde contre la fermentation qu'ocasionne souvent un mot fâcheux entendu dans la solitude, ;t reçu dans une mauvaise disposition: croyez-moi, craignez l'être injuste : que fait même souvent l'expression, quand le notif est cher à notre cœur? Un ami peut-il jamais nous )fîenser'? N'est-ce pas toujours notre intérêt, notre bonheur, lotre gloire qu'il a en vue? Peut-être même aurez vous occaionné par quelque vivacité un propos qui ne signifie ce que ous supposez que parce qu'il est isolé de celui auquel il épond. Que sais-je"? N'ayant point vu vos lettres, ni celles de A. Diderot, je ne puis rien décider, ni raisonner conséqueninent; tout ce que je sais, c'est que M. Diderot a pour vous la jIus sincère îimitié : vous l'avez dit cent fois. Je suis désolée le ne pouvoir aller vous trouver : je vous attendrirais moins ncore par ma présence que par la nécessité et la douceur de onlier vos peines à quelqu'un qui les ressent aussi vivement [ue vous-même. Si ma lettre pouvait donner cours à vos armes et vous procurer un peu de tranquillité, je suis peruadéo que les choses jirendi'uient une tout autre couleur. 5onj()Ur. Envoyez-moi vos lettres, et voyez toujours à la tête e ci'lle de Diderot ce titre important : par l'amilic. Voilà le rai secret d'apprécier ces prétendues injures à leur juste 'aleur.

On i)eiit ùtrc assuré que si nousseaii avait nvu une ellrn Ocrilo sur ce ton, sa conliance en celle qui la lui iilrcssait fût tombée ininiédiatcmeiit. C'est une des Ictlres, ;ei)en(laiit, que Sninte-ileuve reg'anle comme susceptibles l'éclairer la question débattue.

IbO LA LÉGENDE DES " SEPT SCÉLÉRATESSES ".

Nous devons comparer, pour nous éclairer dans ce débat, deux autres lettres du même genre : la première, réellement envoyée par Mme d'Epinay, et reproduite d'après l'original dans le livre de Streckeisen-iMoultou ; l'autre, apocryphe, que l'on trouvera dans les Mémoires, à la page 282 du tome second. Rousseau a communiqué à son amie les lettres de Diderot et la réponse (ju'il a l'intention de écrire.

Mme d'Epinay répondit par la lettre que Streckeisen- Moultou a donnée (vol. I, p. 337). Voici la lettre apocryphe des Mémoires (vol. II, p. 282) :

Et vous prétendez que ma lettre vous a fait du bien? Celle que vous venez d'écrire est plus injuste et plus remplie d'animosilé que les preiïlières!... Mon ami,. ..votre tète fermente,... la solitude vous tue.... Vous croyez avoir à vous plaindre de M. Diderot,... qui n'a d'autre but que de vous ramener au milieu de vos amis.... Préparez-vous à [lui] ouvrir les bras, [il] ne doit pas tarder à s'y jeter, suivant ce que j'entends dire.

Cette première querelle s'achève par une lettre de Rousseau. Il avait, pour agréer Mme d'Epinay, supprimé sa première réponse à Diderot, mais il écrivit une autre lettre qui résume avec impartialité tous les incidents.

Diderot ne semble jias avoir répondu par écrit. Mais il existe une lettre de Delcyre du 31 mars (]ui laisse entrevoir une sorte de trêve dans les hostilités.

Je vi.s hier M. Diderot, cher Citoyen. Vous l'aïuiez vu dimanche s'il n'y avait pas eu leçon samedi ciioz M. IJoncIlc. Vous serez bientôt d'accord. Votre dernière lettre l'a caliur. Engagez-le à vous dii-c tnul ce (pi'il a sur Ir cceur....

Rousseau éc-rivail linéiques jours [iliis lard à .Mme d'I'lpinuy :

Vous aviez bien raison de vdiihiir qui' je visse lii(h'i-ol; il a passé hier la journée ici. Il \ a 1i)iil:Ii'|ii|is (pie j'en ai passé

l'aussi délicieuse. Il n'y a point de dépit ([ui tienne contre la )résence d'un ami.

Ainsi donc une réconciliation temporaire avec Diderot tait survenue avant mars 17.'i7. Et aucun nuage de doute, le soupçon, ne séparait encore à celte date Mme d"Epinaj' ie son protégé.

Oubliant sans doute tous ses griefs contre Diderot, après ette visite, Jean Jacques crut apparemment que lamitié tait rétablie. L'histoire de sa romanesque liaison avec Mme d'Houdetot et de la première querelle avec .Mmed'Épinay (au sujet de l'altercation avec Saint-Lambert en uin 17o7i remplit l'intervalle entre les deux entrevues de Diderot avec Rousseau. La seconde eut lieu à lafindejuillet. La date peut en être fixée approximativement, car Saint- Lambert était alors à Montmorency, après la bataille de Hastenbeck. qui fut livrée le 26 juillet.

Rousseau explique dans ses Confessions qua sa résolution de ne pas aller à Paris fut modifiée par l'annonce (faite par Deleyre) du désespoir de Diderot à la suite des tta((ues dirigées contre le Fils naturel.... l'ne lettre autographe de Deleyre vient corroborer ces assertionsde Rousseau. Elle rapporte les propos médisants répandus par Mme de (Jrafligny, et donne à entendre que la visite de Rousseau consolerait Diderot, et, de plus, démontrerait la fausseté d'une telle vilenie. Notons un autre passage dans la lettre de Deleyre : « Diderot, écrit-il, est veuf en ce moment; .Mme f)idernt étant à In campagne )). Ce fait acquiert de l'importance si nous songeons que cette visite, la seule que Rousseau fit chez Diderot à Paris pendant le séjour à l'Ermitage, devient, pour les cons|)irateurs, l'occasion où la « femme de Ciarnier i> commente (( l'envie dévorante » de René.

De sorte que, pourreconnaitrele désir exprimé par Rouseau de renouer amitié aux heures d'adversité, Diderot a

fait de celte visite le prétexte de la dernière scélêrales,& dont il accuse Jean-Jacques dans ses Tablettes :

Un soir en causant avec lui, il avait envie de veiller : jo lu demandai un mol. une phrase, — immédiatement il me dit " Allons nous courher i'.

Mais ceci n'est pas la dernière méchanceté faite à Rous seau comme remerciment pour sa démarche amicale Rappelons-nous la remarque de Voix dans sa lettre i Mme de Montbrillant.

Je vois par quelques mots L'chappés à Garnier dans sa loUre qu'il y a quelques sujets de discussion entre eux, mais comme il ne s'explique pas, je n'y comprends rien.

Ce sujet, auquel il est ici fait allusion, c'est la passion malheureuse de Rousseau pourMme d'Houdetot; et le conseil donné par Diderot, et que Rousseau aurait promis de Suivre, aurait été d'eu faire l'aveu à Saint-Lambert.

Mais, pour étudier le développement de cette inlriçine avec Gtiriiiev, il nous faut remonter au printemps de 17."J7. Ce faisant, nous verrons les événements i|ui, de mai à juillet, ont pu ébranler la confiance de Rousseau en Mme d'Epinay ; et lui faire concevoir des soupçons sur ses « procédés souterrains ».

Le l'i-l'' cahier des Archives don ne des motifs de ccllo visite une version toute dilTérente. C'est le récit (|ue Diderot lui-môme écrit à Crinim. Le chapitre est, naturellement, de ceux qui ont été remanii's et inudiliés, ce dont la diversité d'écriture témoigne.

\'oici maintenant h" passade enlier, tel qu'il se Ironve dans c(M'ahier falsifié des .Archives, cl tel (|iu' lirunel l'a ri'produit dans les Mniuiirrs (I. III. p. V.l).

Linriii; m: M>ri; m; i\liiNiiiiiii,i,\Nr .a M. \ui.\.

(ifaiidi' nouvelle, ,'iiis.sl aihiiiialilr qu'iUiumaiile ! Iteiir est alli'... oir.'... Devine/.?... à Paris, oui à Paris ; el ponniuoi?

Pour voir Garnier, se Jeter à son col, lui demander pardon de je ne sais quelle lettre trop vive qu'il lui a écrite, je ne sais pourquoi; lettre beaucoup trop forte à laquelle Garnier n'a point répondu. Quoiqu'il n'ait pas tort, dit-il, il veut aller lui jurer une amitié éternelle. Si cette démarche était sincère, elle serait fort belle : mais il ne faut pas avoir des distractions lorsiju'on veut en imposer. René n'est plus à mes yeux qu'un nain moral, monté sur des échasses. 11 vint hier au soir dans mon appartement : « Ma bonne amie, me dit-il, il faut que je vous confie une chose que vous ne désapprouverez pas cette fois. — Voyons. — Je vais demain de grand matin à Paris chez Garnier. Je veux le voir, passer vingt-quatre heures avec lui et expier, si je puis, le chagrin que nous nous sommes fait mutuellement, u Je lui dis que j'approuvais fort cette résolution, mais que j'aurais désiré qu'il l'eût prise un peu plus tôt; alors il m'a conté l'histoire de cette lettre d'une manière si louche que j'ai conclu que cette réconciliation n'était qu'un pri'texte pour éviter la présence du Marquis, dont l'intimité avec la Comtesse lui causait un chagrin qu'il ne lui est pas possible de dissimuler. Il me faisait pitié; et mes propos s'en ?ssentaii'nl.... J'avais entamé un fort beau discours fort touchant, à ce (ju'il me semblait, lorsque tout k coup il m'interrompt pour me demander si je n'ai pas un portefeuille à lui prêter, pour emporter sous son bras. Cette demande me parut (Hrange. « Et pourquoi donc faire? lui dis-je, pour un jour? — G'estpour mon roman ", me répondit-il, un peu embarrassé. Je compris alors le motif de son grand empressement à voir (laniier. » Tenez, lui dis-Je sèchement, voilà un portefeuille mais il est de trop dans votre voyage, il vous en fait perdre tout le fruit. 0

(Uené SI! fâche, mais se laisse eoiivniiici'e [lar les arguments dosa bienfaitrice.) Mmcde Munllirillaiil rapporte sa conversion aux hons sentiments.

1 Vous êtes une femme bien singulirre, s'estil écrié; il faut que vous m'ayez ensorcelé pourqueje soull're patiemment tout ce i|uc vous me dites. ...Sachez, madame, une fois pour toutes, que Je suis vicieux, (jue Je suis né tel et (|ue vous ne sauriez croir(', mordieu! la peine ipie j'ai de l'aire le hi(Mi et cnniliieti

lo4 LA LEGENDE DES " SEPT SCELERATESSES ".

peu le mal me coûte... Vous riez? Pour vous prouver à quel point ce que je vous dis est vrai, apprenez que je ne saurais m'empêclier de haïr les gens qui me font du bien. — Mon ami, lui dis-je, je n'en crois pas un mot: car c'est comme si vous me disiez que vous ne pouvez pas vous empêcher d'aimer ceux qui vous font du mal. » Il ne put se défendre de rire de ma réponse; mais il me toucha en me priant avec une bonne fui d'enfant de le ménager et d'avoir pitié de lui. Nous nous sommes quittés fort bons amis. // n'a pas pris le portefeuille....

Mais, toujours hypocrite et faux, René a joué la confiante Mme de Montbrillant, qui l'apprend (dans le 141" ^cahier) par la réponse de Yolx.

-/ 140 .\rrh'ive.<!. Voix écni {Mémoires, t. III, p. 60) :

René vous a donc dit qu'il n'avait pas porté son ouvrage à Paris? Il en a menti, car il n'a fait son voyage que pour cela. J'ai reçu hier une lettre de Garnier qui peint votre hermile comme si je le voyais. Il a fait ces deux lieues à pied, est venu s'établir chez Garnier sans l'en avoir prévenu, le tout pour faire avec lui la revision de son ouviage. Au point où ils étaient ensemble vous conviendrez que cela est étrange. Je vois par quelques mots échappés à Garnier dans sa lettre qu'il y a quelque sujet de discussion entre eux, mais, comme il ne s'explique point, je n'y comprends rien. Hené l'a tenu impitoyablement à l'ouvrage, depuis le samedi dix heures du matin jus<iu'au lundi onze heures du soir, sans lui donner à peine le temps de boire ni manger. La revision linie, Garnier cause avec lui d'un plan ((u'il a dans la tête, et prie René de l'aider à arranger un incident ^\\û n'est pas encore trouvé à sa fantaisie. " Cela est trop (yflicile, répond froidement l'hermite, il est Inrd, je ne suis point accoutumé ;\ veiller. Bonsoir, jejiars demain à six heures du matin, il est temps de dormir. » Il se lève, va se coucher: et laisse (uirnier pétrilié de son proci'dé.

Vciili'i tel lidio |ue VOUS croyez si pénétré de vos leçons.

Ajoutez il cette nllexion un propos singulier de la femme de Garnier dont je vous prie de faire votre prolit. Celle femme n'est, (/w'idie honne femme, main elle a le tact Juste. Voijanl son mari dfsolc le jour du départ île /ICHi', elle lui en deinnnde lit raison: il la Ini dit : <t C'est le maniim- de delieatesse île cet

homme, ajoute-t-il, qui m'af/Uye : il me fait travailler comme un manœucre; je ne m'en serais, je crois, pas aperçu, s'il ne m'avait refuse aussi sèchement de s'occuper pour moi un quart d'heure.... — Vous êtes étonné de cela, lui répond sa femme; vous ne le connaissez donc pas? Il est dévoré d'envie : il enrage quand il parait quelque chose de beau qui n'est pas de lui. On lui verra faire un jour quelques grands forfaits plutôt que de se laisser ignorer. Tenez, je ne jurerais pas qu'il ne se rangeât du parti des Jésuites et qu'il n'entreprit leur apologie. » La femme de Garnier a senti très juste. Mais ce n'est pas cela que fera René : c'est contre les philosophes qiC il prendra parti; il se fera dévot, il écrira contre ses amis,... il finira comme finit Barsin par faiblesse, et cela sans qu'aucun moine s'en mêle. Retenez bien ce que je vous dis' !...

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