‹ La légende de Jean-Jacques Rousseau rectifiéeChapitre 47 sur 64 · Ms., cahier Wi. Mn,win-x. vol. 111. p · texte numérisé non relu

Ms., cahier Wi. Mn,win-x. vol. 111. p

nOUSSEAU ET M™ D EPINAY. 1/1

On pont croire, à notre avis, que les Levasseur étaient intriguées et que Tliérèse était jalouse; qu'elle apporta le billet (ou les billets) à Mme d'Epinay ; et que cette clame

également jalouse — ne dit point ce qu'elle aurait dû dire, mais qu'elle fit ce qu'elle n'eût pas dû faire, c'est-àdire qu'elle lut ces lettres.

Si la grandeur de sa faute reste indéterminée, — ce document établit ce fait historique et positif, que^ow^e* les accusations formulées par Rousseau contre Mme d'Epinaij se trouvent vérifiées. En faisant preuve d'une extrême indulgence à son égard, on voit d'après ses propres aveux qu'elle était précédemment intervenue entre Mme d'Houdetot et Saint-Lambert ' ; qu'elle avait lu des lettres de sa cousine à Rousseau; que, parées moyens malhonnêtes, elle avait acquis la conviction qu'il avait tourné la tête à Mme d'iloudetot; et qu'elle avait fait part de ces nouvelles h (irimni, ennemi déclaré de Rousseau, et très lié avec Saint-Lambert. Qui peut nier maintenant que Mme d'Epinay ne fut point responsable de la lettre courroucée du Marquis, qui plongea Mme d'Houdetot dans les larmes?

Que, dans toute cette affaire, le dépit de Mme d'Epinay ait visé, non pas Jean-.lacques, mais Mme d'Houdetot, c'est possible. On sent que Rousseau en eut lui-même conscience; et que son indignation eût été moins violente peut-être s'il avait été le i)rincipnl offensé (de fait ou d'intention) par une personne qui lui avait témoigné tant de bienveillance. Mais l'injure faite en son nom h la femme qu'il aimait, lui interdisait loule patience.

Cedocumenl, où la dc|iosilion du tinnoin principal nous arrive non encore inn(|uiili''e pai- (irimm et Diderot, nous

1. Cf. I(^ purlruU iU Miiw II. Sa ciiinliiilc (la <:oniluitr (lu Mari|iii>) iir.ivait paru Ip^èrc. J<" hasardai à lui en parler i\ l'insu de Mme II. h: ne fus pas conlenlc! de ses réponses... le danger où était Mme 11. m'elfraya au piiinl t\\\r je ti'ii-li.iis de lui laisser eutrovoir le .jii{;cnient que je portais sur la c'iiiuluilr ilc sou ainaul. l'tc.

172 L\ LEGENDE DES " SEPT SCliLEUATESSES "•

livre la l'ié d'une seconde énigme : Quel élnil, dons lout ceci, le liai (le Mme d' Houdelot?

Fut-elle une égoïste coquette qui n'encouragea la passion de Rousseau que pour satisfaire sa propre vanité'.' Mais chacun s'accorde à la décrire comme une personne fort aimable. — Avait-elle une inclination secrète pour Jean-Jacques? Espérait-elle que ce dernier, après ces promenades et ces soupers nocturnes en forêt, aurait le bon sens de ne pas prendre à la lettre ses protestations de fidélité à Saint-Lambert'? Mais, voyant comment il les interprétait, n'aurait-elle pas pu être plus explicite'.' Etait-elle véritablement une ingénue? et croyait-elle sincèrement que le moyen de guérir un homme malade d'amour était d'attiser sa passion'.' Songeons qu'elle avait vingt-iiuit ans; qu'elle était femme du monde, avec un goût remarquable i)Our la plaisanterie équivoque et la poésie silencieuse; et que son amant était de ces brillants causeurs dont le talent se manifeste surtout « en brisant les vitres ».

Mme d'l']pinay, avec sa faculté « d'esquisser jusqu'à l'âme )> les personnages qu'elle évoque devant nous, a dévoilé le mystère : Mme d'IIoudelot n'avail aucun de ces huis, parce c/ue si's aclious n'en avnienl pas, cl que ses senlimenls s'e/facnienl sans laisser de traces. Cette évaporée, avec ses (( tics de n'être jamais prête à l'heure donnée, iratlendrc ([u'on soit au dessert pour commencer à diner, lie laisser traîner tout ce qui lui appartient' ; d'avoir souvent l'air désœuvré; d'oublier sans cesse où elle est cl ce (|u'elle a à faire », avec des accès d'impatience déses[)éi'éc et de hâte lirouilloniu', pouvait (on le conçoit) sembler n7.si(/)/;o/7(i/y/i';i Mme d'l'-i)iiiay si vive et si sensée (|ni. elle, savait (i)ujours où elle était, ce ((u'elle avail à faire et ndmeltail fort fieu les tics oi>posés à son caractère. Le

I. - M. cil- Sailli I..1111I11TI lie l'cinl lii'ii |i,ini' i|ii'il i-iiiiiMiinii(|iii' iMiil a Miiir .rilHii.Irlnl ,|,ii |H'nl Iniil.. (Ill.lrn.t II Mlli' Viillaiiil. 1701.)

ROUSSEAU KT M°"' D'ÉIMNAY. 173

iiirlrail de Mme H... nous fait doiic comprendre pour- |inii Mme d'Epinay ne pouvait supporter sa belle-sœur, I i"iarquoi, voyant son ermite la proie de caprices qu'il in liait pour des sentiments etqu'il préférait à une vieille iinitié de neuf années, elle perdit patience, et se conduisit aussi bassement envers Mme d'Houdetot, — mais sans avoir voulu viser Jean-Jacques. De plus ce (( portrait » nous donne les raisons de la conduite indique de Mme d'Houdetot envers son infortuné adorateur : et nous montre l'erreur commise par les admirateurs de celui-ci quand, suivant eircela son exemple, ils ont idéalisé cette femme, dont la tète était aussi légère que le cœur. Et cette légèreté, nous explique sa perspicace cousine, vient de ce que le plaisir et la peine ne taisscnl fjuère de traces chez elle, tout s'efface avec d'autant plus de promptitude qu'elle sent vivement dans le premier instant. Avec elle., pas de lendemain.

Désormais, avec cette raison suffisante qu'il n'y a pas de lendemain pour cette femme à qui manque la notion claire des choses, nous pouvons cesser de nous demander comment il se fait que Mme d'Houdetot, désireuse de rester fidèle à son amant, donnait à minuit des rendez-vous dans un bo'squetà Jean-Jacques éperdu; comment il se l'ait que, étant allée jusqu'à la limite extrême de la prudence, elle redevint, brusquement et sans cause, aussi froide et aussi réservée; comment il se fait que, après l'avoir pressé de demanderavis à Grimm, elle changea d'avis envoyant l'erreur commise, et blâma llousseau d'avoir suivi ses conseils ;conim(!nt, enfin, il se fait qu'ai)rès lui avoir juré une affection et une estime éternelles, en dépit des calomnies possibles, elle lui écrivit, au premier signe d'impoiudarité, (|ue sa mauvaise répulation la contraignait de briser là leur amitié?. .. L'explicalidii cl l'excuse de celte conduite, Mme d'i'',|iiiiay imus la dtmnc : cela rsl dans son curacten-.

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