‹ La légende de Jean-Jacques Rousseau rectifiéeChapitre 49 sur 64 · CHAPITKK VII LA RUPTURE AVEC G R I M M · texte numérisé non relu

CHAPITKK VII LA RUPTURE AVEC G R I M M

lioussoiui aur.-iil-il du .ucimiii.ij^iUT .Mme d'Iqiiiiny à (ii'iirvr? L.i cttrcàGriiiiiii fiil-cllc. .■iliui-o ■■:' Fut-il cnuiialilc de '« scùlrnilcssc » ;nvers Mme d'I-^idnay?

II nous reste a voir si Rousseau a commis une scéléra- .esse envers Mme d'iïpinay en n'offrant pas de l'accompagner à Genève; et si la lettre à (irinim écrite à ce propos 'ut un « prodige d'ingratitude ».

Retraçons les faits, tels que les Confessions nous les présentent, et que les confirment des témoignages prouvant 'absolue véracité du récit de Jean-Jacques.

Au début d'octobre, lîousseau apprend, de la bouche de Mme d'Epinay, qu'elle se propose de partir à Genève pour ■onsulter Tronchin. Elle ne s'explii(uepnsplusclairement; 1 ne pose pas d'autres questions; bien ({u'il soit surpris de a voir eiitre[)rendre ce voyage h la fin de l'automne. De ilus, Mme d'I'lpinay savait qu'il était |)resque toujours ouffrant en hiver, et sujet, en tout cas, à des accès horriblement douloureux.

L'idée ne vint donc pas un .■~cul uKinicul à Hunsscaii de Hq)poscr (|u'clle souhaitait de le voir s'offrir comme conimgnon de voyage. Et il n'y a aucune raison de [)enser pie Mme d'Kiiiiiay ait jamais eu la [lensée de mêler son imi à une étrange histoire ([ui ne le concernait pas. Rouseau,a[)rès avoir élédirectcmcnt informé de ces intentions, api)rend île Thérèse, à son retour à l'Ermitage, les motifs

du voyage. Il n'insiste pas dans les Confessions sur c point : et le lecteur non prévenu pourrait, en conséquence s'étonner de le voir s'indigner des efforts tentés par Dide rot (à l'instigation de Grimm, pense-t-ili, pour le décide à accompagner Mme d'Epinay dans sa ville natale.

La raison de ce voyage, et d'un séjour prolongé à bonn distance d'amis trop curieux, qui connaissaient la situa tion du ménage d'Epinay, c'était (d'après Thérèse) I retour de l'accident déjà survenu en 17o3. Un nouvel év( nemcnt menaçait de rendre père quelqu'un — qui, à cou sûr, n'était pas M. d'Epinay! Les relations quasi conji gales de la dame avec Grimm n'étaient un secret poii| aucun de ses amis ou connaissances. Mais, dans le pultlii rappelons-le, on savait surtout que le vertueux citoyen c Genève avait pendant dix-huit mois vécu retiré dans u ermitage construit par Mme d'Epinay. Que l'on nie apri cela, que s'il se fût, par maladresse, laissé persuader d'à compagner son hôtesse à Genève dans de telles coi ditions, il eut été en butte aux risées de l'Europe entier

On a dit que Jean-Jacques n'aurait pas dû croire à l'Iii toire de Thérèse, qui avait rassemblé tous les racontars d valets et servantes.

La réponse à cette observation c'est que les » racontars sont presque reconnus exacts par les Mémoires cux-même On y trouve mentionné, avec un soin tout spécial, un h absolument dépourvu d'intérêt, — si ce n'est qu'il u trait une tentative faite pour expliquer la naissance d'un en fa dans la maison de Mme d'h'pinaji durant son séjou Genève. A savoir : (|ik' la femme de chambre I)ubuiss( cacha son état a sa inaiiresse avant le dépari ; qu'el accouciia à (.ienève en juin 17iJ8, au moment précis où maîtresse était dangereusement malade; et i|u'elle tlut é! soignée .par une étrangère.

De toute façon, lîousseau, au ciimaiil de l'affaire Fraiicueil, n'avait aucune raison de douter tlu renseigi

nent ainsi reçu. El la seule rumeur suffisait à justifier ion exaspération contre toute nouvelle tentative de Dideot essayant de lui dicter la conduite à tenir; et insistant lur le devoir (|ue, en dépit de sa mauvaise santé et de ses •essourcespécnnaircs, lui imposaient ses obligations envers Vlme d'Epinay.

Voici la lettre authentique de Diderot donnée dans les Confessions ' et reproduite par'Streckeiseii-Moultou d'après autographe de Neuchiâtel :

" Je suis l'ait pour vous aimer et pour vous Joiiikm' du clia- ;rin. J'a]iprends que Mme d'Epinay va à Genève, et je l'entends point dire que vous raccompagniez. Mon ami, conent de Mme d'Epinay, il faut partir avec elle; mécontent, 1 faut partir beaucoup plus vite. Étes-vous surchargé du poids les obligations que vous lui avez? voilà une occasion île vous icquitter en partie et de vous soulager. Trouverez-vous une lutre occasion en votre vie de lui témoigner votre reconnaisance? Elle va dans un pays où elle sera comme tombée des mes. Elle est malade : elle aura besoin d'amusement et de listraction. L'hiver! voyez mon ami. L'obji'ction de votre santé )eut être beaucoup plus forte que je ne la crois. Mais êtesrous plus mal aujourd'hui que vous ne l'étiez il y a un mois, ît que vous ne le serez au commencement du printemps".' ."■eri'z-vous dans trois mois d'ici le voyage plus commodément ju'aujourd'hui? Pour moi, je vous avoue que si je ne pouvais supporter la chaisi', je prendrais un bàlon et je la suivrais. Et puis ne craignoz-vous p((int qu'on ne mrsintcrprctc votre coniuite'.' On vous soupcouucia nu d'ingratitude ou d'un autre nolif secret. Je sais liicii que, quni que vous fassiez, vous lurez toujours pour vous le témoignage de votre conscience, mais ce Irmoignage suflil-il seul, et est-il permis de négliger jusqu'à cerlain point c(dui des autres hommes? Au reste, mon imi, c'est pour m'acquitter avec vous et avec moi que je vous écris ce billet. S'il vous déplaît, jetez-le au fe>i, et qu'il n'en soit non plus question que s'il ii'i'ùl, jamais iHc écril. Ji' V(jus salue, vous aime et vnus iiiilirasso. ■■

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