Carlin 11, livre l
A la lecture de ce billet, Rousseau fut indigné. Mais en celle minute même, son pire soupçon fut (juc Diderot avait consenti à servir d'instrument à Grinim. Il ne pensa nullement (ce qui, en toute vraisemblance, est la réalité) i|nr Diderot savait parfaitement ce qui en était, et voulait di-^ culper Grimm en lui substituant le crédule Jeau-Jaii|ui'aux yeux du public. On ne peut attribuer d'antre rais, m au désir soudain qu'eut Diderot de voir partir Roussi au avec Mme d'Épinay, laissant Thérèse et Mme Levas seur, auxquelles il portait si grand intérêt, toutes seules <( enterrées » à l'Ermitage, au milieu de la forêt.
Rousseau envoya sur-le-champ à Diderot une rép(uisi qui, à côté de la provocation de ce dernier, est un niiHlrh de patience et de bon sens :
« Mon clier ami, vous ne pouvez savoir ni la force des nlili galions que je puis avoir à Mme d'Épinay, ni jusqu'à qm point elles me lient, ni si elle a réellement besoin de moi >l m son voyage, ni si elle désire que je l'accompagne, ni s'il ul , ^ possible de le faire, ni les raisons que je puis avoir de m i abstenir. Je ne refuse pas de discuter avec vous tous ces pomimais, on attendant, convenez que, me prescrire si afliim iii vemcnt ce que je dois faire, sans vous être mis en étal il'i i juger, c'est, mon clier philosophe, opiner en franc élom.li Ce que je vois de pis à cela est que votre avis ne vient p i^ 'l vous. Outre que je suis peu d'humeur à me laissernieuci snu voire nom par le tiers et le (juart, je trouve à ces rici" lui certains détours cpii ni' vont pas à votre franchis(>, cl ilou vous ferez biiui. pour vous el, poiii- moi, do vous alisirui désormais.
» Vous craignez i|ii'oii iiilorprolo mal ma conduilo; mais !■ délie un cœur conuiH' lr vùlro d'osor mal penser du uuon D'autres, peut-être, parleraieut uiioux de moi si je leur rosi semidais davantage. Qiw Dieu uir préserve de me l'iir apiu-ouver d'eux! Que lis nu'i hauts m'épietil el m'inter|iW teiit : itoussi-aii u'osi pas fait poui' les oiaiudre. ui Hutero
pour les l'ioutrr.
.. Si votre liill.'t ui'a déplu, Vcuis vouliv que p' le p'tto au t.'i
LA nUPTL'RE AVEC GtllMM. 183
pt qu'il n'en soit plus question. Pensez-vous qu'on oublie ainsi pe qui vient de vous? Mon cher, vous faites aussi bon marché lie mes larmes, dans les peines que vous me donnez, que de ma vie et ma santé dans les soins que vous m'exhortez à iprendre. Si vous pouviez vous corriger de cela, votre amitié jra'en serait plus douci' et j'en deviendrais moins à plaindre. »
Voyons maiiilenant i|uolle vi-rsioii les Mrmoires nous Idonncnt Je celte histoire.
1 Le cahier lio du manuscrit de 1'. arsenal a été récrit et jcontient une série de notes indiquant les modilicalions lapportées. Les références s'appliquent aux cahiers liiG et
lai dont quelques pages détachées se trouvent incorporées
au nouveau caliier 14o.
lief. 153. — Lorsque René se dévoile par la lettre de Garnier trouvée, ail! voilà donc l'énigme expliquée, ce n'était donc pas seulement Desbarre — c'était René qui l'éloignait.
Ucj'. t:i:!. —r II ne faut pas que .Mme de Montbrillant sache encore ce que contenait la lettre dont elle était chai'gée par René, ('"est Voix qui l'explique au loi'' cahier. Refaire la pelite ipicrelle avec Voix le jour du di'part. Hu'eiliî y fait moins l'enfant.
l'as un Miul lii- limi' It Mme dv Monlinillant sur ce que Voix a écrit : pas ilc ri'-|ionse do lui, il fan! iciiiplacer tdUt C(da '.
/je/'. ni3. — Voix relii-nl surci-llr |ici'inissinn les lellres qui il lui .niraieiil tail ilr la prinr, l.r luleuc |i' dil. j
I Le cahier l't.'i d('hiitepnr le n'cit de la maladie de .Mme de
' Montlirillant, fait par son tuteur, et par la lésoliition
I ((u'ellc preinl (sur les instances de sa mère, de sf)n liihnn-,
et du dévoué Vol.\) d'aller à (îenèvcconsullcr ïroncliin.
Dans le rapport des dispositions prises |)oursoii Noyage se trouve une noie écrite eu marge du Cahier de l'.Vi'seual cl incor|ion''e au lexli' du inaiin^ci'il i'eciipi(', mnh siip-
1. Cr |i,ii.i-r.i|i|ic, fnii iirip'Ml.nil, nipiis Cillniiv v.iir, est ccril t\r l,'i Jii.'iiii <!<' Ileirn.l.
primée dans l'édition imprimée des Méntoirrs. Mme de. Montbrillant écrit à son tuteur :
<( J'ai quelque inquiétude sur l'état de lua femme de cliamlire. Je trouve depuis quelque temps qu'elle est fort changée. Je crains que la condition que j'ai mise au consentement à son mariage ne l'engage à me cacher une grossesse. Je lui en ai parlé. Elle m'assure qu'elle n'est pas grosse. Dans ce cas elle est bien malade; et dans l'un et l'autre cas, elle peut me causer de grands embarras. i>
Et le tuteur reprend :
(i Je parlai à sa femme de chambre comme elle l'avait désiré, celte femme nous trompa, autant par attachement pour sa maîtresse que pour son intérêt; et m'assura de nouveau qu'elle n'était pas grosse '. »
Pendant les derniers jours que .Mme de Montbrillant devait passer à la campagne, René avait paru redoubler d'attaclument pour elle. Elle en était extrêmement touchée. I,a veille ilu jour oii elle quitte Montbrillant ils étaient seuls ensembir. i iii apporte à Mme de .Montbrillant ses lettres. 11 s'en Irouvr une pour Hené adressée chez elle : i^lle la lui remit. 1 i lecture de cette lettre causa à celui-ci un mouvement de iir|Hi si violent que, se croyant seul, il se frappe la tète des dv\i\ poings en jurant. — « Qu'avcz-vous? dit-elle. Quelle nouvelle' vous met dans cet état? — Mordieu, dit-il en jetant àlcnv la lettre ijuMI venait de déchirer de ses dcnts^. Ce ne sont pi-là des amis, ce sont des tyrans. Je n'ai que faire de Inii^ lonseils. n Mme de Montbrillant ramassa la lettre.
ic J'appiends (écrivait (iaruier) (|ue Mme de Munlbrill.inl [lart pour (ieuève et je n'entends |ias dire que vous l'acinnipagnez. Ne voyez-vous pas que si elle a avec vous les torts (|iii' vous lui supposez, c'est la seule manière de vous acquillei dr (oui ce que vous lui devez et de pouvoir rompre, ensuilr, di''CcmMient avec elle. Si vous n'en faites rien, et ([ue vous la