‹ La légende de Jean-Jacques Rousseau rectifiéeChapitre 51 sur 64 · Is. itc ilniiii-i. \,.t. VIII · texte numérisé non relu

Is. itc ilniiii-i. \,.t. VIII

2. I.,i tcllrc .inf;iiiide de lllitcnil e.\i.-te a .Neiu-tiàtel. l.e profcsM'iir

Uiller en (lit : •■ J'.iUesle l'ii leiiioin (iriilaire ipie .Mme d'Kpiiiny i ~

f.iil iMic hisliiire (piiiml elle nnus peint lliiussenu .jetant à terre nlli' li'ltr-eipj'jt MMiaildriirTliirer (le ses iIimUs. i)n:\ui\ je fui vue, en IS.SI, ellr n.'t.iit p.i^ (LmIiuct. ••

laissez partir seule dans l'état où vous la voyez, étant aussi mal intentionnée qu'elle est pour vous, elle vous fera un tort (l'iil vous ne vous laverez jamais. Vous ne cessez de dire que \iiis voulez retourner dans votre pays. Qui peut donc vous !■ l'iiir? A moins qu'il n'y ait un mot de vrai à tout ce que \ 'IIS m'avez dit.

Iii se termine lu lettre dans lesdeii.rnianitsrrits — et il nous faut reconnaître en cecH'iine des graves falsitlcations pra- (ii[iiL'Os par l'éditeur des J/c'morres qui modifte, sansaverlir, l'iivrage original. Dans le livre imprimé, la lettre de Gariiiir, reproduite comme étaut de Diderot, est arrangée de f iDU à se terminer sur un ton amical, comme la lettre liiihliée par Rousseau dans les Confessions, — c'est à-dire Il véritable lettre envoyée par Diderot à Rousseau.

L'histoire se poursuit :

iju'ost-re que cette supposition'? demanda Mme de Montla I liant. Par i[uclle raison M. Garnicr croit-il (|uo je suis mal ml ■iilionm'c [lour vous/ Quels sont mes torts avec vous, s'il \Miis plaît? »

liené revint comme d'un rêve et resta interdit de l'impruil' me que la colère venait de lui faiie commettre. « C'est, lui dit-il, les suites de mes anciennes inquiétudes.... Mais, \niis m'avez dit qu'elles n'étaient pas fondées. Je n'y pense |iliis, vous le savez bien. Est-ce que réellement cela vous Il lit plaisir que j'allasse à (lenève?... — Et vous vous êtes |i' I mis, lui dit Mme de Monlbrillant, di; m'accuser auprès de .M. (iarnier? — Je l'avoue, reprit-il, je vous en demande pardon. 11 vint me voir, alors; j'avais le cœ\ir oppressé, je ne pus résister àl'envie de lui confier ma peine. l,o moyen d'avoir de la réserve avec celui qui nous est cher. — Vous trouvez dcuic, monsieur, rju'il en coûte moins de soup(;onner son amie sans certitude et sans vrai.semblance? — Si j'avais été sûr, madame, que vous eussiez été coupable je me serais bien gardé de le dire, j'en aurais été trop buinilié, tro[) malheureux. — Est ce aussi la raison, monsieur, qui vous a empécbé depuis de dissuader M. Ciarnier? — Sans doute : vous n'i'ticz pas coupable; je n'en ai pas trouvé l'occasion, et cela de'venail indilTéreut. «

Mme do Monlbi'iUant indigaée voulut le chasser de son appartemonl. H tomba à ses genoux, et lui demanda grâce, en lui assurant qu'il allait écrire sur-le-champ à M. Rarnierpour . la justitier. n Tout comme il vous plaira, lui dit-elle; rien de votre part ne peut plus m'affecter.... » Il sortit furieux. Mme de Monlbrillant me fit appeler, ainsi que M. Voix, avec qui je me promenais. Nous la trouvâmes absolument épuisée par -'î l'impression que venait de lui faife la duplicité de cet homme. * Elle convint qu'elle se l'était attiré par la facilité qu'elle a eue f de lui pardonner si promptemenl ses extravagances. M. Voix i se proposa à voir tiarnier en arrivant à Paris. Quant à René, : il resta dans sa chambre le soir et ne reparut que le icnde- ,j main au moment du départ de Mme de Montbrillant. Alors, ^ il l'aborda, en lui disant : « Je crois, madame, devoir vous 'C charger vous-même de la lettre que j'écris à fiarnior. Cette lettre contient tout ce qu'il me convient de dire; j'aurais dû l'écrire plus tôt, cela est vrai, et je le mande. Il me reste à vous prier de me laisser à l'Ermitage jusqu'à votre retour ou au moins jusqu'au printemps. — Vous en êtes le maître, monsieur, lui répon<lit-tlle, tant que vous vous y trouvez bien. » Elle prit la lettre et monta en voiture.

La lettre fut envoyée à M. (larnier, et M. Voix fut le "voir le lendemain. Lorsqu'il entra en explication Ciarnier se mil à rire. « Qu'appelez-vous, lui dit-il, que me parlez-vous de justification? Lisez donc, et cessez d'être dupe tine fois en volve vie, si vous pouvez :

" De quoi vous avisez-vous iniauil,-,il l'oMié) d'envoyer clii'Z Mme de Montbrillant les lettres qur vous m'écrive/.? .!■■ vous ai dit vingt l'ois ijue lontes rellrs (|ui passaient par srs mains étaient ouveites : celle-ci l'a ('li' (diinue les autres cl me cause avec elle une tracasserie abominable. Il a fallu avoir des explications, essuyer de faux reproches. Cette femme a la r.iye d'être bien avec vous; elle ne me pardonnera jamais de vous avoir parlé vrai. Vous avez bea\i dire, elle et mid nous siJinmes i|uilti'S et je ni' sens pas la nécessité de la suivre, je n'en ai pas la pnssibilit'' l't je vous réponds qu'elle ne s'en sourie guèrr. .i

(In pi'ut concevoir l'ell'ca (|Ue la lecture île it|I|. Irtire pro- .Inisil sur M. Vidx... Mme de Monlbrillanl ignorait rdle nou-

U-Wr prrnvr i\r |;l iltMll i,il,é ,!,. lîclU;,...

I ir, que les événements se soient déroulés tels que l'auli II r (les ro»/t'«sioi(s(et non celui des .l/emonr.'i) les rapporte, I 1 -t ce que prouve une phrase de Diderot dans sa réponse

!r[iroduite d'après l'autographe même) :

Je vous ai écrit >', se plaint Diderot dans sa lettre à Jean- Jii ques, « une lettre qui n'était que pour vous, cl vous la '"niiiiuiiiquez à Grimm et à Mme d'Épiiunj ... Autre inadver-

I III' e, — vous me faites une réponse et voiis la lisez à Mme il'EiibuDj, et vous ne vous apercevez pas qu'elle contient des m ils offensants pour elle, qu'elle montre une àme mécon- !• nie, que ses services y sont appréciés, et réduits, — et que - ii-'je encore?

Ainsi donc toute cette légende de l'indignation do Mme d'Epinay; de la lettre qu'elle ramasse et lit; des I il iifestations de Rousseau, de sa fausse lettre à Diderot

II contient pas une parcelle de vérité.

II est prouvé, de plus, par une lettre de Rousseau à \l me d'Iloudetot, que Jean-Jacques fità Mme d'Epinay des

I iiiiipliments amicaux, mais assez froids; et que le même jour où son hôtesse quitta la Chevrette, il se rendit à l' iiilionne chez Mme d'Houdetot, emportant avec lui la

II II ri' affectueuse ([ue venait de lui adresser Saint-La mliert. ( rlle lettre, dit-il, conlirma en lui la sage résolution de ne plus voir désormais qu'une amie en Mme d'Houdetot. Prolitant de, cette visite, celle-ci enjoignit à Rousseau l'énorme l)évuc fini consistait h soumettre ses raisons à Grimm, l'homme le plus mal qualilic pour les apprécier! lue fois de plus ici la version des Confcssious se trouve corroborée par le témoignage d'une lettre autograi)lic (riijlcclion de NeucliAtel) écrite par Mme d'ilnudctot. La letti'e est datée du 1"' novembre 17.'i7.

(lipiiqili'Z à j.uu.iis sui- iiiiii, ijimi ami, l'I pui<qui' i'ii||r .iiiiilii'' viiii> est cIh'tc, criiye/. qui' Ji' ne suis jias plus rapalili' d'y ni.inquiT qu'à l'amuur; Je vous l'ai di''Jà dit l'I Umli' ma

vie VOUS le prouvera. Croyez aussi que mes sentiments sont très indépendants de ceux de vos autres amis s'ils pouvaient jamais vous manquer. Je puis vous répondre pour toujours de deux cœurs que vous vous êtes attachés par tout ce qui est . en vous de tendre et de vertueux. Un ami tel que vous ajou- js tera toujours à l'estime que nous faisons de nous-mêmes et à ^ notre bonheur. .Mme d'Épinay est partie, mon cher citoyen; • il ne s'agit plus que de vous tranquilliser l'esprit sur ce que ^ vous avez fait. J'étais fort persuadée de la force des raisons que vous avez eues de ne la pas suivre, mais je désirais que vos amis en fussent aussi convaincus que moi, parce . que je trouve qu'il est dur que nos amis nous soupçonnent ^ d'un tort. Quel que soit ce qu'ils pensent, il faut toujours se consoler quand on n'en a point; la seule peine qu'on ne pourrail s'ôter serait d'en avoir eu. Mais il faut que je prenne un moment le parti de votre ami, mon cher citoyen, et que jt^ vous parle avec la sincérité digne de tous deux et de notre amitié. Vous avez mal jugé, je crois, du motif qui l'a engai.'é à vous presser de suivre Mme d'Kpinay. Il est simple qur votre ami ait craint pour vous le tort de vous voir manquer dans une occasion essentielle à une amie, et qu'il vous en ail parlé avec la chaleur de l'amitié : s'il est trompé dans ce qu il regardait comme une obligation pour vous, son zèle n'en était pas moins une preuve de son attachement. Ce qu'il y avait à ; faire, c'était de lui expliquer paisiblement vos raisons, avec autant de tranquillité qu'il y mettait de vivacité : elles suffisaient à lui répondre puisqu'elles étaient bonnes, et dans peu d'instants vous auriez ramené vos amis à les approuver cl à vous rendre la justice ([u'ils vous devaient. C'est l'objet que vous remplissiez duiis ce que je tous conseillais d'écrire à M. Grimm. Peut-être avez-vous mis li(i|i ircinportement à voUe réponse? Il faut se délier du pn'iiiiir moment, je vous l'ai dit, mon ami; il faut tâcher toujours de mettie un intervalle entre la chaleur de la |)assion et les réponses que vous faites, sans cela vous êtes exposé à dire bien îles choses dont vnus vous reiieiitez après. Ne croyez pas non plus, mon ami, i|u'c)n ail voulu exercer sur vous un empire tyranni(iue : soyez libre, vous êtes fait pour l'être; mais vous êtes fait aus.si pour excuser, pour être reconnaissant même des conseils libres de l'amitié, d.uit le i-haijrin le plus sensible serait de vous vini-

l.iiir une faute. Il vous sufllt de lui montrer que vous n'êtes [HiMit capable d'en faire, vous contentez par lu la fierté de voiie caractère sans manquer à l'amitié '.

(1 est ainsi que, satisfaite de sa propre sagesse, discourt riiiconsciente dame qui jamais ne sait oii elle est, ni ce ilifelle fait. La moindre attention à des faits de sa propre cxiiiTience aurait pu, en l'espèce, lui faire comprendre loiil le mal qu'elle était en train de faire. La première n|iiinsc de Rousseau à Diderot était absolument parfaite ili' forme et de fonds. Sa conduite, à la lecture des lettres (le Mme d'Epinay et de Grimm, l'avait laissé maître de l;i situation. — Son assertion qu'il avait des raisons sur h^'jiiclles il ni' se refusait pas à donner, au besoin, des l'i jilienlions, rejetait sur ceux qui les demanderaient tout Ir jjlàme causé par des révélations qu'ils eussent mieux limé ne pas entendre. — La mesure, tout à fait gratuite, i|ni faisait de Grimm l'arbitre d'une discussion virtuelhment close (mais que celte démarche rouvrait) fut une [iicmière bévue. La seconde fut de placer Rousseau dans une situation telle qu'il devait, ou trahir des secrets ilishonorants pour Mme d'Epinaj' (sans qu'aucun motif milieux justifiât un tel procédé), ou bien donner des I lisons qui ne seraient pas véritables : et que les personnes imiorantes des circonstances réelles jugeraient peu généiriises.

Rousseau, dans cet embarras, choisit la seconde soluti'in : (pli était moins égoïste mais nullement politique. Il |iiil à tâche de réfuter les assertions de Diderot concornant

• dette de gratitude contractée envers Mme dHpinay

i|ui, dès l'instant où elle exigeait une compagnie, et de la ilisiraction, l'obligeait à sacrifier sa santé, ses goûts, ses iissources, et jusqu'à sa bonne renommée et le bien-être i|r ceux (pi'ii faisait vivre. Même de ce pointde vue, l'avaii-

Page 1