I. Cf. Slieckfiscii-.Mciulluu, vol. 1, p. 3GU
tng-e eût été de son côté, s'il avait pu bannir de son souvenir les arguments plus décisifs qu'il n'avait point liberté pour produire. — En ceci, la sincérité de l'homme" et l'éloquence de l'écrivain le trahirent. Se remémorant le passé, la plume à la main, son cœur s'indigna. Voilà donc que cet Ermitage, accepté et pris uniquement en tant (|ue gage d'affection, était devenu une obligation qui le . liait et l'accablait!
Tout d'abord ce don l'avait réduit au silence en présence . d'outrages aussi flagrants que ia violation de sa corres- <, pondance privée et une tentative pour corrompre la femme jï qui partageait son existence et l'engager à le trahir. Puis ■• il le courbait aux humiliations d'une réconciliation factice r avec Grimm. Enfin, il cherchait à lui imposer un service -t qui le livrerait au ridicule et au déshonneur! Et comme il songeait à ces choses, son amitié déjà chancelante pour Mme d'Epinay tomba en cendres! Môme en cet instant, il ne l'accuse point, mais, cotte affection éteinte — tandis qu'il résume les bontés reçues d'elle et les compare au prix i|u'elles lui ont coûte — fait [)araîtro sa lettre dure et déplaisante au lecteur qui ne sait pas ce qu'il se cache d'indignation sous cette froide et digne ré[nidialiou d'un appel à la reconnaissance.
.\insi cette lettre n'est pointu un prodige d'iugra II Inde ", mais, livrée h (îrimm qui la fit circuler avec ses pruprcs commentaires, elle est un prodige d'imprudence.
Un autre grave défaut de celte lettre, c'est ([u'ellc est i|uatre fois trop longue. Lo mal est sans remède. Tous ceux (|ui veulent sincèrcnnMit aecpiéiir uih) counnissanee pré(Mse des dispositions de Rousseau envers Mme d'Epiuay, et de son honorable culte d'une amilié morte pour une personne (ju'il avait cessé d'aimer ci d'(Nlimer, doiveni lire avec soin toul(! celte lettre, el si' rendre ronqile (pie liiules précautions y sont prises pcuu' qu'il ne sid>sisle pas l'iiudii'c d'uni' arrusaliiui, piiiu' i|Ur le hlàme rrliuube
LA nUPTURE AVEC GRIMM. 191
loiit entier sur l'auteur qui, sans doute, se justifie d'un ivpi'dciie d'ingratitude, mais apparaît au lecteur mal informé comme un être fort peu aimable et très bourru'.
liili'S-iiioi, (irimm, pourquoi lous nios amis prOlendent :\nr je dois suivre Mme d'Iîpinay. Ai-je tort, ou seraienl-ils iniH séduits? auraient-ils tous cette basse partialité toujours |ii . le à prononcer en faveur du riciic, et à sureliarger la misère '\r I rnl devoirs inulilos qui la rendent plus inévilalde et plus iliiii'?Jc ne veux m'en rapporter là-dessus qu'à vous seul, ijihdquc sans doute i)rLvenu comme les autres, je vous crois :i-si'7, équitable pour vous mettre à ma place, et pour juger de uns vrais devoirs. Écoutez donc mes raisons, mon ami, et (h i iilez du parti que je dois prendre; car, quel que soit votre nis. je vous déclare qu'il sera suivi sur-le-champ.
iju'i'st-cequi peut m'obligera suivre Mme d'Épinay? L'amilié, Il reconnaissance, l'ulililé qu'elle peut retirer de moi. ExamiiMiiis tous ces points.
Si Mme d'Épinay m'a témoii,'ué de l'amilié, je lui en ai l'iiiiiigné davantage. Les soins ont élé mutuels, et <lu moins iiii-si grandsde ma pari que de lasienne. Tous deux malades, je ne lui dois plus qu'elle ne me doit qu'au cas que le plus >nuilr;inl soit obligé de garder l'autre, l^arce que mes maux VMiii s.vus remèdi', est-ce une raison de les compter pour rien? Je II ajciuteiai c|u'un mut : elle a des amis moins malades.
1. Ndloz, sur la lelln; suivante, i|ue le secret de ce voyage de Mine d'Kpiiiay, (lu'elle me croyait jjicn caché, m'était hien connu, de inéiiic qu'il toute sa maison; mais, comme il no me convenait pas d'en paroitre instruit, j'étais forcé de motiver mon refus sur d'antres causes : et ce fut par là que je donnai si haau jeu à leur vengeance, d'autant plus cruelle qu'elle était plus injuste. Je savais les secrets do Mme d'Épinay, sans c|ii'elle me les cet dits, et sans avoir pris le moindre soin pour les apprendre. Jamais je n'en ai révélé aucun, même après ma rupture avc<- elle. Klle et d'autres savaient les miens par ma pleine et libre ccMiltanee, parce ipie la réserve avec les amis me parait un crime, et qu'on ne diiil pas vouloir passer à Niursycux pour meilleur fpi'on n'est. C'est de ces aveux, faits d'une manière (|ui devait les leur rendre si sacrés. ipTils ont lire cnntre moi le paili que chacun sait. Quel liiunicle liiimiiie n'aimerait pas cent fuis nii<Mix (•[fc Cdiipiilile (II' iiii's faille.^ (|iie de leur traliison? ,\u/c de
tssi'iiu. 10 iictuljrc 17:;".
moins pauvres, moins jaloux de leur liberté, moins pressés de leur temps, et qui lui sont du moins aussi chers que moi. Je ne vois pas qu'aucun d'eux se fasse un devoir de la suivre. Par quelle bizarrerie en sera-ce un pour moi seul, qui saisie moins en état de le remplir"? Si Mme d'Epinay m'était chère au point de renoncer à moi pour l'amuser, comment lui serais-je assez peu cher moi-même, \\vuv qu'elle achetât aux dépens de ma santé, de ma vie, de ma jjeine. de mon repos et de toutes mes ressources, les soins d'un complaisant aussi maladroit? Je ne sais si je devais oITrir de la suivre; mais je sais bien qu'à moins d'avoir cette dureté d'âme que donne l'opulence, et dont elle m'a toujours paru loin, elle ne devait jamais l'accepter.
Quant aux bienfaits, premièrement, je ne les ainio point, et je n'en veux point, et je ne sais aucun gré de ceux qu'on me fait supporter par force. J'ai dit cela nettement à Mme d'Épinay avant d'en recevoir aucun d'elle; ce n'est pas' que je n'aime à me laisser entraîner comme un autre à des liens si chers, quand l'amitié les forme; mais dès qu'on vtnl trop tirer la chaîne, elle rompt, et je suis libre. Qu'a fait [lour moi Mme d'Épinay? Vous le savez tous mieux que personiu', et j'en puis parler librement avec vous: elle a fait bâtir à innn occasion une petite maison à l'Ermitage, m'a engagé d'y loiier, et j'ajoute avec plaisir qu'elle a pris soin d'en rendre l'habitation agréable et sûre.
Qu'ai-je fait de mon côté pour Mme d'Épinay? Dans le temps que j'étais prêt à me retirer dans ma jiatrie, <iuoje le désirais vivement, et que je l'aurais dû, elle remua ciel et terre pour me retenir. A force de sollicitations, et même d'intrigues, elle vainquit ma trop juste et longue résistance : mes vœux, mon goût, mon penchant, l'improbalion de mes amis, tout céda dans mon cœur à la voix de l'amitié : je me laissai entraîner à l'Ermitage. Dès ce moment j'ai toujours senti que j'étais chez autrui, et cet instant de complaisance m'a déjà donné de cuisants repentirs. Mes tendres amis, attentifs à m'y désoler sans relâche, ne m'ont pas laissé un moment de paix, et m'ont fait souvent pleurei' de douleur de n'être pas à cinq cents lieues d'eux. Cependant, loin de me livrer aux rharnics de la solitude, seule consolation d'un infortuné accablé de mauv, et qui' tout le monde cloiclie à louinienter, je vis ([ue je n'élais
lus à moi. Mmi; d'Ëpinay, souvent seule à la campagne, :)uhaitait que je lui tinsse compagnie : c'était pour cela qu'elle
'avait retenu. Après avoir fait un sacrifice à l'amitié il en illut faire un autre à la reconnaissance. Il faut ôlre pauvre, ins valet, haïr la gêne, et avoir mon âme, pour savoir ce que est pour moi que de vivre dans la maison d'autrui. J'ai pourint vécu deux ans dans la sienne, assujetti sans relâche avec ■s plus beaux discours de liberté, servi par vingt domestiques, t nettoyant tous les matins mes souliers, surchargé de tristes idigestions, et soupirant sans cesse après ma gamelle. Vous ivez aussi qu'il m'est impossible de travailler à de certaines eures, qu'il me faut la solitude, les bois et le recueillement; laisjê ne parle point du temps perdu, j'en serai quitte pour lourir de faim quelques mois plus tôt. Cependant cherchez îmbien d'argent vaut une heure de la vie et du temps d'un omme'; comparez les bienfaits de Mme d'Épinay avec mon ays sacrifié et deux ans d'esclavage, et dites-moi qui d'elle ou e moi a le plus d'obligation à l'autre.
Vejions à l'article de l'utilité. Mme d'Épinay part dans une onne chaise de poste, accompagnée de son mari, du gouvereur de son fils, et de cinq ou six domestiques. Elle va dans ne ville peuplée et pleine de société, où elle n'aura que l'emarras du choix; elle va chez M. Tronchin, son médecin, omme d'esprit, homme considéré, recherché; elle va dans ne famille de mérite, où elle trouvera des ressources de toute :c pour sa santé, pour l'amitié, pour l'amusement. Couderez mon état, mes maux, mon humeur, mes moyens, mon t, ma manière de vivre, plus forte désormais que les ouïmes et la raison même; voyez, je vous prie, en ciuoi je 'uis servir Mme d'Épinay dans ce voyage, et quelles peines il autqueje soulfrc sans lui être jamais bon à rien. Soutienrai-je une chaise de poste? Puis-je espérer d'achever si rapiemcul.une si longue route sans accident? I''erai-je à chaque; istant arrêter pour descendre? ou accélérerai-je mes lourlents et ma dernière heure pour m'être contraint? Que IJiderot isse bon marché tant qu'il voudra de ma vie et de ma santé, ion état est connu, les célèbres chirurgiens do Paris [icuvenl 'attester et soyez sûr ([u'avec tout ce ([ue je soulfi'e je ne suis ;uère moins ennuyé (|ue les aulres de me voir vivre si longemps. Mme d'Kpinay doit donc s'altiMidre à de conlinuels
désagréments, à un spectacle assez triste, et peut-être à quelques malheurs dans la route. Elle n'ignore pas qu'eu pareil cas j'irais plutôt expirer secrètement au coin d'un buisson que de causer les moindres frais et retenir un seul domestique; et moi je connais trop son bon cœur pour ignorer combien il lui serait pénible de me laisser dans cet état. Je pourrais suivre la voiture à pied, comme le veut Diderot; mais la boue, la pluie, la neige, me retarderont beaucoup dans cette saison. Quelque fort que je coure, comment faire vingt-cinq lieues par jour"? et si je laisse aller la chaise, de quelle utilité scraije à la personne qui va dedans"? Arrivé à Genève, je passerai les jours enfermé avec Mme d'Épinay ; mais quelque zèle que j'aie pour tâcher de l'amuser, il est impossible qu'une vie si casanière et si contraire à mon tempérament n'achève de m'ôter la santé, et ne me plonge au moins dans une mélancolie dont je ne serai pas le maître.
Quoi qu'on fasse, un malade n'est guère propre à en garder un autre, et celui qui n'accepte aucun soin quand il soulTre est dispensé d'en rendre aux dépens de sa santé. Quand nous sommes seuls et contents, Mme d'Épinay ne parle point, ni moi non plus; que sera-ce quand je serai triste et gêné"? je ne vois point encore là beaucoup d'amusement pour elle. Si elle tombe des nues à Genève, j'y en tomberai beaucoup plus; car avec de l'argent on est bien partout, mais le pauvre n'est chez lui nulle part. Les connaissances que j'y ai ne peuvent lui convenir; celles qu'elle y fera me conviendront encore moins. J'aurai des devoirs à remplir qui m'éloigncronl d'elle, ou bien l'on me demandera quels soins si pressants me les font négliger, et me retiennent sans cesse dans sa maison; mieux mis, j'y, pourrais passer pour son valet de chambre. Quoi donc! un malheureux accablé de maux, qui se voit à peine de souliers à ses pieds, sans habits, sans argent, sans ressources; qui ne demande à ses chers amis qur de le laisser misérable et libre, serait nécessaire à Mme d'Epinay, environnée de toutes les commodités de la vie, cl qui traîne dix personnes après elle'? Fortune! vile et mé|irisable fortune! si dans ton sein l'on ne peut se passer du pauvre, je suis plus heureux que ceux qui le possèdent, car je puis me I)asser d'eux.
O'cst (lu'clle m'aimr, dira-l-on; c'esl son ami dont elle a
besoin. Oh! que je connais bien tous les sens de ce mot d'amitié! C'est un beau nom qui sert souvent de salaire à la servitude; mais oîi commence l'esclavage, l'amitié finit à l'instant. J'aimerai toujours à servir mon ami, pourvu qu'il soit aussi pauvre que moi : s'il est plus riche, soyons libres tous deux, ou qu'il me serve lui-même; car son pain est tout gagné, et il a plus de temps à donner à ses plaisirs.
11 me reste à vous dire deux mots de moi. S'il est des devoirs qui m'appellent à la suite de Mme d'Epinay, n'en est-il point de plus indispensables qui me retiennent, et ne dois-je rien qu'à la seule Mme d'Épinay sur terre? Assurez-vous qu'à peine serai-je en route que Diderot, qui trouve si mauvais que Je reste, trouvera bien plus mauvais que je sois parti, et y sera beaucoup mieux fondé. « Il suit, dira-t-il, une femme riche, bien accompagnée, qui n'a pas le moindre besoin de lui, et à laquelle, après tout, il doit peu de chose, pour laisser ici dans la misère et l'abandon des personnes qui ont passé leur vie à son service, et que son départ met au désespoir. » Si je me laisse défrayer par Mme d'Épinay, Diderot m'en fera aussitôt une nouvelle obligation qui m'enchainera pour le reste de mes jours. Si jamais j'ose un moment disposer de moi : «Voyez cet ingrat, dira-t-on ; elle a eu la bonté de le conduire dans
1 pays, et puis il l'a quittée >'. Tout ce que je ferai pour m'acquitter avec elle augmentera la reconnaissance que je lui devrai, tant c'est une belle chose d'être riche pour dominer et changer en bienfaits les fers qu'on nous donne. Si, comme je le dois, je paye une part des frais, d'où rassembler si promptement tant d'argent? à qui vendre le peu d'effets et le peu de livres qui me reste ? Il ne s'agit plus de m'envelopper tout l'hiver dans une vieille robe de chambre. Toutes mes bardes sont usées; il faut le temps de les raccommoder ou d'en racheter d'autres: mais ([uand cm a dix habits de rechange', on ne songe guère à cela. Pendant ce voyage, dont je ne sais pas la durée, je laisserai ici un ménage qu'il faut entretenir. Si je laisse ces fcnuues à l'Ermitage, il faut, outre les gages du jardinier, jiayc'r un lintinne i|ui les garde, car il n'y a pas d'humanité à laisser seules au milieu des bois. Si j(,' les emmène à Taris il me faut un logement, et ([ue deviendront les meubles et papiers que je laisse ici? Il mo faut, à moi, de l'argent dans ma poche; car qu'est-ce que c'est que d'être défrayé dans la
maison d'autrui, où tout va toujours bien pourvu que les mail ii-s soient servis"? C'est dépenser beaucoup plus que chez soi peur être contrarié toute la journée, pour manquer de tout ce qu'on désire, pour ne rien faire de ce qu'on veut, et se trouver ensuite fort obli^'é à ceux chez qui l'on a mangé son argent. Ajoutez à cela l'indolence d'un malade paresseux, accoutumé à tout laisser traîner et à ne rien perdre, à trouver autour de lui ses besoins, ses commodités sans les demander, et donl l'équipage, la fortune et le silence invitent également à le négliger. Si le voyage est long et que mon argent s'épuise, mes souliers s'usent, mes bas se percent; s'il faut blanchir son linge, se faire la barbe, accommoder sa perruque, etc., il est i
triste d'être sans un sou; et s'il faut que j'en demandi Mme d'Épinay à mesure que j'en aurai besoin, mon parli est pris : qu'elle garde bien ses meubles, car, pour moi, ji> vous déclare que j'aime mieux être voleur que mendiant.
.le crois voir d'oîi viennent lous les bizarres devoirs (pi'iin m'impose; c'est que tous les gens avec qui je vis me jui-'cnt toujours sur leur sort, jamais sur le mien, et veulent qu'un homme qui n'a rien vive comme s'il avait six mille livres de rente et du loisir de reste.
l'ersonnc ne sait se mettre à ma place, et ne veut voir (|iic je suis un être à pari, qui n'a point le caractère, les inaximis, les ressources des autres, et qu il ne faut point jugersur leurs règles. Si l'on fait attention à ma [lauvrelé, ce n'est pas [umr respecter son dédommagement, qui est la liberté, mais pour m'en rendre le poids plus insupportable. C'est ainsi ,que le philosophe Diderot, dans son cabinet, au coin d'un bon feu, ilans une bonne robe de chambre bien fourrée, veut ipir y fas.se vingt-cinq lieues par jour, en hiver, ;\ pied, dans les boues pour courir ajirès une chaise de poste, parce qu'après tout courir el se crotter est le métier d'un pauvre. Mais, en vérit(','Mine d'IOpinay, (inoique riche, mérite bien que J.-J. Himisi'uu ne lui fasse pas \in pareil all'ront. Ne pensez pas qur \r philosophe Diderot, quoi iiu'il iMl dise, .s'il ne pouvait suppm 1er la chaise, courût de sa vie après celle de pei'sonne; cepeinlant il y aurait du moins cette dilïérenee, qu'il aurait de bons bas drapés, de bons souliers, une bonne carnis(de; (ju'll ainait bien soupe la veille, el se serait bien chaulTé en partant, au mnyen de (pioi l'on est plus fort pour courii- que eellii ipii
I pas de L|uûi payer ni le souper, ni la fourrure, ni les fagots. 1 l'ii, si la philosophie ne sert pas à faire ces distinctions, Je
\ uis pas tio[) à quoi elle est bonne.
Il sez mes raisons, mon cher ami, et dites-moi ce que je r, faire. Je veux remplir mon devoir; mais, dans l'étal où -iiis, qu'ose-t-on exiger de plus? Si vous jugez que je doive
1 1 1 , prévenez-en Mme d'Épinay, puis envoyez-moi un exprès,
- oyez sûr que, sans balancer, je pars à l'instant pour Paris l'Cevant votre réponse.
ijuant au séjour de l'Ermilage, je sens fort bien que je n'y
- plus demeurer, même en continuant de payer le jardinier, I re n'est pas un loyer suffisant; mais je crois devoir à iM- d'Epinay de ne pas quitter l'Ermitage d'un air de méconii^niénl, ([ui supposeraitde la brouillerie entre nous. J'avoue
il me serait dur de déloger aussi dans cette saison, qui lait déjà sentir aussi cruellement ses approches; il vaut
'■\\\ attendre au printemps, oîi mon départ sera plus naturel. Il je suis résolu d'aller chercher une retraite inconnue à
- ces barbares tyrans qu'on appelle amis.
La lettre de Rousseau fut envoyée à Grimm le lendemain de rcntrevue avec Mme d'Houdetot (c'est-à-dire le 2(1 octobre). La réponse de Grimm arriva deux jours après. Elle est donnée dans les Confessions. Et Steckeison- Moullou l'a ri'produiU; d'a[)rès lodocunicnt aullicntique.
Le départ de .Mme d'Epinay est reculé, son fils est malade,
il faut attendre ()u'il soit rétabli. Je rêverai à votre lettre.
Tenez-vous tranquille à votre Ermitage. Je vous ferai passer
mon avis ;'i tiMiips. Comme elle ne partira sûrement pas
de quelques jours, rien ne [iresse. ICn allendant, si vous
le jugez à i]ropos, vous pouvez lui faire vos offres, quoiiiue
ci-la me paraisse encore assez rii.\\; car, connaissant votre
position aussi bien (|ue vous-même, je ne doute point qu'elle
ne léponde ;'i vos offres comme elle le doit : cl tout ce (|ue je
is à gagner à cela, c'est i|ue vous pourrez dire à ceux qui
us |u-i's>cn| i|iir si vous n'avez pas été, ce n'est pas faute de
us cire iilVcil. .\u resli;, jiï ne vois pas pouriiuoi vous voulez
solunicul (|uc le pliiliiSDplie soil li' iiorlc-viiix de tout le
iridc, cl pareil ipu' son avis est (juc V(jus palliez, pourquoi
VOUS VOUS imaginez que tous vos amis prétendent la même chose. Si vous écrivez à Mme d'Épinay, sa réponse peut vous servir de réplique à tous ces amis, puisqu'il vous tient tant au cœur de leur répliquer. Adieu : je salue Mme Le Vasseur et le Criminel.
La première réponse de Grimni est sans doute celle à laquelle Diderot fait allusion dans la note : « pas de lettre de Voir, — // faut remplacer tout cela ». On ne trouve en effet nulle trace de cette lettre dans le cahier recopié n° 147 de l'Arsenal, ni dans le ms. de Brunet. Pour expliquer comment René apprit que le voyage de Mme de Montbrillant avait été retardé par une indisposition de son fils, une phrase a été insérée dans la lettre du 29 octobre, par oii René donne à entendre que la Comtesse de Lange l'a mis au courant.
On comprend aisément que les reviseurs de l'histoire aient trouvé que la première lettre gâtait l'effet attendu de la seconde réponse à 1' (( odieuse excuse » de Rousseau, réponse qui ne lui parvint que le S novembre, c'est-à-dire quand Mme d'l''.[)iiiay avait ou le temps d'arriver à Genève.
Voici la description de cette lettre par Jean-Jacques ', qui la renvoya à l'expéditeur sans en prendre copie :
Elle n'était que de sept à luiil lignes que je n'achevais pas de lire.... (".'était une rupture, mais dans des termes tels que la plus inl'ernale haine les peut dicter, et qui même devenaient botes à force de vouloir être oITensants. Il me défendait sa présence comme il m'aurait défendu ses Klats. Il ne manquait à sa lettre, poiu- faire rire, que d'être lue avec plus do sang-froid. Sans la transcrire, sans môme en achever la lecture, je la lui renvoyai sur-le-clianip avec celle-ci :
c Je me rel'usais (i. ma juste déliance : j'achève trop tard de vous connaitre.
i< Voilà diinc la lettre (|ue vous vous éles donné le loisir de