IUjussiwiu diiiiiu- seulement le texte latin
àd'Alcmbert(i|ui parut au mois d'octobre 1758), Rousseau annonça au public sa rupture avec Diderot.
Marmontcl et La Harpe (et tous les défenseurs de Diderot depuis les contemporains jusqu'aux critiques modernes, tels que M. Eugène Ritter et M. Jules Lemaîlre), soutiennent que, par cette « injure sanglante» infligée à Diderot, Rousseau se lit l'agresseur; et provoqua ainsi la haine vindicative de son « ancien ami », qui se vengea vinrjt ans plus tard par la noie qu'il ajouta à son (f Essai sur la vie de Scnèque », et qui était un outrage à la mémoire de Rousseau.
Pour décider si le passage que nous venons de citer peut avec raison être considéré comme une « injure », une « agression » ou [pour se servir du terme de Diderot], K une scélératesse », il faut examiner certaines questions de faits. En octobre 1738, Diderot fut-il coupable, envers Rousseau, " d'un outrage, d'un reproche injurieux de la révélation d'un secret, et d'une plaie faite au cœur de sou ami en trahison »? S'il était innocent de ces offenses, alors sans doute Jean-Jacques fut l'agresseur, et mérita d'être traité comme un calomniateur ou comme un maniaque soupçonneux et médisant. Mais si Diderot fut cou|)al)ic, si réellement il avait commis ces (rois crimes impardonnables, alors quelle modt'ration, quelle douceur, i|uçile dignité, apportait l'iiomme olTensé, cxi)rimant ses regrets pour la confiance et l'alTection éteintes, plutôt i[uc son indignation contre la traiiison de l'offenseur.
Examinons donc quels étaient les faits sur lesquels se iiasaient les accusations, ou, si l'on veut, les soupçons de lidiisscau.
lin iii-liluaiil l'i'lli' riii|urli' iidus rcftinuaissons que II' inemicr fait important c'est la lettre apocryplie de juillet 17")(i, réjiandue en secret j)ar (îrimm dans les cours di' l'Europe, où Jean-.lac(|ues (jui, en réalité, vivait paisiijle, libre, heureux dans sa retraite, était ilépeint
lomme un misanthrope et un imposteur. Sans doute, lloiisseau n'eut pas connaissance de cette manœuvre : m. lis il est bon de ne pas la perdre de vue. En etïet, iMius nous trouvons en présence d'une théorie émise par Marmontel et adoptée par les critiques modernes : à savoir (|ue ce fut Rousseau qui « commença ». Ce fut lui, nous (lit-on, qui fatigua par ses susceptibilités et ses soupçons li's bons sentiments que Diderot et (îrimm avaient eus pour lui, avant que son séjour dans les bois nVut assombri son caractère. Cette fausse Lettre nous aide aussi à juger si la première brouille survenue entre Diderot et Rousseau, rinq mois plus tard (hiver 1757- 17.")8), doit être attribuée I la susceptibilité de Jean-Jacques ou « aux reproches injurieux » de Diderot. A ce dernier, Rousseau n'avait fourni d'autre grief que sa préférence pour la vie des
I li.imps comparée à la vie de Paris. Cependant Rousseau, lr:iité de méchant, de cruel, d'homme féroce et barbare, Rousseau, qui n'élait nullement l'agresseur, apprend que Diderot était maltraité par la critique et même accusé de plagiat : et, devant les malheurs de sou ami oubliant ses torts, il recherche lîne réconciliation.
Il alla voir Diderot : et, bien reçu par lui, oublia tout ressentiment. Dans cette occasion aussi il est prouvé que le « soupçonneux » Rousseau crut à cette réconciliation, n avait été « attristé par les paroles de son ami; il n'y voyait pas de procédés souterrains ».
Nous eûmes peu d'explications, écrit-il dans les (^oii fessions : il n'en est pas besoin pour les invectives réciproques .
II ii'ij ti fju'une chose à savoir les oublier. A[ais les invectives oubliées en juin se renouvelèrent en octobre, avec la même arrogance, (juaiid Diderot intervint à nouveau auprès de Rousseau et insista sur la iK'cessilé qu'il y avait pour lui d'accompagner Mme d'Epinay à (ienève. Encore une fois, r|uoiqu'il n'y eût eu aucune agression de sa part, el que ce fut l'intervention officieuse et l'iilsis-
210 LA LIÎGENDE DES " SEPT SCELERATESSES ".
tance tjTamiique de Diderot qui avaient été les causes immédiates de la querelle avec Mme d'Rpinay, et de tout ce qui s'ensuivit, Rousseau ne soupçonna pas l'outrage ni la trahison dans son imprudent conseiller : Cin'est pas tout : il est important de constater que, :\ cette époque, et môme après la rupture avec drimm cl Mme d'Épinay, non seulement Rousseau continuait à vdir un ami en Diderot, mais Diderot aussi, tout en usant avec Rousseau d'un ton arrogant et offensant, continuait d'insister sur son motif et sur ses sentiments comme étant ceux d'un ami!
// est certain qu'il ne vous reste plus cTami que moi : mais il est certain que je vous reste, écrivit ce prétendu directeur de conscience de l'infortuné Jean-Jacques, dans les premiers jours de novembre, après le départ de Mme d'Epinay pour Genève.
Qucl(iues semaines après celte lettre, à la date du () décembre 1737, Diderot fit à Rousseau sa dernière visite, avant que a le congé nettement prononcé » par Mme d'Kpinay n'eût déterminé Jean-Jacques à sortir immédiatement de l'Ermitage. Voyons, par rapport à tous les personnages qui jouent un rôle dans ce petit drame, quelle était la véritable situation à l'époque de celte mémorable visite, faite, et acceptée, comme un acte d'amitié ; mais dont on ne comprendrait guère le caractère ni l'importance sans une attention exacte à toutes lea dates, et à toutes les circonstances.
Ea rupture de Rousseau avec Grimm était chose faile depuis le 8 novembre; (|uaud Rousseau avait reçu (ri immédiatement renvoyé) la lettre dont il parle dans les Confcssitiiis, lettre écrite « dans lés termes leis (|ue la [ilus infernale bniiie les peut dicter ». Le 2\ novembre il avait reçu de Mme d'Epinay de (ienèvc une lettre où, d'après le ton (lu'elle y iirciiait m\('c lui « ])our In pr(Mnière fois île sa vie », il coiiipreuail (in'i'lle l'IaK n'soliie, dii plutôt
résignée, à suivre la volonté de Grimm, et à rompre avec lui. Cependant il ne prévoyait pas encore qu'elle se refuserait à sa proposition de le laisser à l'Ermitage jusqu'au printemps, pour éviter tout éclat et tout scandale. D'autre part, quant aux relations de Rousseau avec Saint-Lambert et Mme d'Houdetot, elles étalent non seulement amicales, mais affectueuses; et nous en avons la preuve dans les lettres autographes de la collection de Neuchàtel publiées par M. Streckeisen-AIouItou '. Ces lettres sont écrites soit par Mme d'Houdetot, soit par son amant, le marquis de Saint-Lambert, qui, menacé de paralysie, était à Aix la Chapelle, où il demeura jusqu'au printemps de 17o8. C'est d'Aix-la-Chapelle (jn'est cintre so. lettre du i 1 octobre que Rousseau a reçue le jour du départ de Mme d'Epinay de Montmorency. Le 21 novembre, le .Marquis écrivit une autre lettre encore plus affectueuse que la première à Rousseau. Et pendant tout ce mois, et pendant le mois suivant, Mme d'Houdetot fut chargée par Saint-Lambert de transmettre des messages affectueux à Jean-Jacques.
Il importe d'insister sur ces faits : 1° l'absence de Saint- I.,ambert de l^aris; 2° les sentiments affectueux exprimés dans les lettres adressées soit à Rousseau lui même, soit à Mme d'Houdetot au sujet de Rousseau. En effet, nous entendrons tout à l'heure une tout autre histoire racontée par Diderot sur la conduite et les sentiments du marquis de Saint-Lambert « lu veille même du jour de la visite ijue Diderot rendit à Jean-Jacques avant que celui-ci n'eût quitté l'Ermitaqe. Ecoulons maintenant l'auteur des Confessions raconter la dernière entrevue qu'il eut avec son « ancien ami )> Diderot, à l'époque où l'Encyi'lopédiste écrivait : // est certain qu'il ne voas reste plus d'amis (pie moi. Mais il est rcrtnin ip"' je vons reste.