‹ La légende de Jean-Jacques Rousseau rectifiéeChapitre 59 sur 64 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le jiiiirnal secret de GriniiTi instrument (le la campagne ncculle menée contre l'honneur, la liberté et la paix de Rousseau. Tableau indiquant comment concordent les dates des libelles et les époques les plus troublées de la vie de Jean-Jacques.

Nous avons VU que le plan, le système des auteurs de la Lpgendedes se/it Scélératesses dr JJ. /loiisseau insérée dans le roman posthume de Mme d'Épinay était, non seulement de se justifier des torts qu'ils avaient eus envers leur ancien ami, mais aussi de léguer à la postérité un faux portrait du prophète de la nature, peint comme un sophiste et un imposteur. Le même système fut suivi I)ar l'éditeur de la Correspondance Littéraire dans les libelles semés parmi les contemporains et destinés à enlever à Rousseau des protecteurs et à lui susciter des oppresseurs. Pour s'en convaincre, il suffit de se rendre compte du fait suivant : La caractéristique de toutes les calomnies portées contre Rousseau, c'est précisément de lui dénier toute bonne foi, toute sincérité, de le peindre jouant toujours un rôle, et fervent défenseur non |)oinl de vérités, mais de paradoxes. Du reste, il existe un moyen très simple i)Our découvrir dans la Correspondance Lilléraire l'instrument des ennemis acharnés à calomnier Rousseau et à faire de lui, l'auteur favori de son époque, un proscrit abandonné de tous. PoiM'cela, il suffit de corn-

parer la date des pamphlets qui suivirent la petite biographie déjà examinée (p. 23-26) et qui parurent chaque mois dans la Correspondance Littéraire aux dates des plus douloureux événements du calvaire de Rousseau entre .1 702 et 1767. Ce sont en effet ces années qui firent de Rousseau, auteur de Contrat social et de Vh'inile, de celui ([ue i Michelet appelle le prophète de la justice, une victime de l'injustice, un solitaire, l'auteur enfin des Confessions et des Dialogues, qui en était réduit à faire appel, contre l'injuste ostracisme de ses contemporains, aux générations h-\ venir. Pour faciliter cette comparaison, et aider à tirer les! conclusions qu'elle comporte, on trouvera ci-joint un ' tableau synclironique qui permet de suivre les conspirateurs dans leur œuvre de calomnie du vivant de Rousseau. Ainsi nous les découvrirons insi)irés des mêmes motifs, et tendant vers le même but, que dans l'œuvre de calomnie posthume dont les Mémoires de Mme d'Epinay furent l'instrument.

Avant de nous rendre compte de la campagne de calomnie secrète, mais très active, (|ui commença à la fuite de Rousseau do France en juin 1762, il sera bon de préciser la situation de l'auteur [iroscril que l'éditeur de la Correspondance Littéraire peignait en imposteur et en démagogue.

Lorsque i)arut Vlîmile, Rousseau, n'ayant jusipi'à cette date sulii aucune perséeulion. ni même aucun avertissement au sujet de ses ('•(rils, haiiilail toujours à .Miinlindi'eucy la pelite maison où il s'élait inslidlé après que Mmed'Kpinay l'eût chassé de rKrmitage. — La lettre .■I d'.Vleinbert(ocl. 17.'i8), malgré la colère (|u'elle excita dans \i\ cli(|ue des encyclopédistes, lui avait valu de graiuls (loges dans le jiublic. Mais ce fut eu 1760, ajirès la publication de la .Xonrellc Héloïse, ((ue Rousseau devint, sans conlredil, non seulement le plus célcbi'e. mais surtout le plus aimi' (les éi'rivains français. Ccfail ncservit pninl

1 npaiser la haine de ses ennemis. D'aulre part, l'admi- Mlioii et la chaleureuse amitié que témoignait à Rous- -i.iii le maréchal de Luxembourg, pai'mi les personnages lis |iliis influents à la cour et dans la plus haute société illiiii'ut un contraste remarquable avec les affirmations de (Il iininet de Diderot. Ceux-ci représentaient Jean-Jacques (Ml II me s'é tant aigri etdépravéàla suite de son séjour dans h -- liiiis, au point d'avoir éloigné de lui les (( honnêtes li'iiiiines », et perdu leur estime avec leur amitié

\\ec ces ennemis parmi les hommes de lettres, Rousseau I iiiiiiiit une im[)rudence et, par la façon dont il publia son t'mUi\ donna prise <à ([uelque censeur à l'affût. Ses œu\res précédentes avaient été imprimées en Hollande et introduites en Fiance après avoir été soumises à la censuie. Agissant cette fois sur les conseils de la duchesse de Luxembourg, et de Malesherbes, alors Président de la Librairie (c'est-à-dire censeur officiel), Rousseau avait consenti à faire imprimer son Emile en France même.

Immédiatement à son apparition, l'ouvrage fut dénoncé comme irréligieux au Parlement de Paris; et, le 0 juin 1762, un décret était promulgué condamnant le livre à être brûlé et l'auteur a être arrêté sur-le-champ s'il se trouvait en tcrriloire français. Le Prince de Couti, au courant (le ces faits, fit avertir Rousseau dans la nuil du 8 juin d'avoir à (|uittcr Montmorency avant f|uc le mandat qui devait être lancé le jour suivant eût éli' mis à exécution.

11 n'est pas douteux (|ue le meilleur parti eût été pour Jean-Jacques de se laisser arrêler et condamner à une peine qui, probablement, n'eût |)as dé|)assé (|uel(|ues semaines de prison. Mais l'auteur de V l'Emile, à rencontre de son sentiment fet, à coup sûr, de ses intérêts', se laissa persuader |)ar laduchess(!de lîou tiers (|u'il devait à la Mare clialc de Luxend)ourg et au Président Malesherbes d'éviter son arrestation; car c'eût éli': riné\itable révélation de ce

fait que le livre condamné avait été imprimé en France, grâce à des dispositions prises, non par l'auteur, mais par ces influents personnages eux-mêmes.

En y réfléchissant, on comprendra la situation de Jean- Jacques et les prises qu'elle donnait à son ennemi, le puissant éditeur du Journal secret. Effectivement, en juin ITti:^, tirimm trouva enfin Jean-Jacques sans défense : chassé de France où le public l'aimait, séparé de ses protecteurs que l'imprudente publication de VEniile compromettait et qui n'osèrent intervenir, il était exilé, et, dans cet exil, il en était réduit à demander un refuge à des princes étrangers qui, presque tous, étaient les commanditaires et les abonnés de Urimm.

COMPARAISON ENTRE ÉVÉNEMENTS DE LA VIE DE ROUSSEAU ET LES ARTICLES DANS LA CORRESPONDANCE ■

(.1/(11 no2-0ct. 17 (}<;.]

Rousseau quitta Montmorency le 9 juin 1762 pour éviter d'être arrêté; il arriva à Yverdun (Uerne) 14 juin (cité).

1762. 18 juin. Emile est condamné à Genève et l'auteur doit être arrêté s'il arrive dans sa patrie.

10 juillet. Rousseau, expulsé d'Yverdun, se réfugie à Motiers, dans le canton de Neuchàtel, api.arlenaiit à In Prusse. 11 écrit au gouverneur Lord jMaréchal Keith, pour lui demander si le Hoi veut lui accorder un asile.

La « petite biographie ■■, l'article calomnieux de Grimm, est daté du 15 juin 1762. 11 insiste sur la haine de Rousseau pour Genève.

1*' juillet. Grimm affirme que Rousseau avant des partisans à Genève se plaira à désobéir à l'ordre du Conseil, — il se rendra dans sa ville natale puis(|ue l'on veut l'en empêcher; il causera des ennuis à Voltaire, en excitant les Pasteurs contre lui. (Corr. litt., vol. V, p. 13!).)

Dans une critique sur VÉmile il accuse Rousseau de plagiat, de ne vouloir pas dire la vérité, mais soutenir des paradoxes.

1" ani'il. Grimm affirme /ausJcmciU (|ue Rousseau a prié le Sénat de Berne de rétracter son édit. Il a sr)in de faire savoir ii Frédéric que l'auteur il'l'mile, qui lui demande un asile dans ses États, l'a attaqué dans cet ouvrage.

11 isole une phrase de VÉmilc pour accuser Rousseau d'être lui-

256 LA Ll'r.E.N'DK DES " SEPT SCÉLÉRATESSES

23 août. L'arolicvrMiii' (ip Paris Clirislo|ilic de Beaiimont lance un Mandement condamnant l'Emile comme un livre impie et blasplicmatoire el dénonce l'auteur comme un sophiste dancereiix.

Mars 17G:1. Rousseau répond dans sa Letlrc l'i Clirisloplu- de liedumont au Mandement . Sa lettre est le plus lieau plaidoyer qui ail jamais été fait pour la tolérance.

Cette lettre étant condamuce pnr le conseil de fienéve, Rousseau résigne son titre de Citoyen le 11! mai.

même un fanatique capable d'appr(mver la persécution de Calas, (Corr. nu., 231.)

Dans ce même article il accuse Rousseau d'excuser l'ingralitude et de s'être vanté d'être un ingrat.

15 septembre. Grimm loue ce Mandement et surtout le portrait de Rousseau représenté comme un honinic faux, toujours en con- Iradiclicni avec lui-même. (Corr.

nu., vol. V, 381.)

Ilrcmbrc. Les l.ellrrs ./c l<i Cwiiiiuinr du coiiscilic:- Tronc liin justilienlles mesures prises ciMilre Rousseau, en coudammant son ouvrage el decrelanl sa personne sans avoir ciilcodii -a défense.

Sept lire 17111. liulla-l'oco, le

rlicf des palnolo Corses c|Ui

17li:l. n mai. ririmui répand lafllrmation mens(uigéro que dans s(Ui livre condamné Bousseau avait justifié la persécution des prolestantsen France et avait prêté par SOS arguments les armes au fanatisme. Ces accusations étaient faites pcmr irriter les Princes allemands. Kn même temps il accuse Rousseau d'avoir voulu par la rêsignalion de son litre de citoyen jeter le trouble dans sa pairie.

Ilereoibre 13. (irimrn loue les ;,,■//(■,•.■; de /.i (;.i»i/..i.;hc.

venaient de rejeter la tyrannie

péniiise , écrivit à l'auteur du

Contrat social pour lui demander

le |ilan d'une constitution pour la

nouvelle République. Cette lettre

fut publiée sans la volonté de

Housseau. Elle se trouve dans la

Correspondance de Rousseau avec

ses réponses. 176i. l"novembre.Grimm, pour

amoindrir l'importance de l'honneur fait à Rousseau, affirme ijUB les Corses avaient adressé la même demande à Diderot et à Ilelvétius.

Plus lard, janvier 1765, il dit qu'il est amusant de souper qu'un homme qui jette le trouble dan* sa patrie soit invité à donner des lois il un autre pays. La lettre reçue par Rousseau n'était pas de Butta-Foco, dit-il, mais d'un mauvais jilaisont qui voulait se moquer de l'.iuteur du Contrat social.

Novembre. Rousseau donna les

Lettres de la Montaijne en réponse

au X Lettres de la Campagne de

Tronehin.

11 démontra que le conseil avait

agi contre les lois de la constitution de Genève, en refusant le

droit réclamé par ses défenseurs

d'une revision de son procès :

il nia avoir oITensé les doctrines

de la religion réformée en n'admettant pas les miracles comme

preuves de notions morales et

spirituelles: — il déclara vouloir

voir décider la (luestion du droit

négatif aftlrmé par le Conseil,

indépendamment de sa propre

cause, dans l'intérêt îles libertés

publi(iues et des institutions (,'''-

nevoises. Les Lettres de lu Mon-

taiine furent comlamnées à être

brûlées avant (l'arrivc au public.

(lous le prétexte r|Ue le livre était

fait pour ameuter la |iopulace.

15 janvier. Grimm dénonça ■ e livre comme un acle de lisemajesté, — c'est-à-dire coiiiriie punissable de mort. — Il aciusa Kousseau d'avoir voulu • armer le citoyen contre le citoyen et niellre le feu dans sa patrie ■•.

Sans la moindre justification, il l'accusa d'avoir peint le Christ en bon vivant aimant le vin et les femmes.

Il n'est pas douteux que ces accusations excitèrent les Pasleurs de Motiers contre Rousseau considéré comme un blasphémateur et undémagoîTue.

Pendant six mois Rousseau fut

persécuté par le clergé et insulté

par la populace de .Motiers. Mais

comme il était protégé par Frédéric et Lord Maréchal Keith on

n'arriva pas à le chasser de Motiers avant le 10 septembre 1765.

C'est alors que sa maison fut

attaquée de nuit, et sa vie et celle

de Thérèse mises en péril. — Il

quitta Motiers et se réfugia dans

l'ile de Saint-Pierre (Canton de

Rerne). 11 demanda au Sénat de

Rerne l'autorisation d'y passer

l'hiver, promettant de ne publier

aucun écrit. I" octobre, (irimm raconte plai-

samment que Rousseau, (jui s'était vanté d'avoir été si bien traité par le pasteur de Motiers, venait d'être chassé par ce ministre à coups de pieds.

I7(i"i. 17 octobre. Rousseau,

expulsé <le l'ile de Saint-Pierre.

se mit en route piiur accepter

l'invitation de Kréderic, i|ui lui

offrait une maison de campagne

près de Polsdam. Il tombe malade

et s'arrête à Strasbourg. — S novembre.

LA CORRESl'ONDANCE LITTÉHAIRE DE 1702 A 1767. 259

13 novembre. Grimm se moque de la lapidation de Slotiers, qu'il dit n'avoir été qu'une farce d'ivrog-ne dont Rousseau avait fait un attentat à sa vie. Il trouve abjecte la pétition de Berne.

Rousseau est fêté à Strasbourg et on le presse d'y passer l'hiver.

Mais triste et nialade il cherche la tranquillité.

Décembre. Rousseau, trop malade pour poursuivre son voy.iue à lîerlin et craignant le froid, aciepte l'invitation de David Hume de retourner avec lui en Anf;leterre. Mme de Verdelin lui priicure un passeport. 11 arrive à Paris le 13 décembre — et y demeure jus(|u'au G janvier 17G0.

— L(! Prince de Conti le loge au Temple. On veut le fêter et lui témoigner l'enthousiasme et la sympathie qu'on a pour lui : et il voudrait y répondre. Mais il scjulfre de sa maladie et du l'.liagriii que la haine du peuple à iMotiers lui a fait au cojur; — Il prie Hume de hâter son départ.

Décembre. Grimm se moque de la réception faite ii Rousseau et dresse la chronique des dissipations de ce prophète <lc la vie retirée.

1700. 1" janvier. Grimm rapporte que Rousseau, que l'on voulait bien tolérer par pitié, a bravé le gouvernement en se montrant dans la rue en habit arménien et en donnant des réceptions dans l'appartement du Temple où le l'rince de (jonti le cachait. La police a donc exigé son départ.

Le 1"' janvier aussi, veille du départ de Rousseau, — Grimm fait circuler parmi ses abonnés la fausse Lettre du [loi de l'iussc — où l'invitation qui honorait Rousseau est transfonriee eu in-

suite du roi à un malheureux cliarlataii. dnut Frédéric aurait adinirr le talent, en méprisant rimpiislure. — Cette méehanle • plaisanterie ■., disait-on, était de rinvention d'un Anglais — HniMrc Walpole, — l'ami intime de Uni mavec i|ui Rousseau devait .illi r en Angleterre.

Avril 1760. La fausse Lcllrn <lii rrji de Prusse ayant été impri[née comme authentique dans le - Saint-James Chronicle ", lious-

seau écrivit à l'éditeur du Journal *

pour expliquer le caractère et le motif de cet écrit. Avec raison il i-rovait Hume responsable en p.irtie de la publication de ce libelle dans un journal dont l'éditeur était son ami. Hume se trouvait vis-ii-vis des auteurs de la lettre engapè à consentir à cette pulilicaticm par le fait qu'il s'él.iit uioqué de Jean-Jac(]ues 'à un

(iiiierciii (Irimm avait été présent. 15 avril, (irimm apprend ii ses

abonnés que Jean-Jacques commence n susciter des troubles en Angleterre. 11 a pris bien nu trapiciue la fausse Lettre du Roi de Prusse : et pour contenter sa vanité blessée par l'innocente plaisanterie de M. Walpole, il aurait bien pu plonger l'Angleterre et la l'russe dans une guerre sanglante, si l'rédéric avait été aussi prél a s'olTenserque l'égoïste Jean-Jaci|ucs.

Octobre 1755. Rousseau, avant d'accepter la pension sollicitée pour lui auprès du roi d'Angleterre par ce même Hume qui l'avait bafoué et traité de charlatan, demande des explications; Hume les refuse et fait publier en français 1' ■ Kxposé succinct do sa querelle avec Rousseau.

Après la querelle avec Hume Rousseau, abandonné par l.ord-

kcilli, SI', (liicourage; il se résipne a T'tre maltraité par les Conspirateurs, sans découvrir — ce qu'il ne lit jamais — l'instrument caché doni ils se servaient pour le blesser constamment

ainsi au cœur. ' ,5 ^^(^1,^.^ ,.-g L'éditçur de

la Correspondance Littéraire célèbre le triomphe de la campagne qu'il a menée pour ruiner la réputation de Rousseau dans l'esprit de ses « dévotes » Mmes de Luxembourg et de Boufllers,

— grandes admiratrices de David Hume, — et aussi pour aliéner à Rousseau l'amitié qui fut sa suprême consolation, celle de Lord Maréiluil Georges Keith .

— Grimm ne se gène plus, comme en 1762, pour se reconnaître l'agresseur dans la querelle avec Jean-Jacques : — et tout en ignorant les siM'vices que dans le passé il avait revus de Rousseau il reconnaît ne lui en avoir rendu aucun.

(I Je crois, affirme réditeur, sur un ton tie franchise qui lui a valu les louanges de Schérer, que M. Rousseau a (les reproches bien sérieux à se faire à l'égard de l)hisieurs de ses anciens amis; mais je ne me comjjle |iiiin( dans ce nombre. Je n'ai pas eu, comme plusieurs d'ciilrc eux. le liuiiliriir ilc lui rendre des services essenliels; ainsi il peiiL toiil au ()lus être injuste avec moi; mais il ne peut être taxé d'ingratitudi; à mon égard, et je lui pardonne volontiers un peu de fiel contre un homme qu'il a malheureusement exposé à lui montrer la vérité sans aucun ménagement. Il n'en est pas moins certain que (Irjiiiis rinslaiit de ma rupluve, je ne me nuis jamais permis de parler mal de sa personne ; j'ai cru i/u'un devait ce res- .pect et relie inuleur à Unité liaisini riniipue [\\.

(( J'avais loujours été persuadé, conclut Grimm, f|u'il prenait un fort mauvais parti en préférant l'Angleterre h d'autres asiles; mais je ne m'attendais pas à une rcvo-.T| lution aussi bizarre et aussi prompte. Il est aisé de pré voir qu'il ne pourra pas longtemps résider dans ce délicieux séjour de ^Vootton, et que la première réforme tombera sur l'ami Davenport, la seconde sur la nation anglaise; mais il n'est pas aussi aisé de prédire en quel coin de la terre l'ami Jean-Jacques pourra finir ses jours tranquillement. Il paraît démontré qu'il mène avec lui un compagnon qui ne le peut souffrir en repos nulle part. »

L'impudence, plus encore que la fausseté de Grimm, dût étonner les lecteurs de la Correspondance Littéraire. Comment, en effet, Grimm pouvait-il oser dire qu'il ne s'était jamais permis de mal parler d'un homme que, depuis cinq ans, il traitait d'imposteur, de sophiste, de démagogue, de traître, etc. ! Mais ce qui n'a pas dû les sur- , pi'endre, c'est de voir s'accomplir en ([uelques mois les prédictions de Grimm prophétisant que Rousseau « ne pourrait résider longtemps dans ce délicieux séjour de Wootton ». — Pendant ces cinq années, les abonnés du Journal secret avaient eu le tem[)s de s'iiabituer n voir, dans les proiiliélics de Grimm, l'annonciation fatale de ^ maHuMirs i|iii all(iuI;ii(Mil rinr(U'lun(' Jeaii-.lacques.

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