‹ La légende de l'homme éternelChapitre 14 sur 43 · UN ORDRE A LA TURQUE · texte numérisé non relu

UN ORDRE A LA TURQUE

Retournons maintenant auprès de Suzanne que nous avons laissée évanouie.

Revenue à elle, mille projeLs de vengeance se présentèrent à son esprit; madame Salomon approuvait tout. Seule, Marietta se laisait.

Lorsque le calme fut rentré dans la tête de Suzanne et que les larmes eurent remplacé la colère, Marielialit part à sa sœur d'un projet qui devait punir son mari et le ramener à elle en excitant son amour et sa jalousie.

Nous avons dit que la ressemblance entre les deux sœurs était des plus grandes, et Marietta proposa è Suzanne de prendre ses habits tandis que Suzanne lui céderait les siens.

La nouvelle vicomtesse de Boursonne accepta. Elle écrivit à Maurice: — « Monsieur, je vous ai prévenu que je me venge- « rais si jamais vous me trompiez ; je pars. N'accusez que vous • seul de ma perte. »>

Un quart d'heure après, Suzanne avait revêtu le costume très-coquet de Marietta, et cette dernière abritait sa vivacité habituelle sous la toilette de mariée de sa sœur. La transformation était telle que madame Salomon elle-même ne savait plus comment les distinguer; par bonheur, en les embrassant, elle était certaine de s'adresser à ses deux filles.

Marietta, transformée en nouvelle mariée, reparut donc au bras de madame Salomon. Le duc vint à elle, lui proposa de la reconduire à Modène, et l'espiègle fiancée d'Hercule Porro accepta, non sans s'être fait beaucoup prier. Le duc partit radieux.

Quant à Suzanne, revêtue des habits de Marietta, elle entra dans la pièce où son mari venait d'avoir son dernier entretien avec la comtesse Cavedoni, ot elle lui remit les quelques lignés qu'elle venait d'écrire.

Dès que Maurice eut lu cette lettre, il s'élança au dehors, interrogea, et les valets lui répondirent, comme ils le croyaient, que la vicomtesse de Boursonne était partie pour Modène avec le duc François.

Maurice rentra furieux, Giulia lui dit alors :

— Vous m'avez cent fois trompée, je me suis contentée de pleurer. Votre femme vous croit perfide un seul jour, et elle part avec son amant. Laquelle de nous deux vous aimait le plus? Maintenant, je lutterai contre elle pour conserver votre amour.

— J'accepte la lutte, se dit Suzanne.

Cependant le bruit de l'enlèvement de la vicomtesse par le duc s'était répandu parmi les amis de Maurice et de la famille Salomon, et les salons furent bientôt pleins de gentilhommes italiens et de bourgeois. La rage du vicomte était à son comble. Il se voyait l'objet de la risée publique.

— Messieurs, s'écria- t-il, on ne m'outrage pas impunément. Je vous donne rendez-vous à Modène. Mon épée me fera justice du duc François. A Modène !

— A Modène ! répétèrent deux cents voix.

Les portes du fond s'ouvrirent et un officier des gardes du prince parut, suivi d'une nombreuse escorte ; il salua.

— Messieurs, dit-il, vous êtes mes prisonniers. Maurice s'avança.

— Cet ordre ne saurait me concerner, monsieur, je suis sujet du roi de France.

— Il se peut, monsieur, répondit l'officier ; mais je n'ai rien à examiner, je n'ai qu'une consigne à exécuter.

— Et votre consigne vous commande- 1- elle aussi de retenir les femmes, demanda Giulia ?

— Toutes les personnes qui sont ici... Messieurs, vos épées.

— Messieurs, s'écria Maurice avec énergie, j'aurai ma revanche. En attendant, permettez-moi de vous offrir l'hospitalité.

L'officier plaça des sentinelles à toutes les issues, et la plus grande liberté fut laissée aux prisonniers, excepté celle de sortir.

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