‹ La légende de l'homme éternelChapitre 24 sur 43 · LE NEVEU DE MADAME ACKER · texte numérisé non relu

LE NEVEU DE MADAME ACKER

Comme le baron allait sortir, le majordome rentra. Il venait apporter des nouvelles de la goélette mouillée dans, la rade.

— Pas la moindre importance, dit-il, un navire do. commerce expédié par la veuve de ce riche armateur...

— Madame Acker?

— Précisément.

— Quels étaient les passagers?

— Madame Acker, et son neveu, le fils d'une de ses sœurs mariée en France... un artiste, un peintre...

Le.raajordome terminait à peine sa phrase que Maurice entrait introduit par un valet du château.

— Connaissez vous ce jeune homme? demanda le baron.

— Eh ! mais c'est Je passager de la goélette.

— Sachez ce qu'il veut.

Le majordome salua Maurice.

— Monsieur, lui dit-il, à qui ai-je l'honneur de parler?

— A moi, monsieur, répondit Maurice d'un ton railleur.

t Je suis le majordome du château, monsieur, fit le bon* homme blessé de cet accueil, -r Peste 1 gros personnage.

— Et je me fais l'honneur de vous demander ce que \ous attendez ici ?

— J'attends M. Karl. .

— M. Karl !... Qu'est-ce que M. Karl ?

— J'allais vous prier de mêle dire.

— Plaisantez-vous, monsieur ?

— Avec un majordome?... Oh 1 jamais i

— Alors, expliquez-moi...

— Volontiers... J'arrive d'Espagne.

— Ah 1 fil le baron.

DE L'HOMMB ÉTERNEL 175

— D'Espagne, répéta Maurice... En débarquant, j'ai trouvé le valet qui vient de m'amener ici, et qui m'a demandé si je ne m'appelais pas Maurice? Sur ma réponse affirmative, il m'a prié de venir rejoindre M. Karl... Je n'en sais pas davantage:.. Et vous?

— Moi non plus, balbutia le majordome interdit. Qu'en pensez-vous, monsieur le baron, fit-il à voix basse?

-r Je pense qu'on se moque de vous.

— Oh!

Frédéric s'approcha du vicomte.

— Monsieur arrive d'Espagne ?

— Monsieur appartient à la police du pays?'

— Vous parlez, jeune homme, s'écria Fridolinn, à M; le baron Frédéric, l'intendant des domaines d'Ehrenfeld.

— Ahî pensa Maurice, voila donc l'homme dont la curiosité publique se préoccupe si fort.

— Je m'étonne, monsieur, que vous vous rendiez aussi vite à l'appel de quelqu'un qui n'existe pas ici; car nous ne connaissons personne qui se nomme M. Karl... Ne vous en doutiez vous pas un peu? ,

— Pas du tout, car s'il n'y avait pas de M. Karl, comment aurait-il pu me faire mander auprès de lui ?

— C'est juste, fit niaisement le majordome.

— Vous avez vu ce M. Karl, demanda le baron; expliqueznous quel homme c'est.

— Ah! ça, mais, monsieur le baron me questionne trop s il me prend pour un honnête homme... Est-ce moi qui ai inventé M. Karl?... Interrogez le valet qui m'a conduit ici, ce sera plus convenable et plus productif.

Frédéric fronça le sourcil, et se dit :

— Voilà un jeune coq qui chante bien haut; il me déplaît.

— Il ne me revient pas, pensa de lui Maurice.

— Demandez-lui ses papiers, glissa le baron à l'oreille de Frédolinn.

— Pour venir d'Espagne, dit le majordome, espérant prendre *a revanche, il faut des papiers, un passeport.

— 11 paraît que non, car j'arrive d'Espagne, et je n'en ai pas.

— Vous avez bien, du moins, quelqu'un qui puisse vous réclamer, insinua le baron ?

— Assurément.

— Et c'est ?

— C'est M. Karl.

— Il a dit vrai, affirma le duc Maximilien qui entra. Maurice courut lui serrer la main.

— Bonjour, cher monsieur Karl, lui dit-il, par Dieu, sans vous, je crois qu'on m allait jeter dans les oubliettes de ce vénérable donjon... Ah! que je suis heureux de vous revoir... Souffrez que je vous embrasse...

— Y pensez-vous, dit le majordome l'arrêtant, embrasser M. le duc...

— Quel duc? demanda Maurice, jouant la surprise.

— Hélas! mon jeune ami, répondit le faux M. Karl, je suis duc, en eGet...

— Ah! quel malheur !... Mais, alors...

— Oui... ma nièce, n'est-ce pas?...

— Elle est comtesse tout au moins ?

— Duchesse, mon cher enfant, duchesse... Ah! c'est fiui. Disons un éternel adieu à nos belles promenades, à nos joyeuses conversations ; notre voyage n'est plus qu'un doux rêve ; mais il vous reste une cordiale affection, la mienne...

— Ah ! pensa Frédéric, c'est là ce jeune homme qui accompagnait Christiane... Je saurai son nom.

Un valet annonça madame Acker. La brave femme entra brusquement. Elle avait appris que Maurice avait été emmené au château ; elle arrivait dans la plus grande inquiétude.

— Que vient faire ici madame Acker, l'ennemie jurée de la famille d'Ehrenfeld? demanda le baron.

Avant quelle eût répondu, le duc s'écria :

— Madame Acker I... Vous, madame?

— Oui.

— CVst vous, madame, qui avez protégé l'enfance du vicomte de Boursoime lorsque sa mère l'amena ici à l'âge de trois ans; c'est vous qui l'avez abrité de votre corps contre les assassins ?

— Oui, c'est moi, moi qui le défendrais encore au besoin. Quelle que soit la main qui commit le crime, sachez, madame, que nous la maudissons ; oui, nous la maudissons, autant que j'admire et bénis votre action courageuse... Je suis un vieux gentilhomme qui parle simplement et la main sur le cœur. Si j'eusse été le père de l'enfant sauvé par vous, je n'aurais pas pour vous plus de reconnaissance et de respect que je n'ai... Croyez-le, si vous le voulez; Dieu sait que je ne mens • pas.

— Oh! brave cœur ! se dit Maurice, moi, je te crois. Madame Acker s'inclina sans répondre; elle ne pouvait oublier un quart de siècle de haine.

— Monseigneur est vraiment trop généreux, dit le baron; ne pourrait-il pas demander à madame Acker quel est ce jeune homme à qui elle porte de l'intérêt?

— C'est mon neveu.

— Que ne nous le disiez-vous tout à l'heure, demanda Frédéric à Maurice ?

Celui-ci allait riposter, le duc Maximilien le retint.

— En effet, vous aviez plusieurs sœurs, madame, dit-il, ce jeune homme est l'un de leurs enfants; Dieu vous bénira de l'aider à se créer une position.

— Si madame Acker a douze neveux, observa le baron, elle peut doter chacun d'eux d'un million.

— Je n'ai que Maurice, répondit la veuve.

— Beau parti pour les jeunes filles, dit le duc en souriant.

— A quel homme ai-je affaire ? se demanda Frédéric.

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