LA COUPE DE LA MORT
Nous avons laissé le baron Frédéric seul avec Christiane, la forçant de subir ce sommeil magnétique pendant lequel il de^ venait le maître des volontés de la jeune fille.
Au moment où nous avons interrompu notre récit, la du-<
chesse élait contrainte do vider le flacon de poison dans le verre de Maurice.
Or, le vicomte devait boire, Frédéric en élait convaincu ; il élait donc perdu.
A l'instant où Christiane versait le poison, Maurice rcnirait dans la pièce; il vit faction de la jeune fille et resta épouvanté, la croyant coupable.
A demi-eaché dans les plis d'un rideau, il examinait, lorsqu'il se sentit toucher légèrement à l'épaule. Il tressaillit, se retourna, et se trouva face à face avec le duc Maximilien, qui posa son doigt sur ses lèvres avec myslère.
A ce moment, Frédéric gagnait la porte du fond, sans perdre des yeux la jeune duchesse, et sortait vivement.
Christiane tomba, épuisée, sur une chaise.
Aussitôt, la porte par laquelle était sorti le baron se rouvrit, et Frédéric reparut reculant devant le chevalier d'Asfeld, l'épée haute et nue à la main.
Le baron, sans parler, voulut gagner l'autre porte, et il se trouva en face de Maximilien, qui venait de tirer les verroux, et présenta le canon d'un pistolet à son ennemi.
Alors, Frédéric s'arrêta, indécis : ses yeux se fixèrent sur Christiane; mais plus prompt que lui, Maurice courut se placer entre elle et le baron.
— Qu'est-ce à dire, messieurs, fil alors l'intendant de la maison d'Ehrenfjld, prétendez-vous m'assassiner ? '
— Monsieur, répondit le duc, j'étais caché là, j'ai tout vu, tout compris. M. Maurice comprend comme moi à cette heure, comme d'Asfeld aussi, le secret de votre mariage, celui des révélations de ma nièce. Elle n'a jamais consenti a vous épouser; cependant vous avez sa signature... Voilà qui m'embarrasse, je l'aNOiie... car il faut qu'elle épouse monsieur... et, pour cela, il est nécessaire qu'elle soit veuve. Je sais bien qu'il y a deux moyens d'y arriver. Le premier, c'est de vous tuer, mais nous ne sommes pas des assassins; le second consiste à vous faire rouer sur la place publique. Ici, j'éprouve encore un scrupule, vous êtes un peu de notre famille... Cependant, je le répète, il faut absolument que Chrisliane sojt veuve. Vous qui avez
lanl d'idées monsieur le baron, ne connaissez-vous pa* un troisième moyen ?
— Moi ! fil Frédéric, dont le visage était décomposé.
— Vous pâlissez, co me semble, continua le duc... Remettezvous.
Maximilien s'approcha de la table où était le verre dans lequel Christiane avait versé le poison. Il le prit, et le présenta froidement au baron.
Celui-ci frissonna, regarda longtemps le duc, prit le verre, et le \ida lentement.
— Voici le contrat de mariage de madame la duchesse, ditil après avoir remis un papier à Maximilien.
Les portes étaient libres. Frédéric sortit.
1 Maurice, pendant ce temps, s'efforçait de rappeler Christiane à la vie. Enfin, elle rouvrit les yeux, et l'apercevant à ses genoux ;
— Que s'est-il donc passé? demanda- t-elle. Le baron Frédéric...
— Était un fourbe et un faussaire, répondit le duc. N'aie plus peur ; nous ne le reverrons jamais. Il est parti.
— Parti!... Pour toujours?
— Oh! oui; pour toujours!