‹ La légende de l'homme éternelChapitre 39 sur 43 · RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

RÉVÉLATION

Quelques mois s'écoulèrent, et Marie passa la plus grande partie de ses journées auprès de sa fille. Jamais elle n'aperçut Je vicomte ou son père ; tous deux évitaient son approche avec soin. Elle s'était efforcée de vaincre- la répugnance de Mathilde à l'égard de lord Stive. et elle avait reçu la confidence de l'amour de sa fille pour Philippe.-

Quant au marquis, mécontent de voir ?es espérances sans cesse ajournées, il \int trouver un matin madame Desgrignoux.

— Ma chère enfant, lui dit-il, je ne veux pas attendre plus longtemps. Je vous donne huit jours pour décider votre fille à

consentira notre union. Au bout de ce temps notre pacte est rompu.

Marie hésitait. Elle ne voulait pas de Phiiipoe pour gendre; niais elle n'eût pas voulu non plus imposer a son enfant une alliance qui la désolait.

— C'est de l'enfantillage, répondit lord Robert; êtes-vous donc la première mère qui ait contraint sa fille à tel ou tel mariage? N'avez-vous pas un grand intérêt à mettre entre votre enfant et le fils du capilaine Laumière un obstacle insurmontable? Pas de sensiblerie, forcez Malhilde à subir votre volonté, je le veux.

— Je parlerai dès aujourd'hui, milord, je vous le promets. Pendant que cette scène se passait chez les époux Desgri-

gnoux, une autre, do naiure différente, avait lieu à l'hôtel de Boursonnc. Le vicomte avait remarqué l'air abattu deMathilde, sa tristesse augmeniant de jour en jour, et il avait découvert que sa fille se désolait â la pensée d'être forcée d'épouser lord Stive.

Maurice s'était dit que si la loi était contre lui, il pouvait faire appel à la force brulale. Il tremblait chaque jour à la pensée qu'un caprice de mademoiselle de Breteuil lui enlevât sa fille, et il résolut de se sacrifier en déliv rant Malhilde de sa mère. Il avoua ses projets à son père en lui disant; quand Marie sera morte, ma fille pourra épouser Philippe.

Le comte, inquiet decesdesseins funestes, supplia son fils de suspendre leur exécution. Il s'adressa à Malhilde, et la pria de tenter un suprême el'ort auprès de sa mère pour qu'elle renonçai à l'alliance du marquis, et qu'elle se décidât à recevoir le jeune Laumière comme gendre. Maurice consentit à cette dernière explication; mais dans son irritation, il déclara que si Marie refusait, il la frapperait d'un coup de pistolet, et se ferait ensuite sanler la cervelle.

Ce fut donc avec une cruelle opprèhonsion que Malhilde attendit sa mère ce jour-là. Contre son habitude, le vieux comle resta auprès d'elle. On annonça madame Desgrignoux; elle venait avec la ferme intention de triompher des résistances de sa fille.

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Le comte aborda franchement la question. Il pria, il supplia, Mathilde se jeta aux genoux de sa mère, rien ne put fléchir celle-ci. N'avait-elle pas promis à lord Robert? Au contraire, loin de céder, elle avertit sa fille qu'elle eût à obéir, et lui déclara que si elle opposait encore la moindre résistance, elle était décidée à l'emmener loin de l'hôte! de Roursonne.

C'en était trop. Le comte frémit, et tourna involontairement la tête du côté où il savait que Maurice se trouvait et écoulait, Mathilde fit le môme mouvement et se posa anxieusement devant sa mère, et celle-ci, surprise, ayant levé les yeux, aperçut dans une glace placée devant elle la figure pâle du vicomte qui armait un pistolet.

— Je suis perdue 1 se dit-dle.

Elle était déboutai] milieu du salon, sa fille était à ses pieds ; quant à M. de Boursonne, il semblait, lui aussi, avoir condamné cette misérable femme, car il s'était éloigné d'elle. Marie fit appel à son sangfroid pour échapper à ce danger; elle sourit, elle avait trouvé un infernal moyen de salut.

Elle releva Mathilde, et la pressa sur son sein ; c'était une protection assurée. Puis, s'adressant au vieux comte.

— Monsieur, lui dit-elle, je ne veux pas que vous m'accusiez plus longtemps de sacrifier ma fille à ma rancune et à mon intérêt ; croyez que le motif le plus grave m'empêche d'accepter M. de Laumière.

— Ce motif, vous nous l'avez donné, madame, il ne concerne que vous.

— Il en est un autre, monsieur le comte. J'aurais voulu le taire au monde entier, à ma fil le surtout; mais à cette heure, je dois le confier à vous, à Mathilde même.

M. de Boursonne trembla. Que pouvait avoir à révéler celte femme?

— Achevez, madame, dit-il.

— Mathilde n'est pas la fille de Maurice, elle est la fille du capitaine Laumière, la sœur de Philippe.

— Sa sœur î... moi !... Ah 1

Au cri déchirant jeté par Mathilde, répondit un autre cri

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