‹ La légende de l'homme éternelChapitre 5 sur 43 · UNE LOGE DE CAUBONAIU · texte numérisé non relu

UNE LOGE DE CAUBONAIU

Les traités de 1815 n'avaient donné à l'Europe qu'une sécurité apparente ; la révolution était partout, elle minait sourdement l'état de choses que la violence lui avait imposé. N'ayant pas la liberté pour exposer leurs plaintes, les peuples avaient recours aux sociétés secrètes, et on peut hardiment affirmer qu'en 1829 ces mystérieuses associations enveloppaient le vieux monde dans un vaste réseau qui s'étendait sur chaque nation. Aussi, l'Europe entière pressentait-elle une prochaine catastrophe.

En France, la bourgeoisie, riche, puissante, éclairée, ayant goûté du pouvoir pendant un quart de siècle, avait engagé une lutte à mort avec les derniers débris de la noblesse décapitée par 93.

En Espagne, la nation, humiliée sous une royauté inepte,

aspirait au régime constitutionnel ; les jours du règne de Ferdinand VII étaient comptés.

La Belgique attendait l'heure favorable pour se séparer de la Hollande.

La Pologne, lacérée en trois morceaux, frémissait de honte et de douleur sous le triple joug de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche, qui seront forcés un jour de rendre gorge,

L'Italie enfin, la plus splendide et la plus opprimée, secouait ses chaînes plus rudement que ses sœurs d'infortune, et faisait trembler le vieux monde à chacune de ses convulsions.

L'Autriche pesait de tous ses bourreaux sur ce berceau des lettres et de notre civilisation, et les prisons du Spielberg servaientde palais aux plus nobles enfants de l'Italie.

Le soir, à la veillée de la chaumière ou du château, de la gondole et de la villa, les noms de Silvio Pellico, de Pallavicino de Pierre de Maroncelli, de Bachiega, de notre compatriote Andryane, de mille autres martyrs, circulaient à voix basse. Les femmes les prononçaient en tremblant, les jeunes gens en serrant sur leur cœur le manche de leur stylet.

L'Italie entière n'avait qu'une pensée, chasser les Autrichiens, et tout entière aussi, noblesse, clergé, artisans, bourgeoisie, elle s'était affiliée aux sociétés secrètes. L'âme de l'Italie s'était réfugiée dans les ventes des carbonari.

A celle époque, il s'était formé, dans toutes les grandes villes, des loges composées des hommes les plus éminenls ou les plus audacieux, et elles recevaient toutes le mot d'ordre de la vente centrale de Paris.

Cette dernière avait pour chef suprême un prince dont nous écarterons, autant que possible, le nom; nous ne sommes pas de ceux qui ajoutent un chagrin aux douleurs de l'exil. M. Charles de La Varenne, dans son admirable ouvrage de V Italie centrale, source excellente à laquelle nous avons puisé beaucoup de nos renseignements, M. Charles de La Varenne a été forcé de divulguer ce nom, car c'était l'histoire d'un grand peuple qu'il écrivait. Plus heureux que lui, nous ne sommes pas condamné à toutes ses révélations; nous ne nous servirons que de celles indispensables à notre action.

Les autres chefs de la haute vente de Paris étaient Casimir Périer, le général Lafayette, Barthe, Benjamin Constant, Dupont (de l'Eure), Manuel , Sébastiani, enfin le comte de Boursonne, le plus actif de tous.

C'était lui qui avait été chargé de visiter les ventes de l'Espagne, de la Pologne et de l'Italie, de s'assurer de l'état des esprits, et de voir à quelle époque il serait possible de faire éclater la révolution sur tous les points à la fois.

Désireux d éloigner son fils de Paris, après son duel, le comte de Boursonne obtint que Maurice le remplacerait, et qu'il se rendrait à la loge centrale de Modène, afin d'y remettre les instructions du comité dirigeant de France.

Or, ce n était pas chose facile, ni sans danger, que de pénétrer dans Modène. La police du duc était la mieux servie du monde, et Maurice pouvait être certain que, s'il était découvert, il irait terminer ses jours au carcere durissimo du Spielberg.

Il y avait en ce moment à Paris une charmante Italienne, la comtesse Giulia Cavedoni, qui voyageait en apparence pour sa santé, en réalité pour servir d'intermédiaire aux révolutionnaires de sa patrie. Giulia avait vingt-deux ans, elle était fille du gouverneur de François IV, duc de Modène, et elle était veuve du comte Cavedoni, un des beaux noms de l'Italie.

En relation avec la comtesse depuis longtemps, ce fut à elle que M. de Boursonne s'adressa pour que Maurice pût s'introduire dans Modène. Il fut convenu que le vicomte de Boursonne passerait pour le secrétaire de Giulia.

Peu de jours après , Maurice suivit donc la comtesse en Italie. A son grand étonnement, aucune des difficultés prévues ne se présenta. Son passeport fut légèrement lu à la frontière, sa personne à peine examinée; il semblait que le nom seul de la comtesse lui servait de talisman. Le vicomte fut enchanté de voir les obstacles aussi facilement vaincus; mais Giulia s'en inquiéta. Ce n'était point naturel dans un pays où l'espionnage et la défiance étaient à l'ordre du jour.

Cependant les craintes de la comtesse se calmèrent quand, au bout de plusieurs jours, elle n'eut aperçu aucune de ces figures suspectes qui trahissent les familiers de toute police

secrète; Maurice resia enfermé chez Giulia, sortant fort peu et seulement le soir.

La comtesse habitait une charmante villa située dans un des faubourgs de Modène; elle avait auprès d'elle sa jeune sœur, enfant de douze ans, et son père, vieillard de soixante ans. Chaque soir, tout le monde se rassemblait; on faisait la lecture, on causait; mais on ne parlait jamais politique devant le père. En voici le molif :

Le vieux Ricci, bonhomme sans fiel, vrai patriarche de l'époque pastorale, la tète bourrelée de sciences, adorait le duc. Pendant douze ans, il lui avait incrusté dans la tête la grammaire latine, les racines grecques, l'histoire du monde entier, et il s'était pris de l'affection la plus tendre pour son royal élève, qui, du reste, lui témoignait respect et tendresse.

L'ancien gouverneur avait bien élevé sa fille dans des idées de soumission et d'amour pour le trône ducal ; mais le comte Cavedoni, que Giulia s'était donné comme mari, avait facilement détruit un culte peu sérieux , et cette désatïeclion s'était changée en haine violente, quand le duc de Modène avait fait arrêter le comte Cavedoni et 1 avait laissé mourir dans ses cachots sur un simple soupçon, et malgré les supplications de Giulia et de son père.

Un soir que Ricci était ailé diner chez un chanoine de ses amis, et qu'il avait fêté, plus que de coutume, les vins d'Italie et d'Espagne, le brave homme prit congé de son hôte à onze heures, et s'efforça de regagner sa demeure.

A côté de la maison occupée par la comtesse Giulia, se dressait un ancien couvent, assez délabré, fort désert, surtout la nuit, et le vieux Ricci, égaré par les fumées du raisin, s'obstina à prendre ce monastère pour la villa de sa fille. Il heurta longtemps à la porte sans que personne vînt lui ouvrir, et, furieux de la négligence qu'il attribuait à ses valets, il se mit à tourner autour du bâtiment, afin de pénétrer par la porte du jardin.

Il aperçut, en effet, des arbres, les murs d'un parc, mais c'étaient ceux du couvent. Toujours persuadé que celte maison était bien la sienne, il longea le mur solitaire, tàtant de ses deux mains pour rencontrer un passage.

Tout à coup, il s'appuya contre une porte qui s'ouvrit violemment sous le poids de son corps, et le pauvre diable, roulant de marche en marche, tomba presque évanoui au milieu d'un massif d'arbres.

Ricci resta étourdi sur le coup. Enfin, la connaissance lui revint; il se releva, constata avec satisfaction qu'aucun de ses membres n'élait cassé, et se prit à murmurer contre le chanoine qui l'avait tant fait boire.

En regardant autour de lui, le vieillard ne reconnut pas son jardin, et comme sa chute l'avait à peu près dégrisé, il jugea à propos de sortir de ce logis étranger pour regagner le sien. La nuit était des plus obscures: la porte par laquelle Ricci était entré plus vite qu'il n'eût voulu , se trouvait à droite, et le bonhomme, mal inspiré, prit a gauche. Deux minutes plus tard, il pénétrait sous les voûtes d'une immense chapelle, dont il entrevit à peine les piliers de pierre qui se dressaient devant lui.

Minuit venait de sonner, quand aussitôt, de toutes parts, le vieux précepteur vit poindre des lumières qui se dirigeaient de son côté. Bientôt des ombres apparurent; chacune d'elles portait une de ces petites lanternes sourdes dont la clarté avait trahi leur présence de loin.

Ricci s'aperçut qu'en entrant chacune de ces ombres échangeait un mot de passe avec un homme qui veillait à l'entrée, et qui n'était pas encore à celte place quand le gouverneur du duc s'était introduit dans cette chapelle bien malgré lui.

Ces fantômes sombres, la figure masquée, le corps caché sous un froc de moine, gagnèrent leurs plaees; quelques-uns vinrent s'asseoir dans la nef, et l'un d'eux se plaça au centre* sur une estrade élevée., de façon à être aperçu de tous.

A ce moment, des lumières apportées de divers côtés répandirent un peu de clarté sous ces voûtes immenses, et sur un geste du président de l'assemblée, tous ces hommes écoutèrent. Ces hommes, c'étaient des carbonari ; chacun d'eux savait qu'en assistant à ces conciliabules, il jouait sa liberté, sa for» tune et sa tête.

m LA LÉGENDE

Le président prit la parole :

^Mes frères, dit-il, — car, chose remarquable, que le Christ parle, que ses prêtres prêcheni, que les démocrates s'adressent au peuple, tous invoquent d'abord la fraternité; — mes frères, dit le carbonaro, avant de nous occuper de toute affaire, prions pour notre frère Olivari ; il est mort sous le bâton des Autrichiens.

Un frémissement de colère parcourut rassemblée.

— Vengeance! crièrent quelques voix.

— Oui, vengeance, reprit le chef; malédiction sur l'Autrichien, car il a fait périr un Italien par des mains italiennes.

Aucune voix n'interrompit cette fois; mais au silence qui accueillit ces paroles, le président comprit qu'on attendait les détails du supplice.C'était chose habituelle du reste.ll reprit donc:

— Vous le savez, mes frères , Olivari avait été incorporé , malgré sa résistance, dans un régiment, il y a deux mois. Hier, sa sœur ayant été insultée grossièrement par un officier autrichien , Olivari a souffleté cet homme, et ce lâche, qui n'avait <Je courage que pour outrager une femme, n'a pas osé se battre contre notre frère. Deux heures après, Olivari était arrêté, jugé, condamné à être passé par les verges, et le général ordonnait que le supplice serait infligé par un détachement de soldats italiens.

Un cri de douleur s'échappa de toutes les poitrines. Le chef continua :

' — Ne se fiant cependant pas a nos compatriotes, le général plaça derrière eux des sous-officiers croates, tout prêts à cingler, avec leur baguette, les miséricordieux qui ne frapperaient pas assez fort. Le condamné, les épaules nues jusqu'à la ceinture, a traversé trois fois les deux rangs de soldats , recevant à chaque tour six cents coups de baguette. Après le troisième tour, il ne pouvait plus se tenir; on Ta attaché sur un banc, et l'on a continué de le frapper jusqu a la mort.

Un cri d'horreur s'éleva de toutes les parties de la chapelle.

Quelques nouveaux membres furent présentés.

— Mes frères, vous connaissez quelles obligations vous contractez envers notre patrie?

— Oui, repondirent les nouveaux venus, dont on avait remis les noms aux membres du comité.

— Amour de l'Italie, haine et guerre à outrance aux Autrichiens.

— Nous sacrifierons notre existence à ces deux causes.

— Il est de mon devoir, continua, le président, de vous lire l'article U du code pénal que les Autrichiens vous appliqueront si votre affiliation est découverte par eux : « Le condamné au » carcere durissimo sera renfermé dans un cachot séparé de

• 'toute communication, n'ayant de lumière et d'espace que ce » qu'il en faut pour vivre. Il sera constamment chargé de fers » pesants aux pieds et aux mains, et toujours tenu, excepté le » temps du travail, par une chaîne attachée à un cercle de fer

• qui entoure son corps. Il aura pour tout aliment du pain et de » l'eau, une soupe chaude tous les deux jours et jamais de

• viande. Son lit sera formé de planches nues, et il lui sera dé- » fendu de voir qui que ce soit, ainsi que de parler avec per- » sonne, sans exception. » Sachez encore, mes frères, que le code pénal de nos ennemis dit aussi : « La femme doit dénoncer

• son mari, le frère son frère, le lils son père, sous peine de » complicité. » (Textuel.)

— Nous avons juré de mourir pour PItalie, répondirent simplement les nouveaux membres.

Le président prononça leur admission, puis il reprit la parole :

— N'avons-nous pas, ce soir, parmi nous un de nos frères venus d'Espagne?

— Oui, moi, répondit un homme en s'avançant.

— Quand nos frères d'Espagne seront-ils prêts à se soulever?

— Au printemps prochain.

— Bien. Noire envoyé de Pologne doit être de retour?

— Notre frère de Pologne ne reparaîtra jamais parmi nous, fit une voix, il est mort assassiné. Un traître Ta dénoncé; il a été arrêté, attaché sur son lit avec des chaînes de fer, et brûlé vif.

— Ce traître est-il un des nôtres?

— Oui, et je le nomme hautement; c'est Marco Luigi.

— Demandes-tu sa mort? .

. — Je la demande.

— Te charges-tu de l'exécution?

— Oui, si personne n'offre son poignard.

— Moi i moi ! .s'écrièrent cent voix.

— Le sort en décidera.

Une^urne fut apportée. Le président y plaça autant de boules qu'il y avait de membres présents; toutes ces boules étaient blanches, une seule était rouge.

Chaque carbonaro vint plonger sa main dans l'urne et prendre une des boules, jusqu'à l'instant où sortit la rouge. Celui qui l'avait amenée se pencha à l'oreille du président, et lui confia son nom. Le chef lui remit un poignard, et lui dit :

— Va et frappe. L'Italie a jugé, l'Italie a condamné; ce n'est pas toi, c'est elle qui lue. Va.

Le président reprit presque aussitôt :

— On m'a annoncé un frère de France ?

— Me voici, fit Maurice en se montnmt.

— Le secrétaire de ma tille, cria une voix qui appela l'attention de toute l'assemblée. Cette voix était celle de Ricci. Le pauvre homme avait cru jusqu'alors être le jouet d'un cauchemar ou des fumées du vin; il n'avait pas l'esprit complètement sain en ce moment, et l'apparition du jeune homme que sa fille lui avait présenté comme son secrétaire, et qu'il retrouvait mêlé à la plus terrible des conspiraiions, bouleversant toutes ses idées, le malheureux n'avait pu retenir une exclamation involontaire.

Cent poignards furent levés sur lui, et il fut poussé jusqu'au pied de l'estrade où siégeaieut les membres du ermite.

— C'est l'ancien gouverneur du duc, firent quelques carbonari : A mort le traître !

Maurice avait reconnu le vieillard, il se plaça résolument entre lui et les conjurés, et les supplia d'attendre avant de frapper.

Ricci expliqua sa présence. Il n'y avait de sa part ni espionnage ni trahison. Maurice répondit de lui; il rappela le dé-

vouement de Giulia à la cause de Tltalie, et demanda la grâce du père de la comtesse.

Après s'être consulté avec les membres du comité, le président dit à Ricci :

— En faveur de ta fille, nous le faisons grâce de la vie; mais à deux conditions. La première, tu vas jurer de ne jamais rien révéler de ce que lu as vu et entendu.

— Oh l je le jure, s'écria Ricci.

— La seconde, tu vas signer ce pacte qui nous lie tous les uns aux autres; tu seras désormais un des nôtres.

— Jamais, fit courageusement le vieillard.

— Jamais? répéta le président surpris.

— Ce pacte, c'est l'arrêt de mort de mon élève, du duc de Modène. Il est votre ennemi, très-bien; mais il est mon enfant à moi ; c'est moi qui l ai instruit, ce n'est pas moi qui le tuerai. Frappez-moi si vous le voulez ; mais je me couperais la main plutôt que de placer mon nom sur ce parchemin maudit.

Quelques stylets se levèrent, Ricci ne baissa point la tête; il montra sa poitrine, et dit : Frappez !

Rien n'inspire plus d'admiration que le courage sans forfanterie, surtout quand celui qui lutte est un vieillard. Maurice obtint que Ricci serait épargné. Le comité mit cependant à son pardon ces deux conditions : Ricci quitterait sous trois jours l'Italie, puis, pendant ce temps, il ne communiquerait ni avec le duc de Modène, ni avec aucun homme de sa cour ou de sa police. Ricci s'engagea par serment à respecter ces deux arrêts.

— Si tu y manques, fit le président, n'espère ni grâce, ni pitié ! Notre frère de France, à demain.

Aussitôt les lumières s'éteignirent, et Maurice entraîna le père de la comtesse loin du couvent.

Pendant que se passaient les scènes que nous venons de décrire, Giulia attendait son père, et elle avait fait rester auprès d'elle sa jeune sœur Téresa. Jamais Ricci ne rentrait après minuit; aussi les deux femmes furent-elles très-inquièles lorsqu'une heure du matin se lit entendre à Thorloge du couvent voisin. La comtesse envoya chez le chanoine où son père avait diné; là on répondit que Ricci était parti vers onze heures;

Giulia fit courir des valets de tous côtés, aucun d'eux ne put lui rapporter des nouvelles de son père.

Comme trois heures sonnaient, un violent coup de marteau retentit à la porte extérieure, et presque aussitôt Maurice entra donnant le bras à Ricci. Tous deux étaient pâles, émus. A peine dans la maison, le vieillard fit fermer soigneusement toutes les issues ; son agitation était excessive. La comtesse comprit qu'un grave événement avait eu lieu, elle éloigna les valets, et pria sa petite Térésita d'aller reposer, ce dont elle devait avoir grand besoin, lui dit-elle. Térésa ne fit aucune objection, elle embrassa son père, sa sœur et se relira ; mais au lieu de passer dans sa chambre, elle se cacha dans la pièce voisine et prêta l'oreille, car elle aussi soupçonnait que de singuliers événements devaient s'être accomplis.

Une fois seule avec son père et Maurice, la comtesse les pria de lui expliquer le motif de la longue absence de Ricci, de leur retour ensemble, et de leur agitation. Alors Maurice lui révéla ce qui venait de se passer dans la loge des carbonari. Giulia resta épouvantée; elle supplia son père de quitter Modène, et il fut convenu que le surlendemain Ricci partirait pour la France.

La journée suivante fut donc consacrée aux préparatifs du voyage, et l'ancien gouverneur du prince évita de sortir de chez lui. Le soir venu, Maurice descendit et lui remit une lettre pour son père; la comtesse Cavedoni et sa sœur étaient présentes.

Tout à coup, sans être annoncé par aucun valet, un homme parut sur le seuil de la porte.

Cet homme était jeune encore, grand, ses cheveux étaient châtains, sa barbe un peu rousse, son visage tout à la fois hautain et amical; cet homme, celait François IV, duc de Modène, il lui arrivait souvent de venir passer une heure avec son ancien précepteur qu'il aimait beaucoup, surtout quand il savait trouver auprès de lui Giulia qu'il aimait encore plus. Jadis le duc avait fait tous ses efforts pour séduire la belle comtesse; mais ni ses protestations, ni la puissance ducale qu'il mettait à ses pieds n'avaient pu lui conquérir la plus légère faveur.

Lorsque le duc arrivait chez son vieux gouverneur, c'était

toujours seul, incognito, et aucun valet ne l'annonçait jamais ; c'était fêle chez Ricci les jours où le duc lui faisait cet honneur. Mais ce soir-là, le pauvre homme, en voyant apparaître le duc se rappela soudain la menace terrible suspendue sur sa tôle, et ne put s'empêcher de frémir. Il en fut de même de la comtesse et de Maurice. Tous devaient se taire pourtant; mais chacun avait la conscience d'un grand danger.

— J'ai appris ion départ, dit le duc à Ricci ; c'est mal à toi de nous quitter, plus mal encore de te sauver sans me faire un dernier adieu ; je suis le plus jeune, je suis relève, toi le maître, et je viens, avant ton départ, serrer encore une fois ta main loyale dans la mienne.

Le vieillard s'inclina; son émotion l'empêcha ie répondre, une larme d'attendrissement tomba de ses yeux.

— Vous n'êtes pas seuls, ce soir? fit le duc en jetant un regard distrait sur Maurice.

— Mon secrétaire, se hâta de répondre la comtesse.

— Vous n'êtes pas Italien, mon ami? dit le duc.

— Je suis Français.

— Ah!... Et vous vous nommez?

— Maurice...

— Maurice?... Maurice qui?...

— Maurice tout court... Plairait-il à Votre Altesse de consulter mon passeport? répondit le vicomte avec plus d'impatience et de hauteur que de prudence.

— Fi donc! riposta le duc en riant, c'est l'affaire de mon ministre de la police , Riccini. Vous ne savez pas encore votre monde. Et vous venez chercher fortune à Modéne, monsieur... monsieur Maurice?...

— Je viens l'y faire moi-même, monseigneur.

— Grâce à la protection de madame?

Le vicomte, blessé de la persistance de cet interrogatoire, ne répondit qu'en inclinant la tête en signe d'assentiment. Le duc continua.

— Et aussi à celle de Ricci , n'est-ce pas , mon cher gouverneur?

Celui-ci balbutia une réponse inintelligible. Le pauvre

homme se rappelait la scène de la nuit précédente, et il se trouvait placé dans une situation délicate. Il ne pouvait trahir son hôte, qui lui avait sauvé la vie en l'arrachant aux stylets des carbonari; il n'osait non plus se déclarer l'appui d'un conspirateur.

— Qu'as-tu donc, lui demanda le duc, je ne t'ai jamais vu aussi troublé?

— Je n'ai rien, soyez-en persuadé, répondit avec vivacité le vieillard tremblant.

— Si fait. C'est sans doute ton voyage qui t'agite ; tu regrettes déjà Modène?

— C'est vrai.

— Alors, pourquoi le quities-tu ?

— Des intérêts de famille, fit le bonhomme encore plus bouleversé.

— Toi! des intérêts de famille à l'étranger? Tu m étonnes... Sais-tu que je ne permettais pas à beaucoup de mes sujets de me quitter ainsi ? Sais-tu qu'il heureux pour loi que je te sache dévoué à ma cause, à ma personne? Mais je suis tranquille, tu n'es pas un homme à colporter la trahison au dehors.

Et en disant cela, le duc promenait ses regards de Maurice à Giulia. Il continua:

— Je suis même certain que si tu découvrais un complot contre moi, tu me le révélerais... fût-ce au péril de ta vie.

Et en parlant ainsi, François IV semblait plonger dans lame du malheureux Ricci , resté muet , haletani , et suant sang et eau devant son auguste élève. Quant à Maurice, il soupçonnait vaguement un danger; il entrevoyait la possibilité que le duc eût connaissance de ce qui s'était passé la nuit dernière; aussi sa main s'assura-t-elle, par un mouvement rapide, que son poignard pouvait glisser facilement dans sa gaine.

Les dernières paroles prononcées par le duc paraissant être une interrogation; il attendit quelques instants, et reprit, en voyant le silence prolongé de Ricci :

— Tu te rappelles notre loi : « La femme doit dénoncer son » mari, le frère son frère, le fils son père, sous peine de ccm- » plicité. »

La ténacité déployée par sonélèvedans ses questions, prouvait qu'elles ne lui étaient pas adressées par hasard, Ricci comprit que s'il se taisait il était perdu, que le duc savait tout et qu'il le châtierait; mais le malheureux vieillard, placé ainsi entre deux menaces de mort se rappela son serment, et continua de garder le silence..

— Mais tu ne sais rien, rien, n'est-ce pas, Ricci?

— Rien, murmura le gouverneur.

— Tu n'as pas besoin de me parler seul à seul?

— Non.

— Bien.

Le duc s'approcha de la fenêtre, écarta les rideaux et dit :

— 11 se fait tard, adieu .. Thérésa, approchez donc une de ces lumières de la croisée, et dites-moi si vous ne voyez pas um voiture arrêtée au coin de la place ?

La jeune fille exécuta l'ordre, et répondit affirmativement. En même temps, elle s'écria :

— La place est pleine de soldais.

— Oh 1 fit le duc.

Maurice et Giulia, par un même tentiment instinctif de crainte, se précipitèrent vers la fenêtre, Ricci resta seul.

Tout à coup le bruit d'une porte qui se referme se lit entendre, un cri terrible retentit, Maurice, Giulia et sa sœur se retournèrent, et virent avec effroi Ricci debout encore; mais chancelant comme un homme ivre, et retirant de sa poitrine un poignard ensanglanté. Au même instant le vieillard tomba. Le duc était à l'autre extrémité de la pièce.

Giulia prit son père dans ses bras ; celui-ci essaya de parler; mais le sang s'échappait de sa bouche, ses yeux se voilèrent, et il expira presqu'aussitôt.

Maurice examina le poignard. Sur la lame, il y avait gravé : la jeune Italie. Mais dans les arsenaux du duc de Modène, combien de ces stylets n'avaient-il pas été fabriqués? que de crimes avaient été commis par les sicaires du prince au nom des sociétés secrètes? Aussi Maurice se demanda-t-il quelle volonté avait armé l'assassin. Seulement il resta glacé d'horreur devan t

ce crime accompli presque sous ses yeux, dans une chambre fermée, et probablement par un valet de la maison.

Au même instant, Maurice entendit un bruit assez violent au dehors; les chevaux hennissaient dans la rue, les armes résonnaient entre les mains des soldats; plus de doute, la maison était cernée, et l'audace seule pouvait sauver le vicomte.

Ii se plaça vivement entre la porte et le duc, et lui dit, en lui barrant le passage.

— Monseigneur, vous êtes mon prisonnier.

— Vous croyez, monsieur Maurice, répondit François IV d'un ton railleur? Et il marcha vers la porte.

— Vous ne sortirez pas, s'écria Maurice tirant son poignard, et en menaçant le duc.

Celui-ci s'arrêta, sembla chercher une arme; mais le jeune vicomte, ne lui laissant pas le temps de la prendre, s'élança sur lui. Le duc avait pu sortir un stylet, il essaya de frapper Maurice; mais celui-ci, lui saisissant le bras de sa main gauche, planta résolument son poignard dans la poitrine de son altesse.

La lame se brisa contre une cotte de maille très-fine et trèssouple queFrançoislV portait habituellement, comme on lésait ; Maurice jeta un cri de rage, son bras levé une seconde fois allait frapper avec les tronçons de l'arme, lorsqu'il se sentit enlacé dans un cercle de fer, jeté à terre violemment et garrotté en moins d'une minute, sans pouvoir tenter aucune résis" tance.

Il tourna les yeux vers ses assaillants; le salon avait été envahi par les gardes du duc. II aperçut Giulia et Thérésa, toujours agenouillées devant le cadavre de leur père, et priant, sans môme s'apercevoir qu'elles étaient prisonnières.

Le duc donna un ordre à voix basse à 1 officier qui commandait les soldats; celui-ci fit retirer tout le monde, transporter le corps de Ricci, et bientôt Maurice se trouva seul avec son royal adversaire.

— Monsieur, dit le duc au vicomte resté couché à terre et lié très-étroilement, vous reconnaîtrez, je pense, que vous êtes en mon pouvoir; que comme vous avez levé votre poignard

sur notre personne sacrée, je puis vous faire pendre sans que voire ambassadeur vous réclame, et il vous réclamera d'autant moins que je lui fournirai la preuve de votre affiliation à une secle qui veut renverser mon frère de France? Ai-je dit vrai?

— Oui, fit Maurice.

— Ce serait fâcheux, monsieur Maurice, car en vous s'éteindrait une des plus anciennes familles do France.

Le jeune homme le regarda avec surprise.

— Me suis-je trompé, monsieur le vicomte de Boursonne?

— Vous savez?...

— Que vous êtes le fils unique du comte de Boursonne ; que vous êtes venu apporter à la loge des earbonari, mes sujets, les résolutions de la haute venie de Paris, que cette nuit vous avez retardé la mort de ce pauvre Ricci de quelques heures; oui, sans doute. A quoi me servirait de payer ma police plus cher qu'aucun souverain d'Europe, si elle ne m'apprenait rien? Si vous avez obtenu voire passeport aussi facilement; si nul agent ne s'est opposé à votre séjour dans mes états ; si vous êtes ici enfin, c'est que j'avais intérêt à vous voir, à causer avec vous.. . Eh bien ! causons.

Maurice était stupéfait, anéanti, d'abord de se voir aussi facilement démasqué, raillé; puis du ton léger de François IV en face d'événements aussi graves. Le duc reprit :

— Vous êtes mal à l'aise pour nVécouter et me répondre, cher monsieur.

Il se pencha vers le vicomte, coupa ses liens, et lui tendant son propre poignard :

— Le vôtre, lui dit-il, vientdese briser, permeitezqueje vous offre celui-ci ; la lame est de meilleure trempe. Et maintenant, je vous le répète, causons. Votre père est l'un des chefs influents de la plus vaste conspiration qui ait jamais étendu ses bras sur l'Europe, et l'un des buts de cette conspiration, c'est de me détrôner, n'est-il pas vrai?

— Oui.

— Vous voulez chasser tous les rois absolus ?

— Oui.

— Faire de Fllalie un royaume unique?

— Oui.

— A la tête de ce nouveau royaume, qui placerez-yous?

— Le prince qui nous offrira le plus de garanties.

— Et si je vous les offrais, moi ?

— Vous?... vous!...

Il y avait dans ce vous une telle stupéfaction, un tel cri d'impossibilité que le duc fronça les sourcils et se mordit les lèvres.

Aussi, avant de continuer celte scène, nous devons exposer à nos lecteurs, aussi brièvement que possible, les événements qui paraissaient devoir élever une éternelle barrière entre le duc de Modène et les libéraux. Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter les pages suivantes à la magnifique histoire de Y Italie centrale, de M. Charles de La Varennes, le remarquable auteur de Les Autrichiens en Italie, Victor-Emmanuel et le Piémont en 4848, et autres ouvrages armés de documents irréfragables.

« François de Lorraine-Autriche-Este avait environ trente ans au moment de son intronisation à Modène (en 1814). Né en Italie, et élevé en Allemagne, au sein de la cour de Vienne, par une mère ambitieuse et hautaine, imbue des traditions des petits étals absolutistes d'autrefois, il joignait à un rare esprit, à une volonté de fer, une soif de puissance, un mépris de l'humanité, qui lui faisait trouver bons tous les moyens pour arrivera un but. Quant à la conscience, à l'honnêteté politique, de même que lous les gens qui outrent les pratiques religieuses et mêlent Dieu à leurs desseins les plus ténébreux, il n'en possédait pas l'ombre. Arrivé presque inespérément à la souveraineté, il voulut monter plus haut encore, et jusqu'à ses derniers jours, il poursuivit le fantôme brillant d'une couronne de roi, sans que ses déceptions successives le décourageassent. Sur un théâtre plus vaste, il eût été, suivant les circonstances, un Charles Quint ou un Tibère. Le destin moqueur condamna ce grand politique à faire un mesquin tyran à la Borgia. François IV lenta tour à tour d'être roi de Lombard ie de 4814 à 1820; — roi de Sardaigne, de 4821 à 18*28; — roi de toute l'Italie de 4 828 à 1834 ; — puis roi de Grèce; puis encore roi de Tlialie centrale. »

Chose étrange! aujourd'hui le fils de cet homme qui essaya de renverser du trône Charles-Albert, son fils e?t à cette heure exilé, et c'est Victor-Emmanuel II, le roi loyal, le roi galant tomme, comme l'appellent avec raison ses sujets, c'est le fils de Charles-Albert qui gouverne les États de Modène.

Nous ajouterons au portrait si fidèlement peint par M. Charles de La Varcnnes, que les trésors immenses de la famille d'Esté, avaient fait de François IV, l'un des princes les plus riches de l'Europe, ce qui lui permettait de se créer des partisans et des espions , môme auprès de l'empereur d'Autriche. Comme on le voit, les moyens d'actions du duc de Modène avaient une grande valeur.

Voici maintenant ce qui Pavait rendu odieux aux libéraux.

En 4815, François IV s'était allié secrètement au pape, par l'intermédiaire des jésuites, au roi de Sardaigne Victor-Emmanuel I er , et au roi de Naples, le vieux Ferdinand. La part attribuée au duc de Modène, en cas de succès, devait être Parme, Plaisance, la Vénétie et la province lombarde de Brescia, avec le titre de roi.

Pour arriver à ce but. une secle nouvelle, dite la Société du Consistoire, devait soulever contre les Autrichiens le clergé, la noblesse et les campagnes. Leduc de Modène fournissait son argent, et il était l'âme du complot; l'empereur Alexandre de Kussie avait promis une formidable diversion, sur le Danube, qui réduirait l'Autriche à l'impuissance, en échange de Consiantinopleetd'Ancône ou Civita-Vecchia, pour y créer un établissement maritime.

L'habileté de M. de Metternich sauva l'Autriche. Il lâcha, contre les princes conjurés, toutes les loges démagogiques de l'Italie, gouvernées, sans le savoir, par des agents de l'Autriche, de même qu'en France, sous le règne de Louis-Philippe, les sociétés secrètes avaient pour chefs des agents de police travestis en républicains.

Il s'en suivit une épouvantable catastrophe qui faillit briser la couronne du roi de Naples et celle du pape. Quant au duc de Modène, menacé par l'Autriche de se voir confisquer son trône

il lui fallut donner des garanties de sa fidélité. Il lit au plus tôt volte-face. Par ses ordres, ses complices furent saisis, jetés dans les cachots, condamnés et exécutés. Modène nagea dans le sang des patriotes.

A ce prix, l'Autriche pardonna à son archiduc ; mais les libéraux jurèrent une guerre à outrance à celui qui venait de les trahir avec tant de perfidie, et de livrer leurs amis à ses bourreaux.

On comprend maintenant la surprise de Maurice, lorsqu'il avait entendu le duc se proposer pour être mis à la tête du mou- » vemenl. François IV avait intérêt à persuader le vicomte ; aussi reprit-il :

— Mon passé vous fait peur, n'est-ce pas ? C'est à tort. Vous ne pouvez rien sans moi; sans vous, je ne puis rien, nous avons donc tout intérêt à nous unir.

— Je ne suis pas chargé de traiter avec Votre Aliesse, objecta Maurice.

— Je le sais; je vous prie seulement d'exposer mes propositions au comité italien d'abord, à celui de France ensuite. Vous croyez peut-être, ajouta le duc en souriant que les noms des chefs de vos ventes ne me sont pas connus? Voyez si je suis bien instruit: Borso di Carrninati, Saffi, Buonarotti, Forsati, Cyrus Menotli, Linnali, Maroncelli, Misley, et pour la France, écoutez ce seul nom.

Il se pencha à l'oreille du jeune homme, lui dit un mot, et celui-ci pâlit un instant.

— Vous voyez que ma police ne me vole pas, continua le duc ! Maintenant, je n'ai qu'une simple révélation à envoyer à ja cour d'Autriche, et avant huit jours, tous vos complices, vous-même, vous serez pendus ou fusillés.

— J'en conviens, répondit le vicomte de Boursonne ; mais Votre Altesse nous eût déjà fait arrêter, si elle n'avait un intérêt secret à se taire.

— C'est vrai, et cet intérêt le voici. Je veux comme vous, avec vous ou sans vous, chasser les Autrichiens de l'Italie; je veux, enfin, devenir roi d'Italie. Si les carbonari acceptent, je mets à leur disposition mes trésors, mes émissaires qui soulè-

veront les populations, et des armes fabriquées dans mes arsenaux. Que vous faut-il de plus?

— Un engagement formel, monseigneur.

Le duc réfléchit et dit :

— Qu'a fait le personnage de France que je vous ai nommé tout à l'heure?

— Son nom est le premier sur la liste.

— Le mien suivra le sien. Envoyez en France la belle Giulia, votre émissaire habituel, avec ces propositions.

Maurice tressaillit, et le duc qui s'en aperçut, reprit :

— Pensiez-vous donc que je n'étais pas au courant de toutes ses démarches? j aurais pu cent fois la fois la faire arrêter ; mais à quoi bon? une autre l'eût remplacée, et ma police eût perdu, à découvrir cette nouvelle intrigue, un temps que je lui fesais mieux employer. Que fa comtesse se charge de cette négociation ; elle doit réussir.

Le duc tendit la main à Maurice en signe d'alliance et comme pour clore l'entretien.

Une heure après, le vicomte se faisait «annoncer chez un riche propriétaire modénais, Cyrus Menotti, qui était l'âme du complot dans le duché.

La nuit venue, Maurice et Menotti furent introduits auprès de François IV, cl rédigèrent un programme de concert avec lui. Le duc le signa. Cette signature, c'était la perte de son trône, de sa liberté, de sa vie peut-être s'il échouait.

Cette nuit-là, le duc, Menoîti et Maurice se garantirent réciproquement la vie sauve, François IV remit à ses deux complices un engagement écrit et signé de sa main qui assurait leur existence, quoiqu'il pût arriver.

Huit jours plus tard, Giulia, après avoir rendu les derniers devoirs à son père, portait à la vente centrale de Paris les bases de l'accord conclu entre le duc de Modène et les loges italiennes.

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