‹ La légende de l'homme éternelChapitre 8 sur 43 · DEUX AMIS DE LA VEILLE · texte numérisé non relu

DEUX AMIS DE LA VEILLE

Il y a un an, lors de la première entrevue de Maurice avec le duc, ce que le vicomte redoutait le plus, c'était François IV ; ce qu'il souhaitait le plus , c'était de le renverser du Irône.

Aujourd'hui, le même duc vient visiter son ami le vicomte de Boursonne tout comme deux dandys du Jokey-Club se reçoivent, et il lui choisit une riche héritière. Le sort a dès bizarreries inouïes.

— Je viens chercher votre réponse, mon cher Maurice, dit le duc en s'asseyant.

— J'hésite toujours, monseigneur.

— Vous avez tort. Je ne vous parle pas de vos dettes, encore moins des millions de madame Salomon; mais, sur ma parole, sa fille est la plus ravissante créature de mon duché.

— Votre Altesse la connaît?

— D'hier seulement. Madame Salomon m'a fait demander la permission de me présenter sa fille, et sa beauté surpasse tout ce que l'imagination peut se créer de plus séduisant.

— Quelle chaleur! Je vais vous croire amoureux.

— Je le serais, vicomte... sans l'estime particulière que j'ai pour vous.

— L'estime est une faible barrière, monseigneur.

— Seriez-vous jaloux ?

— Moi , fit Miurice, il ne me manquerait plus que ce ridicule. Si j'épouse mademoiselle Salomon , c'est pour payer mes dettes. C'est ce que j'ai écrit à mon père.

— Il vous a envoyé son consentement 1

— Sur-le-champ, avec un monceau de protestations. 11 se plaint que mademoiselle Suzanne Salomon soit de roture, qu'elle ?oil fille d'un simple joaillier de la couronne; aussi, puisque je consens à m'encanailler, comme eût dit undejmes ancêtres, je donnerai à celle enfant mon nom, mon litre ; en échange, elle me laissera mes maîtresses, et je lui demanderai, pourtoute grâce, d'oublier que je suis son mari.

•— Prenez garde, on pourrait lui faire la cour.

— Je l'ignorerai , monseigneur.

— Je me souviendrai de ceci, mon cher vicomte. Alors c'est un mariage décidé?

— Sans doute, puisque mon père refuse de payer mes dernières folies, et que je suis trop honnête homme pour vouloir voler mes créanciers.

— Je vais faire porter cette bonne parole à madame Salomon.

— Recommandez-lui, en même temps, la plus grande discrétion; sinon, j'ai dans l'idée que la cérémonie sera troublée.

— Ah!... quelque maîtresse?

— Pas autre chose, monseigneur.

— Bien. On sera prudent... Adieu.

l'ombre d'une tête couronnée

En traversant le vestibule, le duc et Maurice aperçurent un jeune homme, vêtu avec la plus grande élégance, couvert de décorations étrangères, au menton fraîchement rasé, aux cheveux d'un noir de jais, et qui les salua profondément.

A sa vue, François IV fit un geste d'impatience.

— Encore vous, monsieur, dit-il.

L'inconnu s'inclina sans répondre.

— Qu'est-ce? demanda Maurice.

Le duc répondit à voix basse.

— C'est mon ombre. Je ne puis faire un pas sans avoir cet homme devant moi, derrière moi, ou à mes côtés. Partout où je suis, ce spectre se dresse sous mille figures.

François se tourna vers l'étranger et lui dit :

— Quand cesseras-tu de me garder ?

— Quand l un de nous deux sera dans la tombe , répondit froidement l'homme.

— Tâche de commencer. Comment t'appeîle-t-on?

— La police secrète.

— Ce n'est pas un nom de chrétien.

— C'est le mien partout où j ai l'honneur de veiller sur Votre altesse,

— Et si je te défendais de me suivre?

— Je ne pourrais obéir-

— Si je te chassais?

— Un autre me remplacerait.

— Ne suis-je donc pas libre?

— Pas de vous faire tuer. Raison d'Étal.

DK L'HOMME ÉTERNEL *1

— Et si je mourais?

— Je veillerais sur notre jeune dut François V.

. — Q"i place cet homme auprès de Votre Altesse? demanda Maurice au duc à voix basse; est-ce votre ministre de la police?

— Peut-être... peut-être aussi l'Autriche... qui peut savoir? Et le duc sortit tout soucieux.

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