‹ La légende de MetzChapitre 14 sur 65 · LA CAPITULATION DE METZ · texte numérisé non relu

LA CAPITULATION DE METZ

A Monsieur l'éditeur du Times.

Monsieur,

Les attaques violentes contre le maréchal Bazaine et sa condamnation pour la reddition de Metz ne peuvent qu'exciter l'indignation de toute personne impartiale.

Et d'abord, accuser un tel homme de trahison est absolument incompréhensible. Après une vie longue et honorable, il n'avait rien à gagner à un acte contraire aux intérêts de son pays.

La nation française s'est engagée dans une grande guerre avec tout le désavantage possible. La puissance adverse était mieux préparée, beaucoup plus forte en ressources et équipements militaires ; de plus, les Français, depuis quelque temps, se trouvaient dans un certain désordre résultant du conflit des factions politiques, qui avait eu pour effet, avant la guerre, d'empêcher le complet développement de la puissance militaire du pays, — après les premiers revers, de désorganiser totalement le gouvernement, et de rendre impossible toute action suivie, tendant à diriger les opérations dans un moment d'importance vitale. Tout semblait en dissolution, chaque chef était laissé à sa propre initiative, et chacun à son tour était exposé aux mouvements ordonnés et concentrés d'un ennemi bien discipliné, bien organisé, et, en outre, très supérieur en nombre.

Les corps d'armée tombèrent donc l'un après l'autre avec une rapidité effrayante; enfin vint celui de Bazaine, qui depuis quelque temps était enfermé dans Metz avec de grandes forces.

Par suite de quelles opérations le corps qu'il commandait ne s'élait-il pas retiré à temps pour rejoindre les autres encore en campagne? c'est ce que je ne puis en ce moment discuter. La discussion n'est pas nécessaire, du reste, puisque les accusations reposent sur sa capitulation qui eut lieu deux mois plus tard.

S'il n'a pu s'ouvrir un passage à travers les forces ennemies au moment de l'investissement de Metz, il eut chaque jour de moins en moins la chance d'y réussir, car les positions autour de la place, naturellement très fortes, pouvaient être grandement améliorées par des travaux approchant de plus en plus de la perfection. Et tandis que ce progrès continu avait lieu du côté des assiégeants, ses propres troupes étaient dans un état, non moins continu, de détérioration, par suite de la dispersion de sa cavalerie, de son artillerie de campagne et de son matériel de transport; en sorte que, séparé comme il l'était par une grande distance de tout secours, avec une armée dépourvue de tous moyens de tenir campagne, ses provisions épuisées, il n'avait réellement d'autre alternative que la capitulation. Ses accusateurs paraissent oublier que sa position aurait dû être regardée comme désespérée trois mois auparavant, lors de l'époque dumouvement opéré de Châlons pour le dégager.

Ayant servi avec le maréchal en Crimée, j'ai senti de mon devoir de combattre les attaques dirigées contre un brave compagnon d'armes, dont la réputation militaire a été compromise d'une manière si inconsidérée par des ennemis politiques.

Je suis, etc.

J.-F. BURGOYNB, Feld-Maréchal.

Londres, novienibre.

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