‹ La légende de MetzChapitre 32 sur 65 · De M. le général rapporteur · texte numérisé non relu

De M. le général rapporteur

Enfin, le 27 octobre, le général Jarras, avec les pouvoirs du commandant en chef et du Conseil de guerre, signa la capitulation, que le Conseil ratifia formellement dans son entier.

Le 28, les Allemands occupèrent Metz.

Le 29, l'armée française désarmée en sortait prisonnière. Les officiers conservaient leur épée. Bazaine n'obtint ce résultat que par sa vaillante résistance. Les jours sont passés où les hommes mangeaient leurs bottes avant de vouloir se rendre. Le sens commun et l'humanité ont mis hors d'usage ce cruel don quichottisme des âges barbares.

Metz tint, avant de se rendre, jusqu'à des extrémités plus rigoureuses qu'aucune autre place forte assiégée durant la guerre franco-allemande. De Saragosse à Plewna, nulle armée assiégée, pendant ce siècle, n'a supporté aussi longuement des privations plus aiguës.

Je n'affirmerais pas que Bazaine, lorsqu'il se rendit à Corny le jour de la reddition, fût aussi maigre que le stathouder lorsque Anvers se rendit au duc de Parme' ; mais Osmo.n-Pacha après sa résistance n'était pas non plus en mauvais état, ni Jules Favre plus décharné que d'habitude, quand il vint à Versailles négocier la capitulation de Paris.

Une autre charge contre Bazaine fut qu'il traita avec l'ennemi, contrairement au devoir et à l'honneur.

1. J'étais malade très sérieusement, et mon estomac ne pouvait plus digérer la viande de cheval.

En effet, on l'a accusé d'avoir trahi la Finance, et c'est cette accusation qui a noirci son nom. Or il est établi qu'il a tenu jusqu'au dernier morceau de pain; ainsi ses rapports avec l'ennemi n'ont pu avoir pour but une reddition prématurée. Il négocia avec l'ennemi, juste comme Jules Favre le fit à Ferrières et comme Thiers le fit encore à Versailles : mais il a agi avec le caractère d'un chef patriote abandonné à ses propres lumières *.

Nous sommes en révolution. De la nature de cette révolution, il ne savait rien que par ouï-dire. Le gouvernement de la Défense nationale n'avait jamais communiqué avec lui, il lui avait encore moins fait connaître les pouvoirs d'après lesquels il agissait. Ces pouvoirs étaient-ils autre chose qu'une usurpation, en attendant le vote d'une Assemblée nationale?

La France bouleversée, on le sait, avait acquiescé à l'initiative révolutionnaire de Paris, mais tous les renseignements que Bazaine obtint à ce sujet vinrent de fragments de journaux, ramassés au hasard, que les Allemands lui envoyèrent, ainsi que d'une communication du prince Frédéric-Charles, Bazaine et son armée avaient prêté serment de fidélité à l'Empire. L'Empereur l'avait placé oii il était. Le dernier gou-

1. Je l'ai fait dans l'intérêt de la patrie agonisante et afin de lui éviter les malheurs qui l'ont accablée. Mon dévoûment a été celui d'un patriote, faisant le sacrifice de sa personnalité, de sa carrière et d'un passé glorieux.

t'ernement de France dont il avait eu connaissance Hait celui de la Régence.

Les Anglais n'ont pas l'habitude de regarder Monk îomme un traître ; encore Monk alla-t-il plus loin que amais Bazaine n'a songé à aller. Monk renversa un gouvernement établi en rappelant Charles II. Bazaine l'a eu qu'un espoir, — donner la paix à la France, en naintenant le gouvernement dont il était le serviteur issermenté. Les Allemands refusaient de traiter avec :es înessieurs du pavé, qui avaient usurpé le pouvoir m attendant le vote national. Ney a été fusillé pour ivoir fait ce que l'on sait, et Bazaine a été condamné i être fusillé pour avoir fait le contraire. Ney alla prénaturément au-devant de Napoléon ; Bazaine ne roulut pas prématurément abandonner Napoléon renrersé par la force.

C'était un temps oii des hommes à l'esprit plus vif lue celui de l'honnête vieux soldat, se trouvaient euxnêmes embarrassés. Nous pouvons mettre de côté 'épisode de Régnier. Régnier était un instrument de Bismarck; il futdésavoué par l'Impératrice et ne réussit )as à compromettre Bazaine.

Comme les jours d'octobre s'écoulaient, laissant 'armée dans son isolement, Bazaine et les généraux lui formaient son conseil, virent enfin, dans toute sa •éalité, l'horreur d'une situation sans précédent dans 'histoire. Ils commandaient la seule armée régulière jue possédât la France; étaient-ils citoyens, sujets ou

soldats? Ils voyaient clairement leur devoir militaire, — les événements l'ont prouvé ; — miis il pouvait y avoir des devoirs, à la fois civils et militaires, qui s'imposaient encore plus.

Comme militaires, ils comprenaient ce que comprend tout vrai soldat, pour ne pas dire tout homme de sens, c'est qu'après Sedan, la France était perdue. Elle ne pouvait que combattre et verser son sang, sans espérance d'obtenir d'autre résultat qu'une gloire stérile pour son courage et son opiniâtreté, mais qui, en revanche, ne pouvait qu'accroître sa propre misère et augmenter considérablement la dette nationale*. Ils résolurent ensemble, — et cette résolution fut plutôt celle d'une réunion de camarades, n'écoutant que leur patriotisme, que celle d'un conseil de guerre réuni sous la présidence du chef de l'armée — d'envoyer le* général Boyer conférer avec Bismarck. Celui-ci sug-1 géra un expédient qui permettrait aux assiégés de ' Metz de rester dans le chemin du devoir et de l'hon-. neur. L'expédient avait besoin de la coopération dt l'impératrice Eugénie, alors régente.

Celle-ci, tandis que l'armée de Metz appuierait la' régence ad intejnm, devait adresser un manifeste à la nation, pour qu'elle se prononçât sur la forme de gouvernement qu'elle préférait. Cette transaction était conforme en tous points à celle que le gouvernement

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