CHAPITRE X
La raison du plus fort est toujours la meilleure. — Une lettre du colonel Commerçon. — Question de vivres. — Déclaration de Bourbaki. — Un agent secret. — Vée Victis. — Entre maréchaux.
— Base de Taccusation. — Montebello. — La légende. — Justice humaine. — Le libérateur du territoire. — Un admirable soldat.
— Orléanistes. — Un général in partibus. — Ce que pensait le général Schramm. — Une lettre du général du Barail. — Sacrifice volontaire. — Le président du Conseil de guerre. — A l'unanimité ! — Une frime. — Le peuple souverain.
Au cours du procès du maréchal Bazaine, l'accusation n'a rien épargné pour déconsidérer et déshonorer sa victime.
Après la trahison, c'était l'incapacité : incapacité comme général en chef; incapacité comme négociateur!
L'accusation s'est grandement indignée que les con- | ditions de la capitulation n'aient pas été meilleures; 1 out autre que le maréchal Bazaine eût obtenu mieux ! S'il n'y a pas eu incapacité de sa part, il y a eu alors insouciance du sort de l'armée qui lui avait été con-
[ice; ce qui est bien pis encore! Et le public ignorant, jui ne raisonne jamais, qui accepte les formules, les ppinions toutes faites, accueille avec empressement de iellcs absurdités, ne se donnant pas la peine de réfléchir que la plus indispensable condition pour être hr^fj^ociateur habile, c'est d'être vainqueur — et de réduire l'adversaire à l'impossibilité de se soustraire aux sacrifices qu'on lui impose.
Or, à Metz, le maréchal était en présence d'un ennemi parfaitement instruit de la situation morale et physique de l'armée; sachant que cette armée et la place devaient accepter ses conditions sous peine de mourir de faim dans les vingt-quatre heures, ou dans les quarante-huit, au plus tard.
La garnison de Mayence, tant vantée par les historiens révolutionnaires parce qu'elle s'est baignée dans le sang des héroïques Vendéens, qui eussent peut-être compromis le salut de la République sans la défection de Charette*, avait encore pour huit jours de pain, quand elle a capitulé. Certains corps de l'armée de Metz n'avaient plus de pain depuis huit jours quand la capitulation s'est faite.
Ils n'avaient plus cette ration de pain noir, réduite à une proportion infime, qui, depuis près d'un mois, composait toute la distribution. Dieu sait ce qui entrait dans la fabrication de ce pain-là ! Celui que nous avons