CHAPITRE XVII
IL s'en alla tout d'un traict en Poictou : Le lieu, pour vray, où est ne sçay point où; Mais toutesfois en ville ou en bourgade Il ai riva, sans faire grand brigade, Et se logea au bout ou au meillieu, Où il pensa trouver le meilleur lieu : Or est ainsi, pour mieulx [)»] estre stable^ Il fist mettre son cheval à l'estable, Et là dedans bien il s'est fait traictcr, Sans marchander en rien, ne contracter.
Quant fut au soir, bien commande qu'on pense De son cheval, mais pas ne se dispense Y aller veoir. Lors voit où c'est qu'on va A l'avoyne, dont soubdain controuva Faire ung bon tour, quel cy je voys escripre; Quant le lyrez, vous n'en ferez que rire. Au soir, quant veit que tout est despesché, Et se coucher chascun est depesché, Faignant aller au retraict et latrines,
Aussi dire ses vespres ou matines.
S'en alla veoir i]ue faisait son cheval. Lequel trouva tout couché, son chef val. Lors l'assigna. Le cheval l'entendit, Comme devant j'ay ja, a long-temps, dit. Car entendait tout comme une personne.
Faifeu tout bas le cheval à part sonne. Signe luy fait qu'après luy montast hault; Lequel bien tost le fist, joyeulx et bault. Lors le mena au grenier à l'aveine, Où le laissa, car pas ne le rameine, Mais s'en alla coucher emmy son lyct.
Or lendemain il y eut beau de lie t, Car au matin Faifeu s'habille et house; Pour s'en aller ailleurs il se dispouse. Mais, quant fut prest, contrefist l'estonné De ne trouver son cheval atourné.
Lors s'en alla à l'hoste faire plaincts De son cheval : l'hoste et ses gens sont plains De fascherie et grande esbayssance; Oncques n'ont tant esté eshays, sans ce, Car pour certain pensaient avoir perdu Ledit cheval. L'hoste, tout esperdu.
Vint à Faifeu, troublé et remply d'ire, Et, tout fasché, luy a commencé dire : « Mon trescher Sieur, du pouvre négligent, Pour le cheval, vous plaise prendre argent,
Car pour certain je ne sache la sorte
Qu'il est perdu. C'est une chose forte
Le recouvrer : donc, je vous pry, pour Dieu,
Ne vous faschez; prenez le mien en lieu. »
Faifeu ne ryt, mais faint fascheuse chère,
Et jure Dieu qu'onc n'eut chose plus chère
Que son cheval : plus vault de cent ducatz.
Lors l'hoste fut bien estonné du cas,
Car Faifeu dit s'en plaindre à la justice
De hiy avoir faicte telle injustice.
En quacquetant, faisant tel dyalogue,
Faifeu s'en vint, de marrisson tout rogue,
Au serviteur, feignant de l'outrager,
Luy promettant de le faire enrager,
Tant le battra. Le serviteur n'a veine
Qui ne tremble, disant que de l'aveine
Il luy donna et sa litière fist;
Il ne sçauroit comment le tour se feist,
Car pour certain il ferma bien la porte.
Faifeu luy dist : « Vien çà, et me rapporte
Combien d'avoyne au soir luy as baillé? »
Le varlet dist : v Si qu'il ne soit raillé.
Je veulx pour vray ma teste estre couppée
S'il n'eut du tout son entière souppée.
— Ah ! vertubieu [dist Faifeu)! je suis prins !
Viens çà, meschant, dy moy, qui t'a aprins
Penser chevaulx sans le dire à leur maistre f
Pla'ui ung boysseau il liiy en jalloit mettre. Où ta prins-ta? — Monsieur {dit-il), en haulî, En ce grenier. — Donc (dit Faifeii) il fault Y aller veoir, car je veulx qu'on me pende S'il n'est monté ; il fault que tu entende Qji'il a esprit, et entend aussi bien Qu'homme qui soit, sans y faillir en rien; Parquoy s'il veyt que tu as apporté D'en hault l'aveine, il s'y est transporté. » Lors tout soubdain chascun se mect en peine Aller chercher au grenier à l'aveine, Et ont trouvé comme Faifeu leur dist.
Dont n'y eut nul qui de grant joye ne rit. Le bon cheval en fist telle despence Qu'il en avoit si tresplaine sa pance Qu'il ne povoit du lieu se remuer.
Soubdain Faifeu de couleur va muer De veoir ainsi son cheval trop pencé : Donc a requis estre recompencé.
Car son cheval à mourir leur afferme D'estre tant saoul, et contre euh tient fort ferme. Les menassant à les faire adjourner.
L'hoste luy dist : « Monseigneur, séjournez Tant que vouldrez céans pour le refaire, A vostre vucil je suis prest satisfaire. » Faifeu fut là encor îroys jours ou quatre A se gaudir, se joiier et esbattre.
Sans (] ne jamais luy constat ung tournoys. Voyez comment il faisoit ses tournoys.
Comment il alla en Bretaigne, où il contrefist le triacleur et le divin.