‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 30 sur 60 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

POUR son plaisir, non d'argent trop muny, Il s'en alla, d'esprit non immuny, Ung certain temps, en maint pays et contrée. Pour le premier, Bretaigne a rencontrée, Où maint cault tour il fist, et maint desduyt, Que tout n'ay pas en ce papier reduyt : Entre lesquelz, pour abréger le livre, Il se trouva, ung jour, d'argent délivre. Mais son esprit pas ne luy défaillit, Car en avoir soubdain il ne faillit.

Pour miculx user de cautelle ou miracle. Il s'advisa vendre le tyriacle, En se vantant qu'il guerist de tous maulx, Et de plusieurs, tant soient-ilz anormaulx. Bref, quant eut fait ses criées et repuces, Il s'employa vendre la poudre aux puces. Il avoit fait force petitz cornetz, Pour affronter tous ces jolys cornetz,

OÙ n'y avoit que du seys de bois Bien fort pouldré. Adonc, à ses ahboys, Chasciin accourt : lors en fist bonne vente, Car pour tout vray puhlicquement se vante Que les puces toutes fera mourir ; Là eut lyards, pour son fait secourir, Tant et si bien qu'il fut assez content. L'un des presens s'advisa^ tout content, Que bien sont foulz de là s'estre amusez. Sans qu'il leur dist la manière d'user De la pouldre quelle il leur a vendue : A Faifeu va, sans faire aultre attendue, Luy demander la manière et la sorte Qu'il faut user de la pouldre qu'il porte. Il luy respond, sans faire long quacquet, Qiie mettre fault les puces en pacquet. Et les prendre chascune seule à seule, Et leur pouser [de] la poudre en la gueule; Toutes mourront, sans faire long séjour. Lors chascun rist d'avoir eu, celuy jour. Tel passe-temps et si bonne responce ; Mais tout soubdain le galland fist esponce Et s'en alla, sans faire long adieu, Avecque argent qu'eustpar son plaisant jeu.

Comment il alla à Nantes, où il garantit ung criminel d'estre pendu.

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