‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 31 sur 60 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

QUANT /u? party dont il fist ce bon tour, Il s'en alla, sans faire ailleurs retour, Droit à Nantes, là où il a faict rage : Quant il y fnst, il lui prini en couraige Contrefaire l'astrologue et divin.

Ce nonobstant qu'il beust charte de vin. Se fist îraicter en homme de sçavoir.

Leur promettant à leur faire asçavoir Chouses cachées, chouses hors de mémoire. Qui excédent et logicquc et granmoyre ; Trésors cachez leur monstreroit pour voir : Il ne îenoit qu'à y aller, pour veoir; Bref, il disait, pour mon propos parfaire, Qu'experiment il monstreroit par faire.

Or le cas fut : quant on ouït son bruict, Chascun y va, chascun court, chascun bruit, Chascun veult veoir les faczons de cest homme; Plus subtil n'est, disent-ilz, jusqu'à Romme. Ce temps pendant, comme j'ay entendu.

Aucun devoit, ung jour, estre pendu

En la ville, et à l' après dis née :

Ainsi estoit sa povre destinée;

Mais les parens du pouvre condamné

Eussent voulu du bien avoir donné

Grant quantité, quasi jusqucs sans nombre.

Et leur parent n'eust point eu cest encombrt.

Ung plus subtil en ce cas va viser

Et tout soubdain ses parens adviser

Qu'il fault parler au divin de l'affaire,

Luy promettant, si le cas veult parfaire.

De délivrer leur amy de prison.

Sans qu'en nul point Hz en ayent mesprison :

Cinquante escus il aura pour sa peine.

Lors regarda sa bource n'estre pleine.

Mais du tout vuyde, et sans avoir denier.

Les secourir ne leur va desnier ;

Or leur promect se mettre à l'adventure

Faire leur vueil, moyennant qu'ouverture

Hz luy facent de moitié payement;

Ce qu'ilz firent : lors il s'en va coyment

En son esprit la façon cogiter

Comme il pourra le pouvre corps jecter

Hors de danger: la manière fut telle

Qu'il mist à fin par tresbonne cautelle.

Or y avoit, pour le temps, à la chartre,

Geollier nouveau, qui prisonniers enchartre.

Ne congnoissant encore les sergcns,

Dont Faifeufuî adverîy par ses gens.

Bien joyeux fut; lors il s'en va grant erre

Chez ung sergent qui ne tenait grant terre,

Luy requérant luy faire le plaisir

De luy prester, sans aucun desplaisir.

Son hocqueton qu'il porte pour livrée,

Luy affermant pour vray, à l'arrivée.

Qu'est seullcment pour jouer une farce.

Si qu'il ne veist que le mignon le farce;

Il luy bailla troys beaulx escuz en lieu,

Jousques à tant qu'il eust parfaict son jeu.

Le bon sergent en luy print affiance.

Et luy livra, sans nulle deffiance,

Son hocqueton, son enseigne et sa verge,

Sans qu'il congneusî que Faifeu le gauberge.

Quant le marchant eut parfaict tout son tour,

Tout droict s'en va à la geolle ou [la] tour,

Bien eschauffé, faignant avoir grant haste,

Dist au geollier : « Mon amy, or te haste

Me délivrer, sans plus longue traynée.

Cil qu'on doibt pendre à ceste apresdisnée. »

Le chartrenier, comme dessus est dict,

N'en fist reffus, et n'y a contredict,

Pour tant qu'il dict : « Le juge le commande,

Et, pour encor parler à luy, le mande.

Car il le veult derechef confronter

A ung tesmoing, pour de mieulx l'affronter;

Mais il veulî bien que soit secrettement. »

Lors luy bailla, mais bien estroictement

Le va lier, faignant avoir granî crainte

Qu'il eschappast, pays droict de ceste empainte

L'en emmena, sans faire aultre semblant.

Le criminel s'en allait tout tremblant.

De peur qu'avoit, mais pas ne sçait l'affaire

Que là Faifeu pour luy a voullu faire.

Quant du geollier Hz furent eslongnez,

En ung destour, sans granment besongner,

Faifeu luy dist : « Mon amy, or despesche

Faire chemin, car de mort te despesche.

Comme tu voiz. « Adonc l'a deslié,

Et s'en alla, non merencolyé.

En certain lieu ses amys l'attendaient.

Qui en ce point l'avoir ne s' attendaient;

Faifeu leur rend, Hz luy baillent monnoye.

Il fut content, et Hz eurent montjoye.

Le hocqueton il rendit au sergent.

Et retira de luy tout son argent;

Puys s'en alla, sans faire long séjour,

Car il ne veult qu'on le voye là ce jour.

Le peuple aîtent, pour voir faire justice

Du malfaicteur, mais à son préjudice

Rien ne feront, car il est hors leurs mains,

Et est plus loing de dix lieues pour le moins.

Le juge dict que le geollier le rende.

Oa que pour liiy il fauU qu'il paye l'amande; Le geollier dict : « Vous l'avez demandé , Et j'ay toust faict ce qu'avez commandé. « Bref, nul ne sçait pour au cas satisfaire, Quant on congnoist la manière de faire Qu'on doibt juger, le cas bien entendu. Le rustre fut saulvé d'estre pendu, Faifeu rescoux de sa grant indigence ; Les officiers, ne leur intelligence.

Rien n'y ont faict, si que mieulx il soit sceu : Hz n'eurent fors du jeu Pierre Faifeu.

Comment à Rennes il contrefist le medicin. CHAPITRE XX.

UNG jour, à Angers, chez ung appoticaire , Il fist ung tour, lequel il ne fault taire. Car se trouva tout seul à son plaisir : Considérant ne faire desplaisir, Print et saisit de receptes grant nombre, Faignant jamais n'en avoir veu que l'ombre, Puys s'en alla trouver ung compaignon, Auquel il dist : « Venez çà, mon mignon; Si vous vouliez que nous aillons ensemble, fay bon espoir, ainsi comme il me semble.

Que nous ferons tresbien nostre prouffit,

Car j'ay icy maintes drogues confit.

Mainte recepte, et mainte medicine :

Aussi de moy je feray tresbon signe,

Faisant semblant en tel cas estre expert;

Aussi direz en secret et appert

Que par tous lieux de moy on tient grant compte,

En toutes cours et de prince et de conte;

Vous aurez part à ce qu'acquesterons.

Voyans le pays, ainsy ne qucsterons. »

Le compagnon fut de son alliance

Bien tosî prest estre, et, sans contrariance,

S^en sont partys sur chascun son cheval.

Tant ont erré et à mont et à val

Qu'à Rennes sont venuz à la couchée.

Où mainte bade Hz ont là descochée :

Incontinent à l'hoste se vanta

De son sçavoir, qui bien iost Vesventa,

Car bien estoit joyeux d'avoir tel houste.

Faifeii luy dist : « Mon amy, quoy qu'il cousîe,

Ung logis seur fault que j'aye, à part moy

Et mon varlet, pour m'osier hors d'esmoy :

Car je ne veulx que personne en approuche,

Ne que nully à mes besongnes touche. »

Incontinent l'hoste fut disposé

Le mettre en ung, où son cas a posé.

Par tout fut sceu que, chez ung tel, en ville.

Est arrivé ung medicin habille ;

Dont chascun jour venoit maint pacient,

Desquelz le mal il n'esîoit pas scient ^

Mais son varlet, qui congnoissoit l'affaire,

Bien entendait la manière de faire,

Prenait l'urine, et vers luy la portait.

Puis tout saubdain recepte rapportait.

Qu'il cappioit sur une aultre recepte ;

C'estoit pourquay l'entrée leur excepte,

Car il ne veult que nully apperçoyve

Le sien secret, ne son sçavoir perçoyve.

Or il advint que, par bien ou mal fait.

Aucuns se sont bien trouvez de son fait;

Ce nonobstant qu'il fist à l'adventure.

Furent secours de Dieu et de nature :

Parquoy il eut en ville tel crédit

Que par tous lieux ung chascun crye et dit :

« Des medicins en tant que terre abunde.

C'est le meilleur qui soit en tout le monde. »

Mais il advint que la chance tourna,

Car, pour bien peu qu'en santé retourna.

Il en mourut quasi infiny nombre.

Pour ce, luy vint ung merveilleux encombre.

Car on doubta que du cas abusait,

Et que le monde ainsi il amusait :

Donc fut canclud quil fault le faire prendre,

Pour de tel cas grief ventent le reprendre;

Mais son hoste, de ce cas adverty^

En eut pitié, et tost l'a diverty

Plus demourer, de peur qu'il n'y eust perte,

Car il veoit sa ruine toute aperte.

Lors que Faifeu du cas fut advisé,

Pas n'a long-temps jazé ne devisé.

Mais mercya son bon hoste et le paye,

Et s'en alla de Rennes, a grant proye.

Sans y avoir dommage ou interest.

Et n'attendit pas des Breîtons Varresî.

Comment, à la Flesche, il eut des houseaulx subtillement.

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