CHAPITRE XXII
J'ay ja escript plusieurs et maintes fois, Icy devant, que sans crainte ou effroyz En chascun lieu, sans faire grande enchère. Il se trouvait où on faisoit grant chère, Et par tous lieux estait le bien venu. Plus pour jaser que pour son revenu.
Or y avait un gros seigneur notable, Au pays d'Anjou, tenant fort banne table ; Et jeune estait, aymant tout passetcmps, Et gens joyeux; dont, ainsi que j'entends, Faifeu Y allait bien fort souvent esbatre, Sans riotter, sans noyser ou desbatre, Et pour certain, sans faire long civé, A la maison il estait fart privé.
Ce temps pendant qu'il faisait résidence A la maison, en faisant rys et dance, Ung certain jour, la dame de l'hostel Eut ung ennuy, lequel pour vray fut tel, Car elle avait en sa main gauche ou dextre Ung dyamant, que l'on renommait d'estre
yS LA LEGENDE
De la valeur de bien cinq cens ducatz ; Or, pour soubdain vous advertir du cas, Ou en dormant, ou en faisant la veille. Du doy luy client, dont tresforî s'esmerveille, Q u'eU' ne le treuve est son cueur tresmarry, Et n'ose aussi le dire à son mary ; Mais à Faifcu allée est s'en complaindre. Qui respondit, sans grandement la plaindre, Que bien falloit que le seigneur le scenst. Et qu'eu' luy dist ains qu'il s'en apperceust. En ce faisant, le vaillant Pierre maistre Le recouvrer luy est allé promettre.
Ce moyennant qu'il eust cinquante escuz, Qu'eir luy promist, sans en faire refaz; Pareillement, qu'aucun de la maison L'eust point trouvé, il en rendroit raison. Leurs propos tins, s'en alla seure et ferme Ladicte dame, et au seigneur afferme Du dyamant le susdict interest, Dont il ne fist pas grant conte ou arresî. Ce nonobstant que fust le don de nopces Qu'avoit donné par sur autres négoces:
Car courroucer sa femme assez en veoit L'avoir perdu, mais grand dueil en avoiî. Or, toutesfois, à Faifeu il ordonne Faire son vueil, et puissance il luy donne A son plaisir faire ainsi qu'il entend.
ncontinent Faifeu fist, tout content, Tost assembler serviteurs et servantes, Grans et petitz, et, les portes fermantes. Les fist renger en une chambre à part, Où de grant peur chascun d'eulx avoit part. Quant il eust fait, appella Sieur et Dame, Desquelz amé estait de corps et d'ame.
Et devant eulx aux servans fist sermon Du dyamant, leur disant : v Nous chermon. Et sçavons bien, par Fart de nicromance, Celuy qui l'a! » Et tout en evidance Faignoit chermer la chambre en tous endroitz, Se pourmenant devant boytteux ou droitz. Il apperceut, parmy une verrière, Emmy la court, ung garsonnet arrière, Qui n'estait point o les autres venu : Dont vous orrez qu'il en est advenu.
Ce nonobstant qu'il y en eust grant nombre, Cinquante ou plus, soubdainfaignit, soubz umbrc De diviner, que tous n'y estaient point. Les serviteurs, ne congnoissans le point, Dirent que nul ne restait de la bande. Fars le berger. « Donc, dist-il, qu'an le mande ! Bien le sçavois et autres choses sçay; Qu'il vienne tost, et vous verrez l'essay. « Quant fut venu, demande une arballeste, Q^ue bender fist o grant peine et moleste.
Car forte estait, des meilleures qui soient.^: Les assistans tresfort s'esbahissoient Que faire il veult, car dessus il fait mettre Ungfort raillon, puis ainsi la remettre Dessus la table, et couchée à travers.
Tout droit tendue, et atournée envers Par ou passer on doit devant la table. Tout ce cas fait y comm' résolu et stable,, Dist à la Dame et aussi au Seigneur : « Que nul d'eulx n'eut tant fiance en son heur. De demander la bague dessusdicte, Par nul barrât ou cautelle maudicte :
Car il convient, sans faire nul destour, Que chascun d'eulx passe et fasse son tour Devant le trect, arc, arballeste ou flesche, Sans que le cueur d'aucun se plye ouflesche; Et puis après les servans passeront} Mais bien croyez que ne repasseront Ceulx ou celuy qui la bague retiennent. Mais estre mortz tous asseurez se tiennent. » Son dict finy, chascun y a passé, Sans que nul fust ne blecé ne cassé; Mais, quand ce fut à cil qui a la bague, A ce ne veult user de mine ou brague, Car pour certain se trouva si vain cueur Que s'excuser ne sceut estre vaincqueur; Mais tout soubdain son esprit se tendit
DE PIERRE FAIFEU 8l
Cryer mercy, et la bague rendit,
En affermant qu'il ne ravoiî robbée;
Mais, sans Faifeu, eust esté absorbée :
Auquel on quist s'il estait bien certain
Du larronneau, mais jura qu'incertain
Il en estait, et, sans science telle
Qu'on estimoit, avoit quis la cautelle
Espoventer, par subtille leçon,
Ceulx qui la bague avaient, en la façon.
Vous pouvez voir que, par subtille prouve,
Tel se dit bon que meschant on approuve.
Comment il fist une finesse pour couscher, en la chambre de sa mère, avecques sa chamberiere.