‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 38 sur 60 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

SOUVENT voyt-on aucun faire le fin, Qui le plus îost est trompé à la fin , Comme il advint d'ung, qui si bien s'assorte D'une fille, cuydant estre sa sorte.

Qu'il se jyoit en elle de son bien :

Bref, tout conclud, ne luy challoit de rien. Car tant cuydoit prude estre sa servante Que de bonté d'elle par tout se vante; Mais trop estoit en ce cas abusé, Car lors Faifeu, en tel point bien rusé. L'entretenait, et soubz la couverture Du pacient. Or en fist ouverture A ung quidam, vesîu de grys ou vert, Où se fyoit, qui tout a descouvert Au Principal; quel, voyant tel desordre. N'en est content, bien y pensant mettre ordre. Or, pour venir à fin de cestuy faict, Ung jour, faignit aller aux champs; défait. Il s'en partit, et dist ne retourner A la maison qu'il n'aytfait attourner

Et accoutrer certaine son affaire.

Sa servante soubdain pas ne diffère

Mander Faifeu, lequel à elle vint :

Vous orrez cy le cas quel luy advint.

Le maistre avoit mis gens en eschauguette.

Dont l'ung d'iceulx si bien à point le guecte

Que pour certain leans Va veu entrer ;

Donc, pour venir au point et mieulx rentrer.

S'en vint au maistre, qui point veu ne l' avoit.

Mais en ung lieu ung autre entrée guettoit.

Et luy conta, comme tresbicn aprins.

Que, si on veult, le compagnon est prins.

Joyeulx il fut de le povoir surprendre.

Mais marry est sa servante reprendre

De cestuy fait, veu que tant il l'amoit.

Et en elle tout son affy avoit.

Or, pour conclurre, à sa porte est venu,

Faignant estre des champs ja revenu :

La servante, qui point ne s'en prend garde,

A la fenestre incontinent regarde.

Quand son maistre ja venu apperceut,

Comme morte, quasi parler ne sceut.

Sinon qu'eW dist à Faifeu : v C'est mon maistre. »

Dont tost respond : « Où me pourray-je mettre^

S'il me treuve, je suis mort et perdu,»

Lors s'advisa soubdain, tout esperdu,

De se monter hault en la cheminée ;

Ce qu^il a fait sans noyse avoir menée.

Le maisîre vint, qui entra tout fasché,

Luy et ses gens, querans où est caché :

Par tout ont quis, mais point ne le trouvèrent,

Et leurs espritz tous au cas approuvèrent.

Quant eurent quis tant au hault comme au bas.

Sur les maisons^ couvertures, rabbatz,

Pour leur chauffer l'un mist une bourrée

Emmy le feu, qui tost fut eshourrée ;

De quoy Faifeu fut ung peu estonné,

Et si en eut son esprit bestourné.

Car la challeur et fascheuse fumée

Luy font trop mal {dont s'amye est fumée).

Quant apperceut ne povoir eschapper

Sans estre veu, commença à taper

Et faire bruyt, comme une ame damnée

Qui en enfer brusler est condamnée.

Contrefaisant sa voix, faisant tonnoire,

Se laissa cheoir au feu, puis print son erre

A s'enfuyr. Chascnn fuyt devant luy :

Nul ne l'attend et ne luy fait ennuy,

Car tant ont peur le veoir en telle sorte

Qu'il ne leur chault lequel d'eulx premier sorte;

Ung chascun d'eulx tant estait interdit

Qu'ilz n'eussent sceu que c'cstoit avoir dit.

Il s'en alla sans que nul le retint.

Mais bien heureux le plus hardy se tint

Esîre eschappé sans avoir autre attainte : Ainsi Faifeu leur bailla ceste estraincîe.

Comment, au Mans, il fist gageure avecques les clercs de pralicque à qui feroit la plus belle lettre.

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