‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 45 sur 60 · CHAPITRE XXXIIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIII

LE vaillant corps n'estoit point desgousté Aller souvent en maint lieu et ccusté, Quand il avait d'aucune chose affaire; En demander jamais il ne diffère.

Or ung jour fut ou qu'il n'avoit argent, Ou qu'on avoit emporté le régent De la maison, où le pain on enferme; Mais toutesfois l'esprit n'avoit trop ferme. Pour ce jour-là,- pour la faim qu'il avoit. Et croy vrayment que trouver n'en sçavoit, Ou bien faisoit par manière de rire :

Car, ce jour, vint à ung sien amy dire Qu'il lui donnast un peu à bancquetter; Lequel respond, pour l'ouyr caqueter.

Qu'il n'a qu'ung pain, lequel luy abandonne: Si tout menger le peult, il le luy donne;

Car bien six solz il valloit grandement,

Dont neust cuydé qu'eust esté si gourmand.

Ledit pain print, sans que guère il empesche :

Incontinent il en a fait depeschc,

Et le mengea; dont son amy ne rist,

Car plus n'en a, et quasi s'en marrist,

Pour tant qu'avait aussi le capitaine

Beu de son vin deux poîz sans grande peine,

Et ne luy chault si nul en est marry,

Femme, ou varlet, cliamheriere, ou mary ;

Mais, devant tous, faisant ung tour ou roï,

Pour tout payement, il luy a fait la moe;

Puis luy a dit que luy et sa jument,

Sa femme, enfants, chatz, chiens, en maint moment.

Et son cheval, son varlet, chamberiere.

Tout son avoir, et devant, et derrière.

Il mengeroit, et le grant diable o tout.

Donc, son amy ayant esgard à tout.

Malgré ses dens lui a fallu en rire :

Parquoy le fait j'ay bien voulu escripre.

Car pour tout vray luy-mesmcs l'a conté.

Comme il est cy en ce lieu raconté.

Dont vous voyez qu'en faitz et en langage.

De plaisanter en tous lieux faisait rage.

Comment il vendit du vin, sur les champs, qui estoit à sa mère,

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