‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 48 sur 60 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

FAiFEU estait tant gay, gentil et noble, Que bien souvent, n'ayant escu ne noble, Vicarioit en maint contrée et lieu.

Où bien sçavoit s'acoustrer de son jeu. Or, toutesfois, faisant maintz saultz et tours, Ung certain jour, il se trouva à Tours, Oàfutsurprins, comme faulte fouis lye.

D'un cas trop jeune ou petite follye : Car par justice il fut soubdain reprins. Et par sergens, hnyt ou neuf, il fut prins : Grant nombre estaient, car, quant l'avaient happé, Par plusieurs fois leur estait eschappé Par son sçavoir, dont pensaient y mettre ordre Par estre tant; vous orrez le desordre. Quant l'eurent prins, se tindrent environ De tous endroitz, tirans à l'aviron

Le pouvre corps, comme une ame dampnée

Qui à bouillir est desja condampnée.

Or, toutesfois, voyant le deshonneur

Qu'on luy faisait, leur requist, par honneur,

Sans luy tenir rigueur si tresaustere.

Que par les rués chascun se vueille taire.

Aussi leur pleust luy faire ce bon tour '

Qu'un le tenist, et les autres entour,

Sans nul semblant que fust un prisonnier :

Ce qui fut fait. Alors ung personnier

De ceste bende entreprint le négoce.

En se vantant par son Dieu que qui groce

Bien le tiendra. Lors, sans faire aultre mise.

Il a saisy sa manche de chemise

A beau plain poing, feignant que fust la main.

En le menant, sans attendre à demain.

Or vous sçavez, quant aucun a affaire

Et est lyé, ne tasche qu'à de ff aire

Les siens lyens, mettant tout son esprit

A eschapper : on le voit par escript.

Ce cas Faifeu par vraye expérience

Leur a monstre, car soubdain en présence.

Sans y prévoir, fors à nécessité,

Le tour qu'il fist est icy recité.

En cheminant, que le fait ne desguyse.

Le vont passer par devant une esglise :

La congnoissant, de tout son cueur s'efforce

IIO

A y entrer^ car, par îresvive force,

Tourna son bras et chargea le sergent

Dessus son doz, car là n'esîoit songeant,

Et se jecta tout chargé à la porte

De ceste esglise, où son sergent il porte;

Mais, en entrant, cheurent tous deux tel sault

Qu'on les cuydoit tous deux mortz deprimsault:

Car le sergent esîoit, comme on les veoit.

Gros et enflé, dont trop granî faix avoiî.

Incontinent Faifeu se lieve et dresse.

Au benoistier joyeusement s'adresse,

Audit sergent et à tous ses consorts

{Qui luy disoient : « Meschant, deshors tost sors ! »)

Baille eaue beneyte, en demandant franchise.

Voyant qu'il est entré dedans l'esglise,

Desditz sergens ung chascun d'eux s'efforce

Le mettre hors de sa franchise, à force;

Mais maint voisin tost y est acouru,

Qui en son droit l'ont à gré secouru.

Et ont tous dit aux sergens : « Sans débattre.

Ailleurs il fault que vous aillez esbattre. »

Ainsi fault veoir que Faifeu, improveu,

Par son esprit a esté reproveu:

Car, comme on dit, souvent, en mainte estorce,

Le bon esprit VAuit mieulx que nulle force.

Comment, à Angers, il joua avecques les Egyptiens, qu'il affina.

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