‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 50 sur 60 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

L'an mil cinq cens dix huyt, ce me semble. Du roy François Angers la court s'assemble : Or, tous seigneurs de la France y estaient; Je croy que nulz pour le temps ne restaient : Tant que logis par tout on requérait,

On le sçanroit, qui bien s'en enqnerroit; Nul ne povoit bien loger, sans grant mise. Donc la maison de Faifeu fut admise Et retenue à ung tresgros seigneur :

Je ne dys pas qu'il n'en fust de greigneur, Mais toutesfois en court avait grant vogue. Bien estimé, tenu puissant et rogne; Auquel Faifeu faisait maint passetemps Et jeu joly et plaisant. Dont j'entends Qu'en court en fist aux seigneurs grant nouvelle. Et ses beaulx faitz à plusieurs renouvelle. En l'estimant pour vray le plus plaisant Qu'on veit jamais, sans estre déplaisant. Chascun avait de le veoir grant envye, Autant qu'aucun qui pour lors fust en vie; Dont ung seigneur, des plus grans de la court, Le susdit sieur supplia bref et court ^ Le luy monstrer; le cas pas ne diffère, Mais l'a mené au logis pour mieulx faire. Et luy a faict ung fort riche bancquet. Pour mieulx auyr de Faifeu le cacquet : Lequel estait cmpesché au service.

Se simulant merencolicque et nice; Mais le seigneur, qui là est pour le veoir. Le demander fist tresbien son debvoir.

On luy monstra; lors le fist seoir à table^ Dont comrefist le résolu et stable.

Quand fut assis, nul mot il ne disait. Ses gestes fort le seigneur advisoit.

Mais bien le veoit qu'il mengeue et digère; Vinterroguer tresvolentiers s'ingère Qu'il ne parlait, veu que par tout on bruyt Que de jaser il emporte le bruyt.

Lors respondit au seigneur, comme sage.

Non cslourdy, volaticque ou ruffage :

« Ung fol est bien entre sages ouy, Mais icy suis quasi evanouy. »

Lors le seigneur, qui entend bien son dire. Et les presens, se sont tous prias à rire, Et, en riant de bon cueur, le requerent, Qu'il passe temps; aultre chose ne querent. Incontinent, sans changer de propos, Mousches à tas vindrent faire repos Dedans ung plat, quel devant luy on pose; A les happer soubdain sa main appose, Dont il en print ung tresfort grant monceau, Et les posa toutes à ung morceau Emmy sa bouche, et, feignant les menger, Faisait semblant ahanner les renger.

Ledit seigneur, qui de luy se prent garde, Tresvolentiers son passctemps regarde^ Le requérant qu'il luy dist ung petit Si tel morceau luy donnait appétit.

Il respondit que d'icy en Yrlande

Il6 LA LEGENDE

Impossible est trouver meilleur viande.

En affermant, s'il y avoit gousté,

[Que] de toute aultre il serait desgousté :

Dont chascun rist. Lors Faifeu print sa game

A bien jaser, car en toute une rame

De bon papier on ne sçauroit escripre

Les motz qu'il dist, qui estaient tous pour ryre.

A ce bancquet tant fist de passetemps

Que les presens s'en allèrent contens.

Car en la court en firent tell' mémoire

Qu'audit seigneur plus de cent fois à boire

Il en cousia : dont se fust bien passé.

Les îrespassez requiescant in pace.

Comment à Angers, une certaine nuyt, il Joua avecques ung jeune prothenotaire abbé, qui gagna son argent et le gaudist; mais il emporta subtillement sa robbe.

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