CHAPITRE XLIIII
POUR revenir à noz premiers moulons.
Si que sesfaiciz mieulx au vray nous mettons, Comme j'ay dit, devant, que ses amys Estaient fâchez quasi plus que demyz, Et courroucez que bien ne se retyre, Aucun amy des siens vers luy le tyre, Luy remonstrant qu'il avoit bon sçavoir, Et congnoissant prou pour richesse avoir, Et que temps est de ses follyes congnoistre. Et s'arrester, non pas se descongnoistre. Bref, tout conclud, tant l'alla harier Que content fut qu'on Vallast marier.
Jamais ne sceut de ses gens se défaire. Qu'il ne falhist, pour tel sot marché faire, Qu'on le menast si bien le goustier.
Pour quérir femme à Chasteau-Gontier.
Le jour fut prias de toutes les parties Pour fiancer : là furent départies Maintes baves; meinte promesse ont fait. Comme on sçait bien qu'à tel marché on fait.
L'un lay afferme : « Elle a mille ducaîz »,
Où onc ne fut advertye du cas;
L'un dist : « // est fort sçavant et bien riche »,
Où il n'a pas vaillant une bouriche.
Voyez comment, faisant telz cjuariages.
Souvent on est trompé es mariages.
Or, pour finer, on l'a tant advancé
Que de par Dieu femme il a fiancé.
S'il n'est content, ilfault qu'il se contente;
C'est le plus fort, mais qu'il mette en con tente.
La mariée est bien du marié
Pour le présent, mais soubdain harié
On l'a vers elle, et par f aulx rapportz faire.
Tant que vouldroit du marché se défaire :
Car on luy dist qu'il n'est qu'ung gaudisseur.
Joueur, pippeur, de follyes bannjsseur.
Dont pour certain ell' voult, pour tout conclure.
De ce marché son fiancé forclure.
Ung jour, F a if eu va tout exprés la veoir
Chez ses parentz, en espérant l'avoir
Comme promise à luy et accordée.
Mais la trouva toute desaccordée
D'avccques luy; dont fut bien estonné.
Autant ou plus que si là eust tonné.
Car luy a dit : « Mon amy, ne te peine
Me pourchasser, car tu perdras ta peine;
Jamais 0 toy ne fera) demourée,
Et fusses-tu tout vestu de morée,
Car on m'a dit, pour le cas abréger,
Que tu n'as point où ton doy herberger. »
Faijeu. respond : « Pas il ne vous fault croire '
Ce qu'on vous dit, on le vous fait acroire,
Mais en nous deux il nous fault adviser,
Sans à jamais en rien nous diviser.
Jour consonnant pour noz nopces parfaire
Et espouser. Ne voulez-vous pas faire
Ce que je dis? » Si dist : « Non, par ma foy !
Plus fort qu'avez vous n'aurez pas ma foy. »
Quant il congnut qu'on l'avoit surbornée,
Et le laisser sa pensée est bournée.
Incontinent, pour plustost l'inciter
A l'espouser, la va faire citer.
D'estre citée ell' ne s'est estonnée
Fut à son jour, frisquement attournée.
Où leur procès par longtemps fut tenu,
Dont je ne sçay du tout le contenu;
Mais penser fault, faisant telle menée,
Q ue leur matière a bien esté menée.
Croyez aussi que Faifeu ne s'est tins
Qu'il n'ayt souvent de bons propos maintins
En plaidoiant; on n'en faisoii que rire,
Mais tous icy ne les ay peu escripre.
Or toutesfois ses bades et quacquetz.
Qui plustost vont que ne font nulz tracquetz,
N'ont rien servy, car, par grant injustice,
V officiai luy a tollu justice,
Car à n'avoir sa femme est condamné.
Mais il ne veult estre par con damné :
Donc appella, à Tours, de la sentence.
Souvent on voit tromper plus de cent en ce}
Bien eust voullu avoir là tout laissé.
Car il estoit du procès trop lassé.
Mais il vouloil acquitter sa conscience.
Et veoir aussi si elle a en con science.
A son jour, fut plaidoyer jusqu'à Tours,
Où il a fait maints voyages et tours.
Pour tant qu'il veit sa femme estre trop malle.
Aussi qu'elle est de raison anormalle.
Bien eust voulu ja l'avoir mise à sac.
Pourquoy il mist en escript sur son sac:
« Sac de procès », si que par tout soit sceu
Pour le pcuvre Maistre Pierre Faifeu,
Qui de malheur ne peut trouver l'indice.
S'il ne le quiert par voye de justice.
Tant tint à Tours ferme son estappeau
Que il gaigna sa femme par appeau,
Et si luy fut sentence prononcée
En jugement, quelfil n'a renoncée.
Mais, pour gaudir, il dist à plaine voix :
« Puis qu^il me fault ainsi ma femme avoir.
Qui trop me tourne à fascheux préjudice.
Je fringueray {or avant) par justice. »
Lors de son dire il fut fait ung grand rys
Des assistans, qui n'en furent marryz.
Son cas gagné, au retour se va mettre :
Nul ne sçauroit, ou en prose ou en mètre,
Bien rédiger {stable ou par chemin)
En nul papier, tablette ou parchemin.
Le grant recueil, la grant chère et la feste,
Qu'on luy a fait, du bas jusques au faiste,
Car, en Angers, ses parents et amys
Le festyer chascun sa peine a mis.
A sa femme est soubdain à son instance
Insinuer son dicton et sentence,
Duquel pas n'eut le cueur trop resjouy,
Mais toutesfois il a d'elle jouy :
Malgré ses dens, en souffrira l'estraincte.
Non par amour, mais plustost par contraincte ;
Mais, s'il eust sceu {comme tost sera dit)
Son mauvais cas, premier se fust dcsdit.
Or, pour conclure, entre eulx ont divisé
Plusieurs propos, puis ont jour advisé
Pour espouser ei les nopces parfaire.
Si qu'il n'y eust plus jamais à refaire.
Comment, la conclusion des nopces prinse, pour faire chère et festyer les parens de sa femme, alla à Paris faire acoustrer sa veze, la sepmaine qu'il devoit espouser,