‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 56 sur 60 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

FAIFEU s'en vint, pour faire l'appareil. Je croy qu'au monde il n'estait son pareil. Pour faire mieulx recueil à l'espousée.

Une veze eut par trop mal disposée, Donc la porta sur les pontz racoustrer. Car de tel cas bien se sceut acoustrer, Et bien jouer, aussi de la vielle.

Se desguysant avecque une bielle' A l'acoustrer, ung se cuydant gaudir Avecques luy, aussi pour l'esbaudir, Luy demanda que c'est qu'il faisait faire ; Il respondit que la faisait refaire Et racoustrer sa veze qui n'est bien.

Pour resjouyr tout plain- de gens de bien. Qui conduyront, l'un de ces jours, sa femme. Bien serait- il ung nyés et infâme S'il ne leur fait grand chère et passetemps. Tant que de luy s'en aillent tous contens.

Le compagnon luy dist : « En ceste ville,

Hz ne font rien en ce mesticr que vile,

Mais vous avez pour deux soldz à Paris,

Qii^ilz surferont cy de moityé de pris. »

Rien ne respond Faifeu à son parler,

Mais tout soubdain son esprit fut par l'aer.

Non courroucé, marry ou remply d'yre;

A nul vivant son vueil il ne va dire.

Mais s'en alla droicî en sa mansion,

Prent son cheval, dont ay fait mention.

Lequel estoit caduc et fort cassé.

Car trop Faroit mené et traquasse.

Monta dessus, et picque de la botte;

Tant picqué l'a qu'à peine se sabbotte.

Et transporta jusques à la Ferté.

Mais le mignon, pour faire l'affaicté,

Court son cheval tant que de cliault il sue;

Fort l'a crotté, mais pas il ne l'essuë.

Ung cor il a, qui est tout fait à poste,

Qu'il va sonner, courant, feignant le poste;

Se va loger droict chez Gillet le Prince,

Qui Çgaudissani) ung chascun picque et pince.

Alors Faifeu en l'estable posa

Le sien cheval, qui bien se reposa.

Or, pour tout vray, à son hoste il afferme

Que de Bretaigne a chevauché bien ferme.

Car à midy partit devant ce jour.

IJÔ LA LEGENDE

Qui à croire est qu'il n^avoit fait séjour

Quant fut logé, son cheval recommande,

Et au varlet qu'il soit pansé commande,

Pour tant qu'il dist devoir estre à Paris

Le lendemain à niidy, ou péris

Sont et perduz maints affaires qu'il dit

Avoir en Court. Nul n'y fait contredit,

Mais fut traicié comme homme de la sorte

Qu'on le pensoit; donc ung chascun s'assorte

Lefestyer et luy faire grant feu.

Pas ne pensoient que fust Pierre Faifeu.

Comment, en allant à Paris faire acoustrer sa veze, il logea à la Ferté chez Gillet le Prince, qu'il trompa avecques son cheval.

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