CHAPITRE XLVII
CE temps pendant qu'il parfaisoit sa queste, De luy Angers on faisait granî enqueste : Chascun cuydoit qu'il sefust enfuy, Car nul ne sçait quel, s'il fut enfouy Et enterré, ne par quelle fortune On l'a perdu. Ce par trop importune L'esprit d'aucuns, pensans l'avoir perdu ^ Maint en estait fasché et esperdu.
Or advint-il, pour nostre cas parfaire.
Qu'aucuns d'Angers à Paris ont à faire, Quelz d'avanture ont rencontré Faifeu En leur chemin : si que le cas soit sceu, Luy ont enquis qui de présent le meine, Veu qu'il devait, la prochaine sepmaine, Femme espouser, ainsi quon raportoit, Et luy ont dit aussi qu'il apportait Et si faisait grant dueil à ses parens, Autant qu'en a par monceaulx ou par rencs.
Si leur respond qu'il y a des jours seize Qu'il est venu faire acousîrer sa veze, Car à Angers aucun n'a sceu trouver Qui l'habiller se voulust esprouver; Aussi leur dist, pour éviter diffame.
Qu'il en vouloit faire feste à sa femme, Et recevoir ses parens et amys.
« Voyez, dist-il, qui à Paris m'a mis. » Lors ont conclud de retourner ensemble, Mais tout soubdain de la compagnie s'emble. Et s'en va droit chez ungfrippier changer Tous ses habitz, pour de mieulx s'esîranger. Comme homme cault, subtil et bien aprins, Prent ung cheval qui n'estoit de grant pris. Que de cent solz, ou au plus de six livres; Pas ne le prent pour le charger de livres. Mais pour Angers seullement T apporter.
Ne fut si fol à ses gens rapporter Ce qu'avoit fait de son cheval, quant vint. Mais vous orrez comment il en advint.
Or, pour partir chascun se botte et ho use; A demeurer nul d'eulx ne se dispose, Mais tant ont fait qu'à la Ferté s'en vindrent. Escouttez bien les choses qui advindrent. Chez ledit Prince Hz prindrent leur héberge. Qui leur donna de maint poullet et berge. Et les îraicta comme homme à ce congnu.
Et n'a Falfeu de nul esté congnu.
Le lendemain, quand fut temps départir, Et à chascun leurs chevaulx départir, Faifeu congnut son hère emmy l'estable; Semblant n'en fist, mais, comme sage et stable, A demandé qui tel hère leur donne.
Incontinent le Prince s'abandonne Compter le cas qui luy est advenu, Dont aux presens grant plaisir est venu. Le conte fait, Faifeu dist à son hoste : « Je te requiers, mon bon amy, escoutte : Trocquons nous deux, sans faire aucun retour. » L' hoste le veult. Ainsi, par celluy tour, Faifeu trompa son hoste doublement.
Voyez comment, sans aucun troublement.
Il ramena son cheval jusqu'Angers Sans y avoir ne perte ne dangers.
Quand fut venu jusqu'en sa cognoissance. Et qu'il congnut le lieu de sa naissance. Plus ne craignit conter le cas qu'eut fait, A plusieurs gens, dont maint rys en fut fait. On luy enquist de son partir la cause, Mais respondit, sans faire longue pause, A maint amy, qui luy ryt, court et baise, Qu'estoit allé faire acoustrer sa veze.
Comment, après tous ses tours, il espousa sa femme en l'esglise Sainct-Julien, à Angers.