PREMIÈRE PÉRIODE
Sous sa première forme, cette légende, autant du moins qu'elle nous est connue, ne paraît pas modifier la tradition brahmanique qui vient d'être exposée: elle ne la contredit pas, ne la discute pas, ne substitue pas une explication nouvelle à l'ancienne; elle accepte lofait : seulement, elleéclaircit, dans un sens tout buddhique, un point que les Brahmanes n'ont pas suffisamment expliqué, la cause qui fait lâcher prise à Ràhu. On pressent la solution donnée par les Buddhistesau conflit deRâhuet de ses deux ennemis. Qui délivrera ceux-ci, si ce n'est l'être supérieur auquel tout obéit, le parfait Buddha, devant lequel les dieux et les mauvais génies s'inclinent avec adoration? Le soleil et la lune se réfugiant près du Buddha, — Râhu reculant sur l'ordre formel du Buddha, — voilàle double trait qui caractérise la légende dans la première période.
C'est là du moins ce que nous pouvons induire de deux petits Sûlras ou traités qui se trouvent dans la collection tibétaine appelée Bkah-hgyur '(traduction du commandement), recueil canonique des écritures sacrées, non-seulement du Tibet, mais de tout le Buddhisme septentrional. Ces deux ouvrages intitulés Chandra Sûtra (Sùtra de la lune), font partie de la même section du recueil, le M do (Sûtra) 2 , mais ils sont répartis dans deux volumes difl'érents (la section en contient trente); l'un se trouve dans le vingt-sixième volume, l'autre dans le trentième. Ces deux Sûtras se ressemblent
1 Prononcez Kanjur (Kandjour).
• Les livres appelés Sûtras forment une partie très-importante des écritures buddhiques; ils passent pour émaner du Buddha lui-même. On les appelle Mâla-Granlha ( livre racine), et Buddha vachanam (parole du Buddha).
beaucoup par leur brièveté, par le fond des idées, l'esprit général, souvent même par l'expression. Dans l'un commedans l'autre, le dieu de la lune, saisi par Itthu, implore le Buddha, et, sur un mot du Buddha, Ràhu épouvanté se retire. Cependant le lieu de la scène n'est pas le môme dans ces deux Sûtras, et un tiers personnage, compagnon de Râhu, qui figure dans l'un et dans l'autre de la même manière, porte dans chacun d'eux un nom différent. Ainsi, malgré leurs ressemblances, les deux Sîitras sont indépendants l'un de l'autre. * Une autre particularité les distingue; celui du vingt-sixième volume est seul : celui du trentième est accompagné d'un autre Sû Ira intitulé Sûrya-Sûlra (Sûtra du soleil), et qui, à quelques variantes près, reproduit exactement le Chandra- Sûtra. Cette dualité est juste: on se demande seulement pourquoi elle ne se trouve pas dans le volume vingt-sixième : il semble qu'un Sûrya-Sûtra ait été perdu. Voici, du reste, nos deux Sùtras traduits sur le texte tibétain du Kanjur.
CHANDRA SUTRA